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inclusion financière - Armel Allavo, Gérant de Sif Groupe

Entretien avec Armel Allavo : « La cybercriminalité freine l’inclusion financière »

Par Sêmèvo Bonaventure AGBON
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Le Bénin fait partie du top 3 des pays de l’espace Uemoa en matière d’inclusion financière. L’atteinte des objectifs en la matière nécessite une bonne « éducation financière » estime Armel Allavo, gérant de la Société d’inclusion financière (Sif groupe) et promoteur de la célébration de la Journée mondiale de l’épargne au Bénin.

 

Propos recueillis par Sêdaminou Béni AGBAYAHOUN

 

Comment définissez-vous l’inclusion financière ?

L’inclusion financière c’est la possibilité pour les populations exclues du système bancaire classique, d’accéder à une gamme variée de services financiers adaptés à leurs besoins, mais qui sont proposés à moindre coût et dans un environnement réglementé, c’est-à-dire proposés par des institutions financières formelles.

Quand le service financier est proposé par un acteur informel, ce n’est pas de l’inclusion financière. Si au lieu d’aller souscrire à un produit d’épargne dans une banque ou dans une microfinance, vous allez faire une tontine chez le tontinier du quartier, vous n’êtes pas dans le contexte de la finance inclusive. On ne parle d’inclusion financière que lorsque les produits et services financiers sont proposés par des acteurs agréés, autorisés par l’Etat, soit une banque, une microfinance, une compagnie d’assurance, un opérateur Mobile money, une société boursière ; toute société qui est agréée par l’Etat.

Quelle est la situation du Bénin aujourd’hui en termes d’inclusion financière ?

Pour ce qui est de l’état des lieux, je ne saurais être précis. Parce qu’il y a des rapports qui sont publiés de façon périodique sur l’état de l’inclusion financière dans les différents pays de l’Uemoa [Union économique et monétaire ouest-africain], notamment le rapport de la Banque centrale des Etats de l’Afrique de l’ouest qui renseigne sur l’évolution de la finance inclusive. Mais ce que je peux dire, c’est que récemment le Bénin a été désigné deuxième pays en termes d’inclusion financière il y a deux ou trois ans [en 2021 le Bénin est passé 2ème derrière le Togo et devant la Côte d’ivoire selon le rapport de la Bceao].

Au nombre des différents critères sur lesquels on s’appuie pour apprécier le niveau d’inclusion financière, il y a l’accès, l’utilisation, la qualité du service, mais également l’accessibilité-prix. Quand on prend le volet accès par exemple, il faut compter le taux global d’utilisation des services financiers, le taux de pénétration géographique, le taux de pénétration démographique. Au niveau de l’utilisation, on voit le taux de rémunération de l’épargne par exemple.

Mais je pense qu’aujourd’hui en termes de finance inclusive, on a beaucoup d’efforts à fournir notamment au Bénin. On ne dira pas que rien n’est fait. Il y a beaucoup de choses qui se font. Beaucoup d’initiatives sont développées pour renforcer l’inclusion financière. Mais il y a encore beaucoup à faire.

Je rappelle que récemment on a adopté notre Stratégie nationale d’inclusion financière qui a prévu un certain nombre d’axes sur lesquels on doit travailler. Entre autres axes, il y l’éducation financière. Il faut voir également les prestataires de services financiers, les produits qui sont proposés aujourd’hui. Est-ce que ces produits sont vraiment adaptés aux besoins des populations ? Est-ce que ces produits sont proposés par des acteurs formels ? Quand je prends les produits d’épargne, les produits de tontines, est-ce qu’aujourd’hui, le marché est assaini au point de n’avoir que des offreurs agréés ?

On continue d’avoir des offreurs non agréés sur le marché. Or ces des gens qui à travers leurs pratiques, impactent parfois négativement les utilisateurs de services financiers. Parce que quand vous épargnez auprès d’un tontinier informel qui disparait du jour au lendemain, vous comprenez que ça porte un coup à l’écosystème de façon général. C’est pour ça que les aspects de protection des consommateurs, de réglementation, d’éducation financière et de plus en plus des aspects d’expérience clients sont très suivis quand il s’agit de finance inclusive.

Donc il y a encore beaucoup à faire. Et pour y arriver, il faut s’appuyer sur la stratégie nationale d’inclusion financière qui est un outil qu’on attendait depuis longtemps, qui finalement est arrivé et qui pourra vraiment nous guider. Parce que je dis souvent que la Stratégie d’inclusion financière, c’est la bible de l’inclusion financière.

Dans cette stratégie, vous trouvez tous les points qui sont abordés quand on parle de l’inclusion financière. Les axes sont déclinés, chaque orientation stratégique est déclinée et on voit quelles sont les différentes actions que nous devons mener pour atteindre l’inclusion financière. Sachant que la vision de la Stratégie régionale de l’inclusion financière, c’est de pouvoir atteindre 75% d’inclusion financière des populations de l’Uemoa, si nous avons une stratégie nationale d’inclusion financière, c’est déjà de voir quel est le taux que nous pensons atteindre au niveau de l’inclusion financière au Bénin.

Quels sont les défis liés à l’inclusion financière au Bénin ?

Aujourd’hui quand on parle de défis liés à la finance inclusive, on voit généralement les questions liées à l’identité. Parce qu’il y a encore des gens au sein de la population qui ne dispose pas de pièces d’identité.

L’éducation financière est aussi un sujet crucial parce que tout le monde n’a pas une éducation financière. Et avec elle, vient la question de l’éducation digitale parce que l’inclusion financière prend de plus en plus une tournure digitale, numérique. Alors qu’on ne peut pas réussir une inclusion financière numérique si les gens n’ont pas de compétences numériques.

Après il y a des défis liés à la question de cybercriminalité, de fraudes, de protection des données à caractère personnel. Aujourd’hui est-ce que les données des utilisateurs sont protégées ? Si oui, comment ? Comment rassurer les consommateurs parce que beaucoup se plaignent de l’utilisation de leurs données. C’est donc des questions cruciales en matière de finance inclusive.

Il y a également la question des infrastructures. On parle de plus en plus de services financiers numériques. Mais est-ce que les infrastructures suivent ? Si pour un simple appel en ligne, on a autant de difficultés, il se pose par exemple un problème de connectivité.

Autre chose, il faut voir la configuration de l’écosystème en place. Est-ce que l’écosystème permet d’utiliser les services financiers sans faire du ‘‘cashout’’ ? Donc les questions de réseau d’acceptation des paiements doivent être revues pour qu’on puisse réellement parler de finance inclusive.

Il y a également le défi de l’interopérabilité qui devrait permettre de faciliter le transfert d’argent entre des utilisateurs d’opérateurs téléphoniques différents. Pour l’heure, ce n’est pas possible au Bénin.

Parmi les défis de l’inclusion financière au Bénin, il y a l’éducation financière. Que peut-on comprendre par éducation financière ?

L’éducation financière, c’est l’ensemble des connaissances, des compétences, des comportements et toute la confiance nécessaire qu’on transmet à quelqu’un pour lui faciliter la prise de décision sur le plan financier.  Et quand vous avez une bonne éducation financière, c’est que vous avez une idée de ce qu’on offre en termes de produits et services financiers. Vous connaissez les avantages que chaque produit présente et vous savez prendre une décision face à une offre financière.

Il n’est plus question d’aller ouvrir un compte courant alors que vous étiez censé ouvrir un compte épargne pour cotiser votre argent. Et c’est là que vous arrivez par exemple à identifier une institution financière formelle et un fournisseur de service financier informel. C’est également là que vous arrivez à faire la différence entre les plateformes d’investissement crédibles et les plateformes frauduleuses d’investissement en ligne.

Et l’éducation financière intègre beaucoup d’aspects, notamment l’épargne, les dépenses, l’investissement, même les droits et devoirs du consommateurs.

Dans le contexte actuel de prolifération des réseaux de cybercriminels, peut-on arriver à une véritable inclusion financière ?

Oui ! C’est pourquoi je disais que le fait d’avoir adopté une stratégie nationale de l’inclusion financière, c’est un grand pas. Parce qu’après, on verra quel est le contenu de cette stratégie, quelles sont les différentes orientations stratégiques, quels sont les différents axes et quels sont les objectifs visés. Egalement quelles sont les différentes actions, les différentes activités. Tout cela nous donne tout le champ d’intervention de tous les acteurs, de toutes les parties prenantes pour réussir l’inclusion financière.

Donc pour moi, ce document va nous aider à corriger beaucoup de choses. La cybercriminalité, c’est l’une des choses qui freinent l’inclusion financière. Mais pour la combattre, il faut également faire de l’éducation financière. Il faut apprendre aux utilisateurs à faire la différence entre les messages de l’opérateur et les messages des tiers et à ne jamais suivre les instructions de n’importe qui. Si vous avez une bonne éducation financière, on vous dira qu’il ne faut jamais communiquer son code, ni ces informations financières à n’importe qui.

Cela montre une fois encore l’importance de l’éducation financière qui réveille tant soit peu les populations, attire leur attention et les mets en situation d’alerte.

 

Merci !

 

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