L’institutionnaliste de réformes publiques et staséologue praticien, Simon-Narcisse Tomety ne partage pas l’avis du professeur Théodore Holo lorsqu’il déclare que « Les militaires ne sont pas formés pour diriger une République. Ils sont entraînés pour défendre et garantir l’intégrité du territoire ». Dans cette tribune, il évoque, à contrario, des figures militaires dont l’exemple prouve « qu’un militaire est un citoyen civil responsable et en arme ». Il conclut, par expérience, que « l’intellectualisme militaire dans beaucoup de domaines civils dépasse de loin l’intellectualisme civil, surtout au sommet de nos Etats ».
Le professeur Holo m’a piqué : ma part de vérité sur Armée -Nation
Y a-t-il une école où l’on forme des présidents de la république et des ministres de la république ? NON !
Est-ce qu’un ancien militaire à la retraite qui a conservé ses réflexes de militaire peut-il être candidat à une élection présidentielle ? OUI!
Est-ce que les militaires ont le monopole des coups d’Etat ? NON!
Est-ce que l’Etat de droit et la démocratie sont-ils dévoyés par tous les régimes politiques civils en Afrique au sud du Sahara en se servant des militaires pour de sales boulots même meurtriers? OUI !
Les politiciens ou hommes d’affaires aux hautes fonctions de l’Etat gèrent mieux que les militaires et pourtant, les plus corrompus et prédateurs de deniers ce sont les civils.
Lorsque certains hauts gradés des Forces de Défense et de Sécurité (FDS) se trempent dans des scandales financiers c’est rare que ce soit sans la complicité des chefs d’Etat.
Quand les FDS sortent des casernes pour s’en prendre aux populations dont elles sont issues, c’est toujours sur instruction sans état d’âmes des civils qui gèrent le pouvoir d’État.
J’ai connu des intendants militaires qui sont autant qualifiés que n’importe quel civil sorti des grandes écoles de management public, des écoles d’administration ou de finances.
En matière de planification stratégique et opérationnelle, je constate que les militaires sont plus futés que beaucoup de hauts cadres civils. J’ai eu l’occasion de pratiquer les deux milieux.
Mon vécu personnel me fait dire que certains intellectuels civils sont hyper complexés et même arrogants quand ils montent en grade alors que plus un vrai militaire montent en grade, plus il est très humbles. Voilà un domaine dans lequel il va falloir renforcer les actions civilo-militaires.
Un grand officier a le commandement facile et la dictature difficile.
Un militaire n’est pas plus dictateur que les chefs d’État qui s’appuient sur les officiers supérieurs fragiles et instrumentalisés par des pouvoirs civils pour faire basculer un pays dans la dictature.
Ce sont les chefs d’Etat dictateurs qui ont toujours sollicité les FDS pour mettre en place la stratégie d’insémination de la peur et d’abus de fonction. La dictature est un coup d’Etat civil à l’Etat de droit avec un accompagnement des FDS.
Le Général d’Armée Pierre de Villiers est un militaire français intellectuellement brillant et grand connaisseur des stratégies de guerre, ancien chef d’Etat-major des Armées qui a su faire comprendre au président Macron qu’un militaire est un homme d’engagement et d’honneur qui n’accepte pas la vassalisation du drapeau de la république.
D’ailleurs, il a publié des ouvrages d’expériences sur la Nation et l’armée. Son dernier livre intitulé SERVIR, publié en 2018 est un ouvrage d’excellence intellectuelle que je recommande à tous les hommes civils de pouvoir. L’une de sa citation qu’il emprunte à Alfred Sauvy résume bien son ouvrage :
« L’honneur, c’est la poésie du devoir ». C’est par le devoir d’exemplarité que l’homme peut être honoré pour la qualité de ses services rendus au nom de l’intérêt général et du bien commun.
Combien d’hommes politiques ne sont pas au pouvoir pour se servir à la pelleteuse avant de songer à servir à la diète leurs populations?
Un vrai militaire sert son peuple et sa patrie avant de se servir, à moins qu’il soit une brebis galeuse dans le troupeau.
En définitive, nous avons peur de quoi en disant que les militaires ne sont pas faits pour gouverner une république. C’est doctrine est une méconnaissance du parcours académique et professionnel d’un militaire.
Ne devient pas officier qui le veut mais qui le peut, le grand officier j’entends. Pour avoir été dans une équipe de réforme du secteur de la sécurité (RSS), ensuite travaillé avec des sommités du Génie militaire, j’ai compris que l’intellectualisme militaire dans beaucoup de domaines civils dépasse de loin l’intellectualisme civil, surtout au sommet de nos Etats.
Je considère qu’un militaire est un citoyen civil responsable et en arme. C’est ma seule définition d’un militaire depuis que j’ai eu le privilège d’avoir comme collègues, des Généraux et des Colonels. C’était même très convivial d’être un civil parmi eux. Nous faisions des coproductions formidables. Je me souviens du Général de brigade XX lorsqu’il m’a responsabilisé pour prendre en charge la rédaction d’une communication sur le renseignement territorial que nous avions animée tous les deux au parlement centrafricain en 2009.
Lorsqu’un militaire dépose son arme, il n’y a qu’une seule chose qui le différencie de nous autres civils, et cette chose qui est le premier facteur de l’Etat de droit et de la démocratie s’appelle la DISCIPLINE que Brunetière, dans sa célèbre conférence du 26 avril 1899 sur la NATION ET L’ARMÉE définissait comme L’APPRENTISSAGE DE LA SOLIDARITÉ.
Est-ce que les politiciens et les hommes d’affaires au sommet des États africains sont-ils capables d’être à la fois des néolibéraux et solidaires de leurs peuples?
Les Nigériens m’ont beaucoup parlé du Général Kountche et du colonel Tandja qui, malgré leurs rigidités, sont restés dans leurs cœurs comme de très grands serviteurs du peuple nigérien, des personnalités très sobres qui sont vaccinés contre le syndrome de Capharnaüm.
Je crois que c’est démesuré de considérer qu’un militaire n’est pas fait pour diriger un Etat alors qu’au Bénin, ce sont les militaires eux-mêmes qui ont choisi de retourner dans les casernes lors de la conférence nationale de février 1990. Fort étonnamment, ce sont les régimes politiques civils qui politisent le haut commandement de l’Armée partout en Afrique, soulevant des frustrations concernant les galons politiquement donnés.
Le Professeur Holo est un homme d’expérience que je respecte non pas pour son titre professionnel de professeur des universités mais pour ses analyses et son investissement dans les réseaux sociaux pour expliquer des paramètres très intéressants sur le développement humain par la puissance publique.
Je ne suis pas militaire et je ne suis pour aucun coup d’Etat perpétré par des civils ou des militaires.
Que cela soit clair.
Le Général Fernand Amoussou a été candidat à l’élection présidentielle après son admission à la retraite. Pour autant, qui dira qu’il a perdu ses réflexes de militaires. Ce n’est pas parce qu’on porte une arme qu’on est fou pour s’attaquer à son peuple ou qu’on est inapte pour la fonction de magistrat suprême d’un pays.
Je ne suis pas convaincu de cette assertion du professeur Holo.
Si demain, un officier supérieur à la retraite posait sa candidature pour être président de la république du Bénin et je sais qu’il ne traîne pas des casseroles et des cadavres dans ses placards, je voterai pour lui afin qu’il mette ses talents de serviteur au service de la Nation.
Oui, tous les Etats africains ont besoin de dirigeants serviteurs et non de dirigeants profiteurs qui mettent leurs intérêts personnels au-dessus de l’intérêt général.
Où sont ces politiciens et hommes d’affaires formés sans offre d’éducation à la citoyenneté de leurs populations et qui sont capables de diriger l’Etat africain?
Par Simon-Narcisse Tomety
Institutionnaliste de réformes publiques, Staséologue praticien
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