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Université d’Abomey-Calavi : Souvenir de Apovo, l’héritage de la « Boologie »

Par Sêmèvo Bonaventure AGBON
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Le professeur Cossi Jean-Marie Apovo a rejoint ses ancêtres il y a quatre ans, le 20 février 2016 non sans avoir marqué son temps. Puisqu’il a laissé à approfondir la science de la ‘’Boologie’’, inventée en 1995. Le vendredi 20 mars à l’Université d’Abomey-Calavi, le souvenir de ce départ a été organisé dans l’amphi de l’Ex-Flash. Moment de témoignages sur l’homme, de présentation d’ouvrages et de débats.

Par Sêmèvo Bonaventure AGBON

Un public diversifié réuni autour de la personne du professeur Cossi Jean-Marie Apovo, et surtout autour de ce qu’il a laissé comme héritage : la ‘’Boologie’’qui le rend immortel. Il est « un scientifique, un béninois authentique qui a fait ce que les Français et les Américains font. Il a inventé une science en partant d’une réalité cultuelle qui est o boo », a rappelé le docteur Raymond Assogba, son successeur et porte-flambeau de cette science à l’Uac. L’occasion a été propice pour lui de présenter ladite science.

Mais en attendant, il faut retenir que Cossi Jean-Marie Apovo est né le 8 décembre 1940 à Ouidah. Il a obtenu à l’Université René Descartes Sorbonne en 1980 un diplôme de doctorat de 3è cycle. Dans la même entité universitaire il a soutenu son doctorat d’État en 1995. Il a enseigné au Département de Sociologie-anthropologie de l’ex Faculté des lettres, arts et sciences humaines (Flash) de l’Université d’Abomey-Calavi de 1980 jusqu’à 2012 bien qu’il soit admis à la retraite le 9 octobre 2004. Il a été élevé au grade de Chevalier de l’Ordre national du Bénin.

Photo de famille

 Le ”Boo” en vérité

La Boologie, un mariage habile de deux concepts : ‘’Boo’’ (du Fongbé) que le Blanc, ignorant des valeurs culturelles et cultuelles béninoises a appelé faussement ‘’gri-gri’’ et ‘’logos’’ (du latin) science. La Boologie signifie donc littéralement la ‘’science du Boo’’. Dans sa thèse d’État intitulée « Anthropologie du Bo » soutenue à Paris en 1995 et au terme de laquelle il a annoncé l’invention de la Boologie, le regretté professeur Apovo définit le Boo comme la « ruse de la pensée ».

En traduisant le Boo par ‘’gri-gri’’, le Blanc amène à tirer trois conséquences, selon Raymond Assogba. D’abord, il ne sait pas exactement de quoi il s’agit. Ensuite, il est ignorant des valeurs africaines, il ne voit l’Afrique que de l’extérieur et l’Afrique n’est pas en lui. Cette mauvaise traduction du ”Boo” montre enfin, que les langues étrangères sont inefficaces pour exprimer/photographier les réalités africaines.

La science de la Boologie a pour objet d’étude la ‘’Bodicée’’, que Raymond Assogba explique par « les formes d’existence à partir du Boo ». La conscience populaire limite en effet, le Boo à la matière, à l’objet « qu’on peut tenir en poche » par exemple. Mais c’est bien plus, souligne-t-il. Car le Boo, a trois fonctions : servir à se protéger, avoir de la richesse (le bonheur) et répondre aux attaques. Il indique, dans sa conférence inaugurale que « Selon la Boologie, o Boo est un signe d’amour, un mouvement d’ensemble de défendre la dignité de l’être humain ; car, seul l’amour de secourir son frère en détresse, a poussé les Béninois à développer la connaissance des plantes et de leurs vertus en association avec les minéraux, les animaux et les émotions humaines : « è bo ari fun » (Apovo) ». Il existe trois sortes de Boo ; d’abord, les Boo ou savoirs de protection appelés Glo, qui sont des technologies associées de plantes, de minéraux et animaux pour protéger son “soi, sa famille et ses amis de toute intention de nuisance ; ensuite, les Boo ou savoirs d’abondance appelés Ylↄ, qui servent à provoquer la fécondité, l’électromagnétisme des fluides cosmiques ; et enfin, les Boo ou savoirs d’attaque ou de retour à l’envoyeur de toute velléité de nuisance gratuite ou causale, appelés Boo ᶑiᶑa, Flijɛ, etc. Vivre selon la manipulation sociale de ces technologies pour préserver l’ordre social, la vie familiale ou Akↄ, et toute autre forme de sociabilité, constitue les existences du Boo ou Boodicée ».

Ces différentes facettes du Boo se trouvent davantage illustrées par « Bojèlènu », ouvrage du professeur Apovo publié à titre posthume. Il s’agit d’ « un recueil de neuf nouvelles qui permettent à l’auteur de montrer que dans divers compartiments le Boo est au service de l’homme. L’homme veut s’attirer un bonheur, le Boo peut l’y aider ; l’homme veut combattre un ennemi, le Boo peut l’y aider ; l’homme veut se protéger, le Boo peut l’y aider. Et ce qui est fort dans cet ouvrage, c’est que le scientifique de son rang ait trouvé le génie de nous présenter le Boo sous la forme littéraire de nouvelles. Il raconte de pertes histoires et à travers ça il nous parle de Boo », a déclaré le présentateur du recueil, le professeur Albert Gandonou, grammairien- stylisticien, président de l’Institut universitaire du Bénin (Iub) et fondateur de ‘’Chrétiens pour changer le monde’’.

  • Érection du « Département de Boologie »

« Nous avons dû batailler fort pour que la Boologie soit acceptée à l’université », lâche Raymond Assogba. Une déclaration qui montre combien autant les valeurs cultuelles africaines sont détestées, autant la science de la Boologie est mal vue. « Les gens ont honte du mot ‘’boologie’’, ils préfèrent qu’on parle d’Endogénéité or ‘’boologie’’ a été créé par quelqu’un qui y a consacré un doctorat d’Etat. Il faut sortir de la honte. Il faut s’adosser à sa thèse pour enseigner la Boologie », objecte-t-il. Et de conclure que « Nous sommes à l’université, les choses se passent ainsi ».

La Boologie est pour le moment, une unité d’enseignement au Département de Sociologie-anthropologie. A la longue, Raymond Assogba espère que cette science évolue pour constituer un Département autonome. Pour cela, il faut former des jeunes. Il envisage à cet effet, l’ouverture des masters en trois filières : Boologie commerciale, Boologie industrielle, et Boologie de la pensée. Il a également annoncé la création du Laboratoire de la Boologie. Enfin, il a appelé à des financements au profit de cette science, la première inventée par un Béninois.

‘’Toula’’

L’écrivaine Anna Baï Dangnivo a également présenté, à l’occasion, son conte intitulé « Toula » paru dans son recueil de nouvelles ‘’Toula, l’amour interdit’’.  « Il parle en fait de l’inceste et du détournement de mineur. Dans la société ou la scène se passe, il est interdit d’épouser des gens de même sang, de commettre l’inceste au premier degré. Quand cela se passe, on chasse les gens du village. Le fondement scientifique c’est que les gens de la même famille qui se marient font du tort aux enfants, car ils font des enfants malades, malformés qui souffrent de tares héréditaires parce que les tares sont multipliées par deux chez les enfants », a-t-elle récapitulé.

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