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Trésors royaux : Déjà un an au bercail

Par Sêmèvo Bonaventure AGBON
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10 novembre 2021-10 novembre 2022. Il y a un an que le Bénin a rapatrié ses 26 trésors royaux restitués par la France après 130 ans d’exil. L’acte de transfert de propriété a été signé, mardi 9 novembre à Paris, par les présidents français Macron et béninois Talon.

Par Sènankpon DOSSOU

La cérémonie d’accueil des trésors royaux marquée par une forte mobilisation populaire et l’exposition des oeuvres à la présidence qui a suivi‚ restent à jamais gravées dans les annales de l’histoire.

Le Bénin a réussi ainsi à clouer le bec aux anti-restitutions qui ont brandi comme argument l’incapacité des pays africains à entretenir leurs patrimoines.

En 40 jours, la première phase de l’exposition a mobilisé 187 285 visiteurs. Cet engouement avait conduit à une seconde phase de 20 jours. Elle a vu défiler au palais de la Marina 35 000 jeunes, femmes, hommes, officiels et anonymes.

Les visiteurs n’étaient pas que des autochtones. Ils provenant en tout de 74 pays‚ même si les Français ont été les plus nombreux, soit 8630 visiteurs.

°Retour sur un accueil triomphal

Au pied des bureaux présidentiels, le jardin de La Marina a accueilli, mercredi 10 novembre, la cérémonie solennelle d’accueil des 26 trésors royaux dont l’acte de transfert de propriété a été signé, mardi 9 novembre à Paris, par les présidents français Macron et béninois Talon. L’événement teinté d’une forte ferveur populaire, illustre bien la portée identitaire des œuvres de retour au bercail après 130 d’exil.

 

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En cet après-midi clément à Cotonou, les rues de Cadjèhoun s’animent. La descente à bord d’un cargo des 26 œuvres patrimoniales restituées par la France excite hommes et femmes.

Dans la foule bouillante d’animation folklorique, les fronts en sueur, on n’a pas l’impression d’attendre de ‘’vieux objets’’ pillés en 1892 par le Général Dodds. « Ce sont nos rois, nos ancêtres qui reviennent au pays », soutient presqu’en larmes, cette reine spécialement venue d’Abomey.

« La beauté de ces œuvres et le génie qui les a produites, montrent que nous ne sommes pas des sauvages, des a-historiques sans civilisation comme l’a prétexté l’Occident pour nous coloniser », rétablit un autre à la hauteur de la Place des martyrs.
Trois camions chargés desdites œuvres, roulent majestueusement en direction du Palais de La Marina. De part et d’autre de la rue, les mains levées, les chants, les cris de joie…saluent leur passage. Pendant ce temps, la mise en place se déroule à la Présidence. Au bout du tapis rouge, Patrice Talon est là, veste bleue vêtu sur une chemise blanche. Son regard ferme qui défie lunettes et masque blanc. A sa droite, la vice-présidente Mariam ChabiTalata.

 

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Les deux honorés d’un gratin de personnalités de divers profils. Des rois, en l’occurrence Kpodégbé Lanmafan Toyin Djigla d’Allada, Kêfa Sagbadjou d’Abomey ; des parlementaires à commencer par le chef du Législatif, Louis Vlavonou serein dans un ‘’agbada’’ jaune; des ministres, Jean-Michel Abimbola du Tourisme, de la culture et des arts (Mtca) et Aurélien Agbénonci des Affaires étrangères et de la coopération; sans occulter la présence remarquée de Felwine Sarr et Bénédicte Savoy, les auteurs du rapport « Restituer le patrimoine africain : vers une nouvelle éthique relationnelle »; et l’ambassadeur de France près le Bénin.

Le cortège de camions est enfin dans les murs de La Marina. La cérémonie d’accueil des trésors royaux en trois temps démarre. Pagnes noués à la taille, cous trempés de poudre et bardés de perles scintillantes, deux petites belles filles s’avancent à pas mesurés. Dans leurs mains fermes, deux calebasses à moitié remplies d’eau propre et fraîche. Dans une inclinaison synchronisée, elles versent dévotement le liquide. Rituel de « kwabô-bienvenue » à l’honneur des 26 trésors royaux du Danxomè embarqués quelques instants plus tôt à l’aéroport de Cotonou.

Place ensuite à diverses prestations musicale et chorégraphique. Du Tèkè au Ajogan, en passant par le Hungan. Les œuvres ont bien regoûté au plaisir des danses frémissantes du nord, du centre et sud du pays. Le gon géminé ne pouvait manquer dans ces déclamations élogieuses (Axômlanmlan) excellemment proférées par de rondes femmes vêtues de pagnes bourrés d’emblèmes royaux.

 

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L’hymne national déroulé avec aisance en langue nationale Fongbé par le Chœur des enfants du Bénin, a subjugué l’assistance restée coite. Au nom de toutes les autres œuvres, seul le trône de Guézo débarqué et maintenu dans sa caisse, a reçu favorablement les honneurs rendus.

« La culture est l’âme d’un peuple. Immerger un peuple dans sa culture il va s’épanouir, enlever lui sa culture, il va se perdre. Ce que nous avons vu c’est une véritable renaissance. A partir de 26 œuvres d’un royaume on a organisé une réception pour l’ensemble du territoire. Ce qui appartient à un endroit du territoire appartient à l’ensemble du Bénin. Nous devons nous départir de nos individualités », commente l’historien des religions Jérôme Alladayè sur la Télévision nationale.

Sens et suite

Deux interventions, celle du ministre Abimbola et du chef de l’Etat ont constitué la dernière séquence de la cérémonie d’accueil. A-t-il deviné que les béninois s’attendaient de voir les œuvres livrées à la contemplation ? Sans doute. Le ministre de la Culture a tenu alors à les apaiser.

« C’est un jour de gloire pour la culture béninoise, un jour de liesse pour le peuple béninois. Nous avons récupéré nos 26 œuvres qui sont dans ces trois camions là. Symboliquement pour la cérémonie présente, nous avons jugé bon de descendre le trône qui est le plus emblématique de ce patrimoine qui est resté longtemps hors de cette terre d’origine ; il s’agit du trône du roi Guézo », a-t-il expliqué. « Nous vous rassurons que les 26 œuvres sont bien là », indique Jean-Michel Abimbola.

Et de décliner ensuite, le sort immédiat et futur à leur réservé. « Ces œuvres à partir d’aujourd’hui seront pendant deux mois, stockées dans un endroit prévu à cet effet, ici à la Présidence pour une période d’acclimatation. Pour les profanes, je voudrais juste vous dire que le climat béninois n’est pas le climat français. Le taux d’hydrométrie n’est pas le même non plus dans nos pays et sur les deux continents. Pour cela, avec les experts du musée du Quai Branly il a été prévu ce temps d’acclimatation. Les œuvres seront dans les caisses, elles ne seront pas déballées. C’est seulement dans deux mois, toujours ici au Palais, que ces œuvres seront l’objet d’une exposition pendant trois mois. Ce sera l’occasion pour ces œuvres de dialoguer avec les talents d’hier et les talents d’aujourd’hui, c’est-à-dire faire en sorte qu’il y ait un dialogue entre les œuvres patrimoniales et les œuvres contemporaines. Après ces trois mois, les œuvres iront à Ouidah pour une exposition temporaire de trois ans au Fort Portugais, en attendant la fin des travaux du Musée de l’épopée des amazones et des rois du Danxomè à Abomey », a-t-il dévoilé.

 

C’est le tour du chef de l’Etat. L’homme avance élégamment vers la perche. Il n’a pas de discours préparé d’avance dans les mains. Comme en France lors de la signature de l’acte de transfert de propriété, Patrice Talon a réitéré que ces œuvres sont plus que de simples objets culturels. Elles sont notre âme, et témoignent de la grandeur de ce que nous avons été.

Leur retour au bercail brise le mythe des restitutions et ouvrent le chemin à d’autres restitutions de patrimoine, s’est-il réjoui. Très habilement, il a reproché à la France le choix arbitraire des 26 œuvres. « Si nous avions été associés nous aurions composé le lot autrement », avoue-t-il avoir eu envie de dire au président français.

Dans son speech improvisé, il a également défendu une opinion forte : certes, les 26 œuvres sont étiquetées « trésors royaux d’Abomey », mais il faudra désormais ne plus leur coller ce regard. Elles s’inscrivent désormais dans le patrimoine commun de tout le Bénin.

« La nation béninoise est désormais la synthèse harmonieuse de ce que nous avons été, de ce que nous avons pu être, de ce qui nous a générés, de la diversité qui nous a générés. C’est pour cela que notre passé aussi diversifié soit-il, constitue notre patrimoine historique commun désormais », a-t-il professé.

Par conséquent, a-t-il insisté, « Que ce soit une pièce du royaume de Kouandé ou de Nikki, ou de Porto-Novo, que ce soit deux pièces d’un autre royaume du Bénin jadis, elles demeurent notre patrimoine commun. » Aussi, Patrice Talon refuse-t-il de leur attacher une spiritualité et casse ceux qui espéraient des rituels ou des libations pour leur accueil ou pour les réactiver. « Chacun sera libre de tisser ou d’établir avec ces reliques de notre sacré passé, le lien qu’il lui plaira d’établir ».

Sa position est donc claire : « dans notre identité commune, républicaine, laïque ces œuvres ne revêtent pour la république aucun caractère religieux ni spirituel. Si on peut leur conférer une spiritualité neutre alors elle est républicaine. Mais si c’est une spiritualité particulière liée à un courant spirituel, alors la république la respecte mais ne la porterait pas. Les œuvres, que ce soit ici ou demain à Ouidah ou après-demain au musée de l’épopée des amazones et des rois et d’Abomey, ces musées seront des espaces de la république. Et à ce titre, sont dépourvues de toute considération religieuse. »

La revendication de restitution réussie du Bénin, ouvre véritablement le boulevard au retour du patrimoine africain retenu à 95% hors du contient.

Par Sêmèvo Bonaventure AGBON

 

 

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1 Commentaire

Donatien Fernando Sowanou novembre 11, 2022 - 8:57 am

Belle plume mes aînés.

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