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Cybercriminalité et image du Bénin à l’extérieur : L’amer vécu de l’écrivain Hervé Kissaou Makouya

Par Sêmèvo Bonaventure AGBON
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La cybercriminalité et le maraboutage sur les réseaux sociaux nuisent gravement à l’image du Bénin à l’extérieur. Hervé Kissaou Makouya en a fait l’amère expérience à l’occasion de l’édition d’un essai philosophique. « Le conseil éditorial et le directeur en personne doutent de ma crédibilité, moi qui proviens du Bénin et qu’ils soupçonnent d’être mêlé à des actes soit de terrorisme soit de fétichisme », raconte ici l’écrivain togolais résidant à Cotonou depuis 2014 et auteur d’une dizaine d’ouvrages.

Témoignage recueilli par Sêmèvo Bonaventure AGBON

 

Bénin Intelligent : Vous résidez à Cotonou depuis 2014. Pourquoi le choix du au Bénin au détriment du Togo, votre pays ?

Hervé Kissaou Makouya : Il fut un temps où je ne me sentais plus heureux dans mon pays d’origine. J’ai alors décidé de rejoindre le Bénin que j’ai choisi pour son potentiel intellectuel et culturel. Neuf ans après je ne regrette pas mon choix. Car malgré les tempêtes de temps en temps qui sont d’ailleurs communes à l’Afrique, il y a toujours une nuée d’intellectuels qui ont répondu présents aux grands enjeux sociaux et nationaux.

Seulement, la cybercriminalité attire une mauvaise réputation au Bénin. Racontez-nous votre vécu.

Le seul bémol, c’est ce fléau de cybercriminalité qui ternit sérieusement l’image du pays. Moi je suis tout le temps en train d’écrire. Je sais que même dans une autre époque, des gens me liront.

En 2015 j’ai rencontré sur un réseau social un auteur franco-belge qui est aussi philosophe et écrivain, enseignant de français comme moi. Entre 2016 et 2018 nous avons co-écrit un essai philosophique sur les relations d’échanges culturels nord-sud. Le titre : ”Deux hommes assis au milieu de nulle part et au centre de tout” (éditions Les presses du midi ; France).

Fin 2018 Frédéric mon co-auteur a envoyé notre manuscrit à l’éditeur (le directeur général à l’époque, le regretté Gérard) qui a accepté quelques semaines plus tard de nous éditer à compte d’éditeur. Il devrait nous proposer un contrat de publication, mais nous n’avons plus eu de suite. Plus tard Frédéric a pu arracher les confidences d’un cadre de cette maison d’édition, selon lesquelles le conseil éditorial et le directeur en personne doutent de ma crédibilité, moi qui proviens du Bénin et qu’ils soupçonnent d’être mêlé à des actes soit de terrorisme soit de fétichisme versant du sang humain ou soit d’arnaque, et peut-être à tout ceci à la fois.

Frédéric les a rassurés de ce que je ne suis pas ce qu’ils pensent de moi. En vain. J’ai proposé que la maison d’édition lance un SOS recommandation au gouvernement du Bénin via l’Ambassade, aux fins de chercher à connaître ma moralité de sources crédibles. Mais visiblement personne n’avait son temps à perdre. Sauf que le préjugé les a empêchés de nous éditer en 2019 malgré que tout était prêt.

En 2020, Gérard est décédé. Une autre structure a racheté la maison d’édition. Frédéric a repris les négociations en contactant la nouvelle directrice qui aussi ressort le même préjugé à mon encontre. Après plusieurs démonstrations, Frédéric obtient finalement la parution du livre qui est actuellement en vente sur toutes les plateformes partenaires de la maison d’édition. C’était le 5 mai 2021, soit deux ans après l’échéance normale autrefois prévue.

Mais le bémol, elle ne nous a pas signé un contrat de publication jusqu’à ce jour. L’année passée, elle a envoyé un semblant de proposition de contrat qui porte malheureusement le titre mal transcrit de l’ouvrage. Une vraie moquerie. J’ai exigé que le titre soit bien écrit avant que je ne pose ma signature. Jusqu’à cette minute nous n’avons plus eu de retour.

Dans la foulée, la directrice nous a exigé 500 euros pour le déblocage de notre projet qui selon elle a trop duré. Or le contrat initial devrait porter sur le compte d’éditeur (gratuit). Pire, la proposition de contrat qu’elle nous a envoyée ne portait pas elle aussi ce montant de 500 Euros. Et après deux ans de vente de notre ouvrage, l’éditeur ne nous a pas envoyé le point des ventes.

Bref voilà ce que cette réputation du Bénin m’a coûté. J’ai ressenti une grande impuissance, parce que je ne pouvais rien faire pour changer la situation. La seule réponse que je pouvais apporter à cette humiliation serait de susciter des commandes de mon ouvrage parmi des personnalités des structures importantes du Bénin. De sorte que l’éditeur se rende compte de ma crédibilité. Mais vu que je suis un inconnu, je n’ai pas réussi à relever ce défi.

Quel est votre message à l’ensemble des citoyens ?

À ceux qui pensent que ce fléau ne fait aucun mal au pays, je dis ceci : le karma existe, qu’il soit collectif ou individuel. L’univers est un et indivisible. Tout est relié en un seul fil. Toute offense portée à une forme de vie, qu’elle soit végétale, minérale, animale ou humaine revient tôt ou tard à soi-même.

En plus le mauvais usage de notre spiritualité est en train de créer un grand déséquilibre autour de nous. Les gens ont recours à des divinités et des entités désincarnées pour faire du mal aux autres. Ce genre de pratiques fonctionne avec l’énergie vitale et divine de celui qui les exerce. Ce sont des épées à double tranchant. À cette allure on n’aura plus que des gens dégénérés, des débiles. Tout est compensation. Pour tout ce qu’on pense gagner il y a un prix à payer.

Aux autorités, quel est votre appel aujourd’hui ?

Mon message à l’endroit des autorités, c’est de continuer d’observer les mesures techniques immédiates. Mais je crains que l’on oublie de prendre des dispositions pour le long terme. Il faut que les gens nous proposent un nouveau pacte social qui mette la communauté au centre de l’éducation de l’individu, qui renforce aussi la responsabilité parentale. Il n’y a que des communautés solidaires et crédibles pour former des individus intègres et responsables.

Qu’on ait le courage de dépolitiser et démonétiser la vie communautaire. Car le spectre des hommes politiques et celui de l’argent pèsent un peu trop sur nos communautés. Or l’exemplarité n’est pas toujours au rendez-vous parmi les acteurs politiques qui sont pourtant les plus présents dans nos localités. Cela contribue à la perte de repères au sein de la jeunesse.

L’enseignant, le directeur d’école, le chef religieux, l’infirmier de la localité… étaient tous des repères au sein de la communauté. Il faut qu’on nous explique comment tous ces repères ont pu être détruits au fil du temps. Puis l’éducation des enfants est laissée à la charge du seul parent, encore que les familles monoparentales se multiplient. Or seule une communauté soudée, solidaire, auto disciplinée et fonctionnant sur entre autres l’exemplarité peut produire un individu honnête et intègre.

Il faut que les pouvoirs publics trouvent des mécanismes pour faire fonctionner à nouveau ce genre de leviers sociaux. Ainsi ce fléau va se résoudre de lui-même sur une génération.

 

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