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​Délistage du Complexe W-Arly-Pendjari : Aiguillon d’une union de sauvetage

La fierté de citer le parc transfrontalier W-ARLY-PENDJARI parmi les biens africains inscrits sur la liste du patrimoine mondial semble être bouleversée par la nouvelle imminente du délistage de ce bien, une décision à l’analyse salvatrice qui alerte la communauté internationale pour une union sacrée de sauvetage.

Du Complexe W-ARLY-PENDJARI

La communauté internationale à travers l’UNESCO se préoccupe de la protection des biens exceptionnels qui représentent un héritage commun aux hommes et aux femmes du monde. Elle a établi le label patrimoine mondial attribué aux biens sur l’initiative ou la demande des Etats-parties. Le complexe W-ARLY-PENDJARI en est exemple. Il représente un bien inscrit au patrimoine mondial en 1996 par le Niger et ce, sur la base de de la convention 1972. Parc transfrontalier que partage le Niger avec le Bénin et le Buskina-Fasa, il a fait en 2017, l’objet d’une inscription par extension sur l’initiative de ces deux derniers pays. Les arguments ayant milité à l’accord favorable sur le dossier soumis pour l’inscription par extension se fondent essentiellement sur les attributs qui déterminent sa valeur universelle exceptionnelle. Il s’agit entre autres de : l’écosystèmes soudano-sahéliens bien conservés ; de la grande diversité d’habitats indispensables à la survie d’espèces charismatiques et de grands mammifères tels que l’éléphant, le buffle, l’hippopotame, la panthère et le lion ; les quatre réserves cynégétiques reliant le Parc Régional du W et les complexes des Parcs nationaux Arly-Pendjari, les zones tampons spéciales légalement créées. Ces valeurs portées par le complexe W-ARLY-PENDJARI formé de plusieurs aires protégées qui s’étendent sur une superficie de 1 714 831 ha, sont compatibles aux critères neuf (9) et dix (10) établis par l’UNESCO et dont la satisfaction justifie l’inscription de ce complexe sur la liste du patrimoine mondial.

Du motif d’inscription sur la liste en péril

Tout bien labellisé Patrimoine mondial par l’UNESCO est soumis à une gestion rigoureuse. Celle-ci fait même objet d’un plan établi avant même que le bien n’obtient ce label. Ce plan de gestion représente un outil formalisé qui fait objet non seulement d’appropriation par les gestionnaires du bien inscrit, mais aussi de respect scrupuleux dans l’entretien, l’utilisation ou l’exploitation du bien. C’est une feuille de route, un instrument de cadrage des activités et actions, un code de conduite qui ne vise que la protection des attributs définissant la valeur universelle exceptionnelle du bien labellisé. La négligence des règles et exigences établies par le plan de gestion, le défaut de leur application constitue une atteinte à des obligations contractuelles prises par l’Etat-partie qui, volontairement décide d’inscrire un bien sur la liste du patrimoine mondial régie par la convention 1972. Cette réalité peut être aggravée par la survenance de diverses menaces sur le bien. Au terme des paragraphes 179-180 des orientations devant guider la mise en œuvre de la convention 1972, le péril prouvé, précis et imminent menaçant un bien (culturel ou naturel) inscrit sur la liste du patrimoine mondial peut engendrer la mise en péril. Celui-ci peut-être provoqué par un déclin sérieux dans la population des espèces en danger ou des autres espèces d’une valeur universelle exceptionnelle pour la protection desquelles le bien concerné a été juridiquement établi, déclin dû soit à des facteurs naturels, tels que la maladie, ou à des facteurs humains, tels que le braconnage ; une grave altération de la beauté naturelle ou de l’intérêt scientifique du bien, résultant, par exemple, d’un établissement humain, de la construction de réservoirs d’eau entraînant la submersion d’une surface importante du bien, d’aménagements industriels et agricoles, tels que : grands travaux publics, exploitation minière, pollution, emploi d’insecticides ou d’engrais, exploitation des forêts, collecte de bois de chauffage, etc. ; l’empiétement d’établissements humains sur les limites ou en amont de biens dont ils menacent l’intégrité. Ces situations qui entament la valeur universelle exceptionnel du bien labellisé génèrent des menaces à savoir : la modification du statut juridique protégeant le bien ; projets de réinstallation de populations ou de développement concernant le bien lui-même, ou situés de telle façon que leurs conséquences menacent le bien ; conflit armé venant ou menaçant d’éclater ; plan ou système de gestion manquant, inadéquat ou incomplètement mis en œuvre ; et les impacts menaçants de facteurs climatiques, géologiques ou d’autres facteurs environnementaux. En présence des situation et/ou cas précédemment exposés, le comité du patrimoine mondial se donne la prérogative de procéder à la mise en péril du bien labellisé. Il s’agit d’une décision de déclassement du bien, de son délistage. Une telle décision est en cours de formalisation à l’égard du complexe W-ARLY-PENDJARI. Selon les informations subtilement obtenues de certains spécialistes de la gestion des biens du patrimoine mondial, une correspondance circule dans le système administratif de l’UNESCO. Elle porte la nouvelle de la mise en péril du Complexe labellisé. Le fondement de cette mise en péril est lié à la menace du terrorisme dont la manifestation n’est plus à démontrer. Le monde entier se souvient de l’assassinat en mai 2019 du guide béninois Fiacre GBEDJI. La présence des djihadistes sur la superficie du complexe est vérifiée. Ce coup dure vient envenimer certaines actions anthropiques menaçant déjà le complexe. Il s’agit de la pression urbaine (la construction d’aérodrome dans le parc Pendjari, l’érection de plusieurs bâtiments faisant office d’hébergement des touristes de plus en plus nombreux à venir visiter cette destination, le développement d’un système de réseau GSM pour la connectivité du complexe), les conflits entre les communautés vivant autour du parc et la structure en charge de sa gestion… Ces menaces prouvées n’ont donné aucune alternative au comité du patrimoine mondial qui se retrouve dans son droit d’appliquer la sanction de mise en péril.

Un délistage vital pour une mobilisation internationale d’assistance au traitement du mal

S’il est vrai que la mise en péril d’un bien inscrit sur la liste du patrimoine mondial constitue une sanction, il n’en demeure pas moins de comprendre que cette décision, loin d’être négative, regorge de perspectives heureuses. Le caractère positif de cette sanction est tel que certains Etats-parties la réclament. Ils la sollicitent pour mieux corriger les menaces et trouver des solutions palliatives idoines.  A ce titre, la jurisprudence en la matière renseigne que le Mali a sollicité la mise en péril de certains de ces biens inscrits sur la liste du patrimoine mondial : Ville ancienne de Djenné, Toubouctou… Cette démarche de l’Etat malien témoigne de l’utilité de la mise en péril. Le principe de la détermine, s’accommode avec l’assistance de la communauté internationale qui se mobilise pour sauver le bien sujet. Le fonds du patrimoine mondial intervient à cet effet. Elle met en place des ressources et établit une synergie d’action entre les spécialistes de la conservation pour des actions efficaces et l’adoption rapide de mesures de conservation. La mise en péril d’un bien labellisé patrimoine mondial est une solution contre un mal et non un mal. Elle favorise l’élaboration et l’adoption de mesures correctives dont la mise en œuvre se fait par des spécialistes dont les actions sont suivies sur le terrain. Dans ce contexte, tout participe à la restauration des valeurs du bien afin de permettre, à terme, le retrait de la Liste du patrimoine mondial en péril. Ce que peut générer la mise en péril du complexe W-ARLY-PENDJARI, c’est par exemple l’envoi des soldats des Nations unies par le conseil de sécurité qui leur attribuera le rôle de la sécurisation du bien. La présence de cette force armée favorisera à terme la transmission de compétences de résilience contre les terroristes, la mise à disposition des matériels et équipements de sécurité… Ces raisons sont des sources d’assurance et de confiance qui devraient alimenter l’espoir du Bénin, du Burkina-Faso et du Niger face à cette décision vitale et salvatrice qu’est la mise en péril du complexe W-ARLY-PENDJARI.

Par Pacôme Comlan ALLOMAKPE, gestionnaire du patrimoine culturel

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