Dégradées et tendues avec l’administration Buhari, les relations entre le Nigéria et le Bénin ont retrouvé un nouveau souffle mutuellement bénéfique depuis l’installation de Bola Tinubu. Il était temps…
Par Arnauld KASSOUIN
La visite au Bénin mercredi 12 juillet du richissime homme d’affaires Aliko Dangoté est resté un fait majeur dans l’opinion. L’absence, le 28 mai de Patrice Talon à l’inauguration de sa méga raffinerie avait été perçue, en effet, comme le signe d’une relation définitivement difficile entre les gouvernements des deux pays voisins.
L’ancien président nigérian Muhammadu Buhari était-il donc un frein à une coopération fluide, décomplexée et prospère entre le géant de l’est et le Bénin ? Avec lui, le paroxysme des incompréhensions a été atteint en août 2019 à travers la fermeture unilatérale des frontières pendant plus d’un an. Sans aucune courtoisie diplomatique, le Nigéria accusait souvent le « petit Bénin » d’être la source de tous ses maux, notamment l’entrée sur son territoire de produits importés, notamment le riz.
A l’époque, certains estimaient que le chef de l’État béninois devrait « supplier » son homologue nigérian en vue d’obtenir la réouverture des frontières. Sinon, le Bénin allait s’effondrer, prédisaient carrément d’autres. Le gouvernement était plutôt dans la dynamique de la réaffirmation de la souveraineté nationale. « (…) les gens trouvent qu’on est arrogant, mais le président Patrice Talon n’est pas le président d’un Bénin faible et moi je ne suis pas le porte-parole d’un Bénin faible. Le président Patrice Talon est le président d’un Bénin fier, ambitieux, et de plus en plus ambitieux, qui veut faire les choses biens, qui veut faire les choses en grand et qui veut compter dans le concert des nations. Nous ne négligerons aucun aspect. Qu’il s’agisse du hard power ou du soft power nous serons présent là où il faudra pour les intérêts du Bénin », reprécise en juin Wilfried Léandre Houngbédji au siège de Bénin Intelligent.

Pour aplanir les divergences et contenter le voisin, Patrice Talon avait soumis plusieurs propositions –sans suite- dont la composition d’une unité douanière mixte à la frontière. Depuis l’arrivée au pouvoir du successeur Bola Tinubu, les deux pays voisins semblent vivre la parfaite fraternité. Un nouveau souffle, une nouvelle dynamique féconde a commencé. En plus d’avoir été à son investiture, Patrice Talon et le nouveau président nigérian se sont vus à plusieurs reprises déjà, en si peu de temps, notamment à Paris, en juin, lors du sommet pour un nouveau pacte financier mondial.
Après l’ère Buhari faite de blocus, le besoin de « raffermissement des relations fraternelles et de coopération qui unissent nos deux États » formulé par Patrice Talon a été partagé par son homologue. Les frontières des deux pays seront sans doute au cœur de la nouvelle dynamique.
Nouveau départ à la frontière
A l’instar de Dangote, le directeur général des Douanes du Nigéria, Bachir Adéwale Adeniyi s’est rendu lui aussi au Bénin. Lors de sa visite de travail lundi 24 juillet, lui et son équipe ont tenu plusieurs réunions avec la partie béninoise. Cette visite s’inscrit justement dans la logique instaurée par les chefs d’État des deux pays voisins, de «redynamiser les échanges commerciaux entre les deux pays» et, au-delà, «définir une stratégie commune pour lutter efficacement contre la fraude»
Des nombreuses réunions entre l’administration des douanes du Nigéria présidée par Bachir Adewale Adeniyi et l’administration des douanes du Bénin dirigée par Alain Hinkati ont découlé d’un ensemble d’orientations et de mesures ayant obtenues l’adhésion des deux pays. Elles visent à favoriser «la fluidité des opérations de transit», faciliter les «échanges» commerciaux, d’harmoniser les «procédures» administratives, et de promouvoir les «échanges entre les opérateurs économiques tout en luttant contre la fraude douanière».
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Le communiqué conjoint signé par les deux parties souligne qu’un intérêt ferme et croissant est particulièrement affiché quant à « la promotion du schéma de libéralisation des échanges de la Cedeao», avec pour ambition de favoriser la libre « circulation des marchandises et des produits communautaires en particulier ». «Le strict respect des règles relatives au transit, l’harmonisation de la liste des produits prohibés par les deux pays, la facilitation réciproque de la délivrance du “Laisser-Passer” pour un court séjour dans l’un des pays avec des moyens de transport immatriculés dans l’autre pays ainsi que l’intégration rapide du Nigéria au Système interconnecté de gestion des marchandises en transit (Sigmat) qui regroupe déjà les administrations des douanes du Bénin, Burkina-Faso, Côte d’Ivoire, Ghana, Mali, Niger, Sénégal et du Togo font partie des dispositifs importants qui devraient organiser désormais le cours des relations commerciales entre la douane Béninoise et Nigériane.
Aussi, « le renforcement de la lutte contre la criminalité transfrontalière par la coopération, le partage de renseignements et la mutualisation des moyens, la tenue de réunions semestrielles pour discuter des questions d’intérêt commun, la réactivation du comité conjoint de suivi des relations commerciales et de transit, la relance des cadres de concertation des unités douanières frontalières avec la participation active du secteur privé, la levée des barrières et autres obstacles au commerce licite et l’implantation d’unités douanières lorsque le trafic le justifie, la promotion de bonnes relations avec les populations frontalières, le professionnalisme et le civisme fiscal, ainsi que la sécurisation de la chaîne logistique internationale sont inscrits comme des priorités pour mieux organiser les relations entre les deux administrations douanières.
Au terme de la séance de travail, une visite des « installations douanières» du Bénin a été l’occasion de présenter à l’hôte le «projet d’aménagement du port et du nouveau système d’information portuaire». Une rencontre avec les « opérateurs économiques et les commissaires agréés en douane » a également eu lieu.
Sur invitation de son homologue, le directeur général des douanes du Bénin Alain Hinkati se rendra sous peu au Nigéria pour une «visite officielle afin d’assurer le suivi des conclusions».
