Home Actualité Coups d’Etat en Afrique de l’Ouest : Éviter d’ajouter l’instabilité à l’insécurité [Tribune]
Insécurité

Coups d’Etat en Afrique de l’Ouest : Éviter d’ajouter l’instabilité à l’insécurité [Tribune]

Par Sêmèvo Bonaventure AGBON
0 Commentaire

Le coup de force militaire en cours au Niger, tend à confirmer le retour de vieux démons, dans notre sous-région, déjà rudement secouée par des questions sécuritaires. C’est d’une évidence qu’ajouter l’instabilité à l’insécurité, est fatalement une menace grave, pour les efforts régionaux de développement.

Certains jeunes ou pseudo « panafricanistes », qui par naïveté ou manipulation, applaudissent à tout rompre, les crises qui secouent notre sous-région, ont sans aucun doute, des lectures en retard. Ils ont tort de ne pas s’informer sur l’histoire récente de nos jeunes Etats. Ils y auraient appris par exemple, que notre pays le Bénin, aux lendemains de son indépendance, s’était vu affublé d’un sobriquet peu enviable : l’enfant malade de l’Afrique.

Oui, à en croire les docteurs et experts, qui s’étaient alors penchés sur son cas, aux lendemains de son accession à la souveraineté internationale, le Dahomey, souffrant d’une instabilité chronique, avait un avenir en pointillés. Son pronostic vital, était même engagé. Et le mal avait atteint un niveau de métastase, qu’il ne restait que la prière, comme remède… Cinq coups d’Etat en moins de dix ans ! C’était plutôt désespérant pour une jeune nation.

Pas d’hommes forts, mais des institutions fortes

Le dernier putsch au Dahomey, s’était donné pour vocation, de trouver remède à ce mal, en proclamant une ‘’Révolution’’ qui se voulait ‘’démocratique et populaire’’ ! Celle-ci aura duré plus de dix-sept ans. Avec entre autres, à son bilan, la banqueroute et la faillite de l’Etat.

La Conférence nationale des forces vives de février 90, qui avait mis fin à cette tragédie, a été une forme de catharsis. Elle avait accouché du Renouveau démocratique, et proclamé la victoire sur la fatalité ; contre les démons du passé, en costume comme en kaki. C’est ainsi que notre armée nationale, qui avait pris une large part dans ce naufrage collectif, avait fait son mea culpa, et annoncé aux conférenciers, son retour définitif dans les casernes.

 

«C’est d’une évidence qu’ajouter l’instabilité à l’insécurité, est fatalement une menace grave, pour les efforts régionaux de développement.»

 

Depuis, le pays et sa démocratie ont fait du chemin. Notre armée nationale aussi. Trois alternances au sommet de l’Etat. Cinq à la tête de notre Parlement. Des institutions de recours, de régulation, de médiation qui fonctionnent à plein régime. Bien sûr, avec leurs imperfections, n’étant que des institutions humaines…

La démocratie n’étant pas un long fleuve tranquille, il y a eu comme dans tout pays normal, des moments de crises, de tensions, de menaces graves à notre vivre ensemble, etc. Évidemment, et comme cela se fait, dans les démocraties les plus avancées, les institutions dites de contre -pouvoir, ont joué pleinement leurs rôles. Elles ont régulé le fonctionnement des institutions quand il le fallait ; remis les compteurs à zéro quand cela s’imposait.

Une des vertus de la démocratie, étant la confiance aux institutions, notre pays gère ses contradictions à l’interne, et fait tant bien que mal son chemin. L’ex-Président américain, Barack Obama, proclamait lors d’une visite au Ghana, que « l’Afrique, n’a pas besoin d’hommes forts ; mais plutôt d’institutions fortes ». Donnant ainsi raison, à un des ‘’ex hommes forts ‘’ du Dahomey de l’époque, le colonel Maurice Kouandété, pour ne pas le nommer.

Il a fait un aveu assez illustratif, lors d’un entretien sur une de nos chaînes de radio. Il avoua que l’une des nombreuses raisons, ayant conduit à la prise du pouvoir par notre armée, aux lendemains des indépendances, fût sans aucun doute, l’absence d’une institution de recours ou d’arbitrage, telle que la Cour constitutionnelle. L’armée dahoméenne, disait ce spécialiste reconnu des putschs, n’intervenait pas souvent de son propre chef, dans le champ politique.

Dans de nombreux cas, c’étaient plutôt les dirigeants civils au pouvoir, qui l’invitaient à prendre le pouvoir, pour mettre fins aux nombreux conflits, qui les opposaient. Et il faut reconnaître qu’entre nos grands leaders de l’époque, c’étaient guéguerres, alliances et contre alliances ! L’armée était donc à la limite un arbitre ; un recours. L’appétit venant en mangeant, on connaît la suite.

Panafricanisme du développement

De nos jours, on peut affirmer qu’après trente-trois ans de pratique, la démocratie fonctionne chez nous, malgré ses imperfections. D’ailleurs, l’ancien Premier ministre anglais, Winston Churchill disait à propos des régimes démocratiques, que « la démocratie est peut-être un mauvais système ; mais les autres sont pires. »

Les citoyens d’ici, ont accepté et même apprivoisé, le bulletin de vote, comme mode de sanction des régimes. Ils en ont gouté les plaisirs et les vertiges… Chez nous, le système démocratique lui-même a déjà eu le temps de donner sa pleine mesure, en matière de balisage des chemins du progrès et du développement.

Historiquement parlant, on peut affirmer, et ceci dans une certaine mesure, qu’il y a eu deux Bénin : d’abord un Bénin de l’instabilité puis de la Révolution, de 1960 à 1990 ; puis un Bénin du Renouveau démocratique de 1990 à nos jours. Les progrès accomplis durant les deux périodes, peuvent être comparés. Tant ils sont visibles, palpables et même mesurables. Prôner donc une révolution panafricaniste, ou une libération d’un joug prétendu colonial, et ceci sous le parrainage de mentors aux intérêts connus, ne saurait prospérer sous nos cieux.

 

«La démocratie n’étant pas un long fleuve tranquille, il y a eu comme dans tout pays normal, des moments de crises, de tensions, de menaces graves à notre vivre ensemble, etc.»

 

D’ailleurs en quoi la chasse à une France colonialiste ou impérialiste, ici et maintenant, boosterait notre développement ? La « France de papa », il y a très longtemps, qu’aucun Béninois censé, n’y croit plus. Le Bénin des années 70, a fait sa Révolution, et expérimenté bien de concepts, que certains jeunes qui se proclament « panafricanistes », semblent aujourd’hui découvrir. Même la coopération avec leurs nouveaux mentors, est du déjà vu sous nos cieux.

L’impérialisme reste l’impérialisme. Qu’il vienne de l’Ouest ou de l’Est, du Nord ou du Sud. Il ne fonctionne qu’au gré de ses intérêts. Nos dirigeants d’ici, qui désormais ont fait l’option d’une diplomatie économique, l’ont si bien compris qu’ils ne font pas de distinguo entre investisseurs. Qu’ils soient Chinois ou Russes ; Américains ou Français.

L’essentiel étant de nous aider à consolider nos acquis. D’ailleurs GDIZ a l’espace assez large, pour ce faire. C’est dire qu’ici plus qu’ailleurs, notre panafricanisme à nous devrait être avant tout, celui du développement ; un panafricanisme qui renforce la démocratie, donc la stabilité et la sécurité, dans notre environnement immédiat. D’où l’engagement du Bénin, en tant que membre de la Cedeao, pour un Niger de démocratie et de stabilité.

En effet, dans un environnement déjà secoué par des questions sécuritaires et d’extrémisme violent, ajouter l’instabilité à l’insécurité, serait compromettre gravement notre notre devenir commun.

Ben OLAWALÉ (collaboration)

 

LIRE AUSSI: Démocratie en Afrique : Le faux procès

LIRE AUSSI: Mali : Comprendre la nouvelle constitution qui lance la 4ème République

Lire aussi

Laisser un commentaire

A propos de nous

Bénin Intelligent, média au service d’une Afrique unie et rayonnante. Nous mettons la lumière sur les succès, défis et opportunités du continent.

À la une

Les plus lus

Newsletter

Abonnez-vous à notre newsletter pour être notifié de nos nouveaux articles. Restons informés!