Home Actualité Un À-Dieu à Mgr Marcel Agboton : Sous le signe de la Communion, de la Participation et de la Mission 
Mgr Marcel Agboton

Un À-Dieu à Mgr Marcel Agboton : Sous le signe de la Communion, de la Participation et de la Mission 

Par Sêmèvo Bonaventure AGBON
1 Commentaire

Alors que s’ouvrait à Rome ce 4 octobre 2023 le synode sur la synodalité, commençaient les obsèques de Mgr Marcel Honorat Léon Agboton, en la cathédrale de Cotonou dont il fut archevêque (2005-2010). Cette messe est célébrée par son successeur sur le siège de Kandi dont il fut pasteur (1995-2000). Et la Messe de Requiem, le 5 octobre 2023 en la cathédrale Notre Dame de Porto-Novo, son diocèse d’incardination qu’il a aussi servi comme évêque (2000-2005) ! Merci au Seigneur pour ce parcours du « fils de sa servante », ordonné prêtre depuis le 6 janvier 1966.

Face à tant de grâces divines secouées par quelque disgrâce humaine portée dans la foi en Dieu et l’amour de l’Église, une méditation dans le silence s’impose mais non le refuge du silence. L’Évangile n’est pas diplomatie, mais témoignage et conversion. De cette odyssée, certains eussent voulu évoquer quelque axe, mais… Et si on en osait quelque lecture, à partir du thème du synode : « Communion, participation et mission » ?

Le défi de communion 

La fin du ministère épiscopal de Mgr Marcel Agboton convie à une sérieuse réflexion ecclésiologique sur notre regard sur Rome à qui bien souvent nous faisons, consciemment ou inconsciemment procuration de nos limites de gestions humaines. Rome « préside à la charité universelle ». Mais l’Église universelle qui n’est pas à identifier à Rome n’est pas non plus la somme des Églises particulières à partir desquelles et dans lesquelles (ex quibus et in quibus LG 23) se manifeste l’universalité. Il nous faut alors davantage renforcer le sens et la conscience de notre « être Église », pour une communion effective et affective, de plus en plus visiblement effritée, malgré des efforts d’apparence ou d’apparat. Des questions de fond se posent. Qu’est-ce que l’Église ? Comment faire Église, être Église et bâtir l’Église  », une trilogie pastorale proposée par Mgr Marcel Agboton quand il était à Cotonou ?

L’Église est essentiellement mystère de communion ; et celle-ci faiblit par manque de vérité dans la charité ou de charité dans la vérité. La communion dans la charité et la vérité apprécie des événements les faits et non les personnes. La communion ecclésiale qui s’enracine dans le mystère trinitaire et la célébration eucharistique implique alors une spiritualité de communion (Jean-Paul II, Novo millenio ineunte, n°43 ; Benoît XVI, Africæ munus, n°35) à cultiver et à définir comme modalité de marche ensemble : l’attention à l’autre, “l’un des nôtres”, « pour partager ses joies et ses souffrances, pour deviner ses désirs et répondre à ses besoins, pour lui offrir une amitié vraie et profonde » (…) reconnaître ce qu’il y a de positif dans l’autre pour l’accueillir et le valoriser (…) ; “donner une place” à son frère, en portant “les fardeaux les uns des autres” (Ga 6, 2) et en repoussant les tentations égoïstes qui continuellement nous tendent des pièges et qui provoquent compétition, carriérisme, défiance, jalousies ». Comment pouvons-nous désormais mieux vivre cette communion ? Quand elle n’est pas active, nous paraissons comme des comédiens.

La communion requiert le dialogue et la connaissance de l’autre… Comment ne pas rendre hommage à l’effort de connaissance personnelle de Mgr Agboton des prêtres de son diocèse, avec qui il entretenait un rapport particulier ? Et en déplacement, il savait s’arrêter juste pour saluer l’équipe sacerdotale… Cette délicatesse pastorale le distinguait. La communion requiert sympathie et tact humain, envers tous, surtout ceux qui souffrent… En avons-nous eu assez pour celui qui fut notre pasteur ?

Nos efforts de communion sont de plus en plus grevés par des déficits d’humanité qui ankylosent la conscience d’appartenance ecclésiale.

L’esprit de participation ecclésiale plus active

Notre conception africaine du pouvoir peut rendre difficile la participation par une trop grande personnalisation monarchique du pouvoir ecclésiastique, ou par son extension anarchique à tous les membres des structures de participation. Les deux sont des pathologies contraires à la vie de l’Église. Si la personnalisation ou l’extension courent le risque de s’accommoder quelquefois de collaborateurs pas assez idoines, ceux-ci, dans le deuxième cas, passent pour des roitelets. Celui qui exerce le ministère épiscopal qui est un ministère de synthèse et non la synthèse des ministères, doit être capable de coordonner un sujet collectif. C’est un défi urgent au regard de certains dysfonctionnements qui nuisent à la communion ecclésiale.

La capacité de coordination d’un sujet collectif qu’est la communauté ecclésiale, dans son unité et dans sa diversité, interpelle tout pasteur propre ayant charge d’âmes. La qualité de participation requiert une capacité de réflexions. L’ignorance porte non seulement à l’incompétence, mais à toutes formes de méchancetés de manière active ou passive. Or les décisions dans l’Église touchent à la vie ou à l’état de vie des personnes. Elles méritent plus le regard du Christ…

Par ailleurs, tout fidèle du Christ est qualifié pour participer à la vie de l’Église, par son baptême. Il ne s’agit pas d’une délégation. Nous sommes tous responsables, de la vie de l’Église. Aucun chrétien ne doit rester spectateur de ce qui concerne la vie de l’Église ; ce serait une mentalité de dé-mission qui finit par réduire faussement l’Église à ses ministres dont on attend tout et qu’on accuse de tout. De même, cette participation si elle se déploie en mode de revendications syndicales, fausse aussi la nature de l’Église qui est communion. La participation établit tous les chrétiens en co-responsabilités différenciées. Une belle gageure !

La crédibilité de la mission

L’Église existe pour annoncer le Christ aux hommes. Les sensibilités actuelles mettent davantage l’accent sur la nécessité d’élargir les tentes, d’aller vers les périphéries existentielles. À cette mission, Mgr Marcel Agboton a pris sa part, comme formateur de prêtres, curé et évêque, par la pastorale active, mais aussi sur l’autel de la souffrance… Le 14 septembre 2023 où il s’en est allé, solennité de la Croix glorieuse, n’aurait-il peut-être pas quelque chose à nous dire du mystère de sa vie ?

Le test de crédibilité de notre mission est indiqué par le Christ : « C’est à l’amour que vous aurez les uns envers les autres qu’on vous reconnaîtra mes disciples » (Jean 13 : 35). On annonce par l’amour. Quel évangile se dégage de notre sollicitude comme Église au Bénin et à Cotonou dans les vicissitudes de la vie de celui qui fut un formateur passionné de futurs prêtres, et pasteur de trois de nos diocèses ?

Cette mission à laquelle le Seigneur nous associe, nous la portons tous et chacun, dans des vases d’argile fragile : l’Église n’est pas une société de purs et de parfaits, mais de pécheurs qui se laissent purifier par la grâce. Heureux l’homme dont les fautes supposées ou réelles sont exposées à tous ou par tous ! À la résurrection générale, il n’aura à rougir de rien. Dieu connaît les siens.

Les mécanismes juridiques qui accompagnent l’exercice de la mission ecclésiale sont des instruments de la charité pastorale. Le Droit de l’Église, experte en humanité, Mère et Maîtresse, appliqué de manière mécanique, fausse la nature et la mission de l’Église. Quand son mécanisme d’exécution est entouré d’opacité, toutes les manipulations deviennent possibles de même que le mépris pour la vérité. Comment de nos jours rendre crédible la mission de l’Église par la compassion, dans le respect des dispositions canoniques appliquées selon les procédures requises ? In omnibus caritas ! La charité préserve la dignité de chacun et de tous… Notre Église doit urgemment affronter ce test de crédibilité pour l’efficience de la mission que le Christ lui a confiée.

Merci au Seigneur pour la vie et le ministère de Mgr Marcel Agboton. Miséricordes infinies pour lui et pour nous aussi… Pardonnez-nous, Mgr Marcel Agboton, si notre compassion n’a pas été à la hauteur de votre passion, si notre être Église n’a pas été à la hauteur de votre fidélité à l’Église.

Et dans nos cœurs de pèlerins de l’Éternel, vous resterez ; et à l’autel du Seigneur, nous vous offrions au Dieu des Miséricordes par l’intercession de Notre Dame des Miséricordes.

Seigneur, souviens-toi « du fils de ta servante » qui est ta Mère ; de ce fils qui fut notre Père et notre Pasteur.

Père Rodrigue Gbédjinou, Directeur de l’EITP – Cotonou // gberodrigue@yahoo.fr

LIRE AUSSI: Mgr Marcel Agboton, de valeureux prélat à l’”exil”

LIRE AUSSI: Nouvelle géopolitique en Afrique : Graves enjeux pour l’Église

Lire aussi

1 Commentaire

Alain Serge E. AGBOTON octobre 6, 2023 - 11:45 am

Sans commentaire cher père. Le juste vivra

Repondre

Laisser un commentaire

A propos de nous

Bénin Intelligent, média au service d’une Afrique unie et rayonnante. Nous mettons la lumière sur les succès, défis et opportunités du continent.

À la une

Les plus lus

Newsletter

Abonnez-vous à notre newsletter pour être notifié de nos nouveaux articles. Restons informés!