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Divinité Èmouin : Sentinelle de la salubrité publique à Awamè

Par Sêmèvo Bonaventure AGBON
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Tous les dimanches, jour de salubrité publique à Awamè, un village situé à Comè‚ une commune du département du Mono. Chose curieuse, aucune autorité politico-administrative n’est à l’origine de ce qui est devenue une coutume pour les populations. Il s’agit plutôt de la prescription d’un vodun, en l’occurrence la divinité Èmouin.

Par Sêmèvo Bonaventure AGBON

Le lac Ahémé a doté le village Awamè d’une plage qui n’a rien à envier à celles d’ailleurs. Un endroit propice à la détente jalousement entretenu. De gros arbres munis de sièges en béton y servent au quotidien leur doux ombrage. Sur le sable fin à perte de vue sur la berge, aucune ordure à reprocher aux riverains. Contrairement aux plages de Cotonou, Abomey-Calavi et Ouidah dont l’assainissement est confié à des entreprises payées par l’Etat, « C’est à une divinité qu’on doit la propreté de la plage d’Awamè ». Une particularité que relève avec émerveillement Pacôme Comlan Alomakpé, gestionnaire du patrimoine culturel et chargé de programme du projet « Circuit touristique intercommunal durable du Mono » (Cirtoum) du Groupement intercommunal du Mono (Gi-Mono).
Le garant de l’ordre et de la propreté sur cette plage vit calme dans un habitat rectangulaire flambant neuf réalisé par ledit projet. Et il s’appelle… Èmouin (Moustique). Statut : divinité. Nous avons rencontré sur place son prêtre, en la personne de Mathieu Savi alias Hounnon Ekpé. Celui qui a succédé à son père, connaît l’histoire de la divinité par cœur. « Cette divinité nous a été léguée par nos ancêtres », a-t-il commencé à notre demande. « En leur temps, les mort-nés étaient monnaie courante dans le village. Ce bord de mer n’était pas aussi vaste à l’époque et un petit sentier menait au lac Ahémé. Un jour, notre grand père du nom de Djossou et son compagnon Adjigni qui revenaient de la pêche vers 6h du matin, ont vu une ‘’chose’’ qui avançait sur l’eau. « C’est quoi ceci ? », s’étaient-ils demandé. Une autre fois, ils ont revu la même scène. Ils se sont rendus alors chez un Bokonon. A travers Fâ, la ‘’forme’’ s’est adressée à eux, qu’elle est une divinité en quête d’un emplacement. Un mois après environ, ils l’ont vue non plus en mouvement sur l’eau mais désormais sur la terre émergée. Elle s’était manifestée à travers une masse de terre étrangement haute que nos arrière-grands-parents ont brisée. De l’intérieur creux, était sortie une constellation de moustiques. Etonnés, nos anciens parents ont tout abandonné et se sont retournés. A leur retour au même endroit le lendemain matin, toute la masse de terre s’était déjà reconstituée. Alors, ils sont allés consulter Fâ à nouveau : « Je suis la divinité Èmouin », ont-ils appris », raconte l’actuel prêtre.
Il a poursuivi que les ancêtres vont soumettre le Vodun à une série de questions. « Quelle fonction est-elle capable de remplir ? », ont demandé nos anciens grands parents. « Je viens veiller sur le peuple », leur a-t-il répondu. « De quelle offrande se nourrira-t-elle ? ». Par an, on lui offrira du mouton, des poulets, pigeons, etc. » a-t-il énuméré.

Bienfaits contre salubrité

Le lac a pris du volume. « Avec le temps, lorsque le lac s’est agrandi, ce vodun a été déplacé après consultation de Fâ ». Depuis son accueil à Awamè, il a tenu promesse, rassure son prêtre. A qui le lui demande, il est capable de garantir prospérité au travail ou dans les affaires, de donner femme et enfants. « Tout ce qu’on lui demande il fait. Je suis son Hounnon depuis 16 ans, et j’ai environ quarante-huit ans actuellement », déclare Hounnon Ekpé. Contre ces services, il faut en plus des sacrifices annuels, garder constamment propre la maison de Èmouin. Cette déité abhorre l’insalubrité et l’a clairement signifié aux premiers habitants à qui elle s’est révélée, il y a des dizaines d’années. « Quand nos anciens parents l’avaient découvert, il leur a dit qu’il a l’insalubrité en horreur, que son territoire doit être régulièrement nettoyé. D’où depuis leur temps, il est devenu une habitude d’assainir cet endroit et par de-là tout le village. Tous les dimanches nous faisons du nettoyage ici. Toute la population se rassemble pour le faire. On ne défèque pas dans le lac. Il faut aller très loin d’ici. Aussi, on ne fume pas sur la plage. Cela est assez clair dans la tête des autochtones. Maintenant, si un étranger exprime le besoin, on le conduit à l’écart. Jamais un autochtone ne le fera », a déclaré Hounnon Ekpé, avec un ton ferme.
Cette exigence de salubrité, les jeunes l’ont gardée de leurs grands-parents. Ils y initient à leur tour leurs propres enfants. Nous avons fait le constat à notre descente ce jour-là, où un groupe de jeunes et d’enfants nettoyaient en riant les saletés déversées par le lac. « Nous faisons ce travail comme nous l’a recommandé le vodun Èmouin qui nous a dit « Ne laissez pas la plage sale. A chaque fois prenez râteau, houe et nettoyez-la », a justifié l’un d’eux, Savi Pascal Rémi.
Aujourd’hui, plus besoin pour les populations d’aller « trop loin » pour faire leurs besoins. Le projet Cirtoum financé par l’Union européenne a doté le village de latrines. Un podium pouvant accueillir des manifestations festives et des sièges en béton ont été également construits sur la plage. « Nous en sommes très contents et promettons en faire un bon usage après réception », a témoigné Aziadégblé Comlan, président des jeunes de la localité. En faveur de la place Zomayi, exclusivement accessible aux hommes, les jeunes souhaitent obtenir des pneus à disposer en vue de contrer l’avancée du lac Ahémé. « La place Zomayi des jeunes, c’est l’endroit où se traitent les conflits et les questions touchant la vie de la jeunesse », apprend Pacôme Comlan Alomakpé, qui a reçu et promis une bonne suite à leur doléance.

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