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Affaire palais privés du Danxomè : La thèse de l’acharnement

Par Sêmèvo Bonaventure AGBON
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Le préfet du Zou a interdit, à travers un arrêté signé vendredi 18 août, l’organisation de toute cérémonie dans les palais privés des anciens rois du Danxomè. Sauf autorisation spéciale de l’actuel roi, Dada Houegbadja Dêwênonde Behanzin. Plusieurs sources ne dissimulent pas leur étonnement et crient surtout à la cabale contre Dah Langanfin, très personnellement visé par la mesure.

Par Sêmèvo Bonaventure AGBON

L’arrêté signé du préfet du Zou, Firmin Kouton a révélé une dissension au sein des dignitaires traditionnels du plateau d’Abomey. Avant l’élargissement de l’interdiction à tous les palais privés des anciens rois du Danxomè, la mesure touche particulièrement Dah Langanfin, en charge du palais privé du roi Guezo à Cana. L’autorité préfectorale entend préserver officiellement l’ «ordre public».
Il a signé l’arrêté après réception d’une lettre en date du 16 août et signée de huit «membres de la cour des Gbonougan du royaume de Danxomè» qui dénoncent devant lui des (supposés) «agissements de Dah Langanfin dans le palais privé du roi Guezo à Cana».

Le principal concerné a reçu du soutien. Jeudi 24 août lors d’une sortie, les membres du creuset dénommé “Danxomè Ka-sudo”, ont dénoncé une «cabale» contre un gardien acharné des valeurs culturelles et cultuelles.

«Le trouble à l’ordre public évoqué en objet de la lettre des Gbonougan n’a aucun fondement dans le cas d’espèce. Les cérémonies querellées se déroulent dans un couvent situé dans un palais, un espace fermé et sous haute sécurité loin des regards du public. D’ailleurs, il faut être un initié pour y avoir accès. Routes, édifices d’État, place de jeu et de loisirs et que savons-nous ne sont nullement concernés. S’il devrait y avoir trouble ce sont les agresseurs qui le causeraient dans ce cas. Qui réprimander ?» ont-ils objecté dans une déclaration publique dont Bénin Intelligent a obtenu l’audio.

Il y a intrusion, à leurs yeux, dans le fonctionnement des lieux sacrés. «Nous Houegbadja-vi du creuset Danxomè Ka-sudo crions ici haut et fort notre désolation face à cette agression perpétrée dans nos lieux sacrés qui, si des dispositions n’avaient pas été prises par anticipation, aurait généré de très lourdes conséquences aux implications incalculées. Qui de nous tous aurait intérêt à ouvrir la calebasse sacrée de Dada Houegbadja ?»

Contacté par Bénin Intelligent, un journaliste culturel originaire de la région penche lui aussi pour la thèse du complot. Des chefs canton et chefs région seraient jaloux des potentiels cultuels et culturels dont Langanfin a hérités dans son canton, selon lui. «Les jaloux réalisent de loin que Langanfin pourrait être le prochain roi du Danxomè avec cette allure», décrypte le professionnel des médias qui a requis l’anonymat.

D’autres sources font observer que les cérémonies aujourd’hui indexées et que l’arrêté préfectoral suspend, sont pourtant organisées par le même dignitaire depuis des années. Ce que confirme également le creuset Danxomè Ka-sudo pendant sa sortie.
«Dah Langanfin, chef de l’ex canton de Cana s’est depuis 29 ans investi et a investi dans la restauration de deux des 8 palais royaux que compte Cana. Lesdits palais qu’on appelle Jakô et Mègomè font la fierté de Cana et par ricochet celle de tout le royaume», témoigne les membres.

Guerre des camps ?

Le roi Dêwênonde se laisse diriger par un camp de dignitaires, croit le journaliste culturel. Accusation que formule officiellement d’ailleurs le creuset Danxomè Ka-sudo contre le souverain intronisé en juillet 2022. «Serait-il sous pression de certains membres éclairés de la Cour ou d’ailleurs ? oui !», répond l’association qui se définit comme «un regroupement de Houegbadja-vi tous épris de paix, de justice et surtout moulés dans notre tradition et qui désormais s’affichent en sentinelles afin que jamais le contenu de la calebasse sacrée de Dada Houegbadja ne soit dévoilé aux impies».

Au passage, les membres lancent aussi des piques au préfet Firmin Kouton qu’ils accusent également de parti pris. « Le préfet devrait-il prendre cet arrêté sans chercher à prendre langue avec la partie mise en cause ? non.»

Revenant à la correspondance adressée à ce dernier, ils soulignent que «Les Gbonougan ne sont pas qualifiés pour saisir le préfet sans l’aval du roi, le chef. Le faisant ils bafouent l’autorité du roi et nient son existence. La cour du roi du Danxomè compte plus d’une centaine de Gbonougan et ils ne sont que 8 signataires (de la lettre). Leur mode de fonctionnement exige que pour un tel acte qu’ils aillent en assemblée générale avec la bénédiction du roi», relève le creuset.

Pourquoi Cana ?

Cana (ou Kana) est un vocable yoruba donné à la localité par des ressortissants nigérians qui y ont fait leur point de chute migratoire. Le village les avait saisis, en effet, par sa forte ressemblance avec leur milieu d’origine appelé “Kana-Minan”, raconte l’historien Jérôme Alladayè, lui-même prince d’Abomey.
«Instruit par l’expérience malheureuse de Ganyehesu qui, partit à Alada pour se faire sacrer roi à la mort de son père Dogbagri, perd le pouvoir au profit de son jeune frère Dako, les rois successifs du Danxomè choisissent Cana comme le lieu de l’onction définitive de tout nouveau souverain. Ainsi est conféré à Kana le caractère d’un lieu saint habité des dieux protecteurs et des ancêtres. Ce caractère de ville sainte du royaume est renforcé à partir d’Agaja…», écrit-il dans son article intitulé “Kana, ville sainte du Danxomè”, page 1-2.

Cana est donc une ville stratégique et sensible pour le royaume du Danxomè. Dah Langanfin n’y réside pas en tant qu’«occupant du trône du palais du roi Guezo», souligne-t-on.
Ce palais abrite 8 mausolées, soit la tombe de huit rois sur 12 qui ont régné sur le Danxomè. «C’est un palais qui se trouve être pratiquement une chapelle spirituelle pour ne pas dire une cimetière de certains souverains qui ont occupé le trône de Houegbadja», souligne à Bénin Intelligent un autre journaliste culturel.

Les dispositions du Conseil d’administration des familles royales d’Abomey (Cafra) responsabilisent les chefs cantons en ce qui concerne l’entretien des anciens palais de trouvant sur leur territoire de compétence. «Donc c’est en cette qualité qu’il [Dah Langanfin] officie au palais du roi Guezo de Cana pour le remettre au goût du jour», souligne-t-il.

Le chef programme d’une station radio, lui dresse des lauriers. «Dah Langanfin, c’est quelqu’un qui s’est personnellement investi, qui a donné le meilleur de lui-même afin que ce palais retrouve ses lettres de noblesse. Dah Langanfin est très conservateur. C’est un palais qu’il a réhabilité sur fonds propres et révélé au grand public en 2017, si mes souvenirs sont bons, à l’occasion du centième anniversaire d’entrée officielle en fonction de chef canton de son grand-père Togongon, 22e enfant garçon du roi Glèlè en personne».

L’affaire des palais privés des anciens rois du Danxomè se résume-t-elle, en réalité, à la persécution d’un Dah potentiel prétendant au trône du Danxomè ? Le professionnel des médias l’y ramène en tout cas : «Les pourfendeurs réalisent de loin qu’il pourrait être le prochain roi du Danxomè avec cette allure», insinue-t-il.

 

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