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Démographie au Bénin : Guerre des camps et défis de solutions adaptées

Par Sêmèvo Bonaventure AGBON
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La question de la (forte) croissance démographique en Afrique ces trente dernières années préoccupe les gouvernements. Le sujet très inflammable devient persistant et oppose deux camps : celui des pro-limitation aux anti-contrôles des naissances. Au Bénin, le gouvernement prône le dialogue et aborde le sujet avec calme et pédagogie.

Par Raymond FALADE

Le ministre d’État Abdoulaye Bio Tchané a délivré à Savè, samedi 15 juillet à l’occasion de la Journée mondiale de la population célébrée, une allocution qui résume la position du gouvernement. Aujourd’hui, le Bénin ne saurait ignorer la problématique que de la forte croissance démographique et ses conséquences sur le développement économique et social.

D’autant plus que, « en une trentaine d’années, la population du Bénin a enregistré une tendance plus que galopante. Elle a triplé, passant de 3,3 millions d’habitants en 1979 à plus de 10 millions habitants en 2013 soit un taux d’augmentation de plus de 200% sur la période ». Ainsi, si la dynamique démographique actuelle reste maintenue « notre population pourrait doubler d’ici 2050 », projette Abdoulaye Bio Tchané. Pour lui, cette forte croissance « n’est pas forcément une mauvaise chose ». C’est plutôt « l’assurance que l’identité du Bénin, celle pour laquelle le gouvernement travaille depuis 2016, va se consolider et se transmettre de génération en génération ».

Toutefois, le ministre pense que « devant cette assurance, il est important que nous marquions une pause pour nous rendre à l’évidence de cette vérité implacable, qu’un peuple ne se perpétue que s’il se donne les moyens de vaincre ses vulnérabilités, de surmonter ses peurs et de renforcer sa résilience à toute épreuve ». Pour cela, le gouvernement propose « qu’il nous faut parvenir de façon concertée à un consensus sur les changements de paradigmes à opérer en vue d’accélérer la transition démographique dans notre pays. Faire en sorte que l’évolution de notre démographie soit un atout pour notre développement ».

Inflammable

La question de la croissance démographique au Bénin a suscité beaucoup de réactions ces derniers mois avec la déclaration du président Patrice Talon sur la maîtrise des naissances. Dans un entretien qu’il a accordé au journal “Le Figaro” en marge de sa participation à la « Rencontre des entreprises françaises » à Paris le mardi 30 août 2022, le chef de l’État  avait expliqué que la poussée exponentielle de la démographie pénalise le développement.

« La taille d’une population et sa jeunesse peuvent être un atout, [mais] son augmentation trop rapide est un frein pour son développement [puisque] quand dans un pays, la demande en matière d’éducation, de santé et de l’emploi croît beaucoup trop vite que l’investissement et l’offre dans ces trois domaines, le pays s’appauvrit », a justifié Patrice Talon.

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Il avait par ailleurs rassuré que la réforme des naissances, si elle a lieu au Bénin, devrait se faire dans les règles de l’art avec de « la pédagogie et des mesures incitatives ». Ainsi, le gouvernement a annoncé lors du conseil des ministres du mercredi 3 mai, l’organisation une table-ronde autour de la mise en œuvre des actes visant à réduire les naissances ou du moins, contrôler la fécondité au Bénin. L’objectif est « de travailler pour instaurer une « procréation responsable », précise le secrétaire général adjoint du gouvernement porte-parole du gouvernement Wilfried Léandre Houngbédji.

Mais le sujet est très sensible et suscite très vite des polémiques. Le porte-parole du gouvernement a dû faire une sortie de clarification après cette annonce « incendiaire » aux yeux de certains. « Le gouvernement du Bénin n’a pas dit qu’il va limiter les naissances. Le gouvernement convoque plutôt des assises nationales où toutes les forces-vives, toutes les composantes de la société, se retrouvent et discutent d’une préoccupation majeure pour notre pays, pour aujourd’hui et pour demain. Encore une fois, il ne s’agit pas de limitation de naissance. Il s’agira d’une procréation responsable », a rectifié le porte-parole.

Ces assises a-t-il soutenu, visent à « voir quelle est la dynamique optimale qu’il faut observer pour la progression de la démographie au Bénin, pour que cela ne rompt pas l’équilibre entre population et développement ».

« Si nous sommes aujourd’hui en 2023, nous devons savoir en maîtrisant la dynamique des populations, en 2030 ou en 2050, combien de centres de santé dans telle localité, combien d’écoles il nous faut dans telle autre localité. Si on n’a aucune maîtrise de la dynamique des populations, nous n’aurons pas non plus de prise sur ces questions-là. Et, nous risquons, malgré nos efforts, malgré la volonté du gouvernement actuel et de ceux de demain, de travailler et de ne pas ressentir conséquemment les efforts de notre travail », avait insisté le gouvernement.

Le porte-parole fait savoir que « si on laisse chacun faire le nombre d’enfants qu’il veut, comment il veut, quand il veut et où il veut, il y a des risques majeurs que les réponses que l’État apporte montrent toujours des limites et nous aurons des insatisfactions ». L’organisation de ces assises nationales permettra donc de mener des débats aux fins de définir la ligne de conduite pour mieux conduire cette réforme très sensible et assurer l’équilibre entre démographie et développement.

Solutions adaptées

L’édition 2023 de la Journée mondiale de la population s’est déroulée autour du thème : « Libérer le pouvoir de l’égalité des sexes : faire entendre la voix des femmes et des filles pour libérer les possibilités infinies de notre monde ».

Dans une tribune publiée par Bénin Intelligent ce mois de juillet, les universitaires Alphonse Mingnimon Affo ; Emery Patrick Effiboley et Dodji Amouzouvi s’offusquent du « commerce de la peur » ou les discours exagérés sur le boom démographique en Afrique. Aussi, ils épinglent « la transposition des schémas simplistes de la démographie des pays développés à ceux des pays en voie de développement au regard des évolutions récentes ».

Selon eux, « La promotion d’une fécondité responsable, ne doit pas oblitérer la thèse selon laquelle, il n’y a de richesse que d’Homme. La complexité de la question de la population impose des solutions adaptées et porteuses d’avenir et de développement ».

A titre illustratif, les auteurs évoquent les cas de pays émergents d’aujourd’hui qui ont su « tirer profit de leur profil démographique, et ceci, à travers une combinaison d’interventions bien au-delà de la limitation des naissances ». Il s’agit notamment des ‘Tigres (ou Dragons) asiatiques : comme la Corée du Sud, Taïwan, Hong Kong, et Singapour qui « affichaient le même profil démographique et une situation économique que ceux de nombreux pays africains aujourd’hui…».

En réalité, une forte démographie est un stimulant de la croissance. Mais, un déséquilibre entre le boom démographique et le niveau de développement socioéconomique, comme c’est souvent le cas en Afrique, pourrait conduire à un suicide progressif.

LIRE AUSSI : [TRIBUNE DE L’INTELLIGENT] Des universitaires s’interrogent sur la démographie en Afrique et le développement

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