Home Actualité Colloque du CiAAF: Une invite aux dirigeants africains
Multilatéralisme

Colloque du CiAAF: Une invite aux dirigeants africains

Par Arnauld KASSOUIN
0 Commentaire

Un colloque international sur “les avancées et les défis du multilatéralisme africain” a rassemblé des intellectuels, universitaires, étudiants, ambassadeurs et des cadres du continent africain à Abomey-Calavi (Bénin) du 1er au 2 décembre. CiAAF en est l’initiateur. À l’épilogue du colloque, des cadres et des experts ont invité les acteurs politiques africains à s’engager davantage, pour une Afrique forte sur la scène internationale.

Le multilatéralisme est d’essence libérale. C’est « un concept, et même presque une idéologie qui véhicule un discours lénifiant condamnant l’unilatéralisme et le bilatéralisme» rapporte Thierry Bidouzo dans son rapport général sur le colloque. Le multilatéralisme postule à cet effet un jeu à somme positive. C’est-à-dire que tout le monde est susceptible de gagner.

Mais avec l’avènement de la Covid-19 en décembre 2019 et de la guerre russo-ukrainienne en février 2022, le multilatéralisme essuie de vives critiques. Quant à ses avantages pour le continent africain. À ce titre, Jean Luc Daniel, économiste, objecte qu’aujourd’hui, il faut reconnaître que « le multilatéralisme est simplement en crise ». Au vue bien sûr de certains nombres de défaillance.

À titre illustratif, il évoque la gestion de la Covid-19 par l’Oms ou encore des priorités de l’Organisation mondiale du commerce. Pascal Boniface, géopolitologue, n’est pas d’avis. Il évoque par ailleurs dans une séquence vidéo publiée sur Youtube que « si on parle de crise de multilatéralisme, ce n’est pas que le multilatéralisme comme méthode qui est en cause». L’ancien ministre de la justice malienne, Me Mamadou I. Konaté au micro de Bénin Intelligent partage le même avis que P. Boniface. « Aucune crise, quelle qu’elle soit sécuritaire, politique, sociale ne viennent remettre en cause » le multilatéralisme pense-t-il.

Le multilateralisme lorsqu’il est d’origine essentiellement africaine, qu’il ait vocation à réunir les États autour d’un bien commun, à réunir les États autour d’un objectif, à réunir les États autour d’un contexte, véritablement le multilatéralisme prend le pas sur tout argumente l’ancien ministre malien.

Dans la suite du déroulé des programmes du colloque de CiAAF, outre les communications, des panels ont aussi meublé l’événement. Pour mieux saisir les enjeux du multilatéralisme africain un panel composé d’éminentes personnalités comme le Prof John Igue, l’ancien ministre des Affaires étrangères Rogatien Biaou, Me Mamadou Ismaïla Konaté et de l’ancien ambassadeur du Bénin près la Turquie Moise Kérékou ont livré à tour de rôle des analyses poignantes.

Les avancées du multilatéralisme africain comprennent la création de plusieurs organisations régionales et continentales. D’ailleurs, pour mémoire le multilatéralisme est « un aspect particulier de la coopération internationale », (G. Devin, 2021). Il est un dispositif de négociation entre plusieurs États et une valeur politique tendant à la réalisation d’objectifs partagés, (Thierry Bidouzo, 2023).

En Afrique, la création d’institutions comme l’Ua, la Cedeao, la Communauté de développement de l’Afrique australe et d’autres organisations prouvent à suffisance l’intérêt du continent aux mécanismes multilatéraux. L’Organisation pour la mise en valeur du fleuve Sénégal (OMVS) est l’un des exemples de multilateralisme “essentiellement africain” les plus réussis indique à titre d’exemple Me Konaté. Surtout « du point de vue de la construction, de la prise en charge de son objet social et de la réalisation de l’objet social depuis 1974».

Toutefois, l’intérêt pour « la communauté universitaire africaine pour le multilatéralisme fait suite à un constat général de crise du multilatéralisme et de ses instruments en Afrique » contre attaque Aimé Protais Bounoung, politiste Camerounais dans une interview avec Bénin Intelligent.

LIRE AUSSI:

Université d’Abomey-Calavi : Mots sur les maux du multilatéralisme africain; colloque du CiAAF

Déboires du multilatéralisme Africain

Ces dernières années, les organisations précitées ont beaucoup apporté aux pays africains. Surtout en termes de coopération sur des questions politiques, économiques, sociales ou même sécuritaires. Ce qui amène l’ancien ambassadeur du Bénin près la Turquie a avancé qu’il croit toujours au multilatéralisme. Celui-ci reconnaît tout de même qu’il existe des défis à relever. Plus loin, il va affirmer que les dirigeants africains n’ont pas encore compris la réelle importance des mécanismes multilatéraux. « Comment comprendre qu’avec mon passeport africain, j’ai encore besoin de Visa pour me rendre dans certains pays africains ? » se questionne-t-il. Pour le professeur John Igue, un autre point de vue prévaut. Celui-ci ne croit pas du tout « au multilatéralisme africain ». Il évoque à la suite, les nombreux défis auxquels sont confrontées les coopérations multilatérales entre pays africains.

Les questions relatives à la langue et à la colonisation sont encore d’actualité. Pour lui, un peuple ne peut se dire être indépendant alors qu’il converse toujours avec la langue du colon. « Si on ne règle pas le problème de la culture, on n’ira nulle part » , insiste le professeur. La place des langues dans la diplomatie multilatérale continue d’être perçue à cet égard comme légitime ( Marie-Josée de Saint Robert, 2010 ). Rogatien Biaou abonde dans le même sens que le professeur Igue. Toutefois, celui-ci pense que le multilatéralisme africain a existé depuis 1963. Il prend en exemple l’Organisation de l’unité africaine. Ancêtre de l’Union Africaine. Un changement que regrette l’ancien ministre des Affaires étrangères du Bénin. Nous avons régressé a appuyé celui-ci.

En voulant imiter l’Union Européenne nous avons créé l’Union Africaine confie ce dernier. «Le multilatéralisme africain est victime des anamorphoses issues d’un système international complexe » raccourci Madi Emma dans “Les fondements épistémologiques du multilatéralisme africain, fondements en crise”.

Visiblement, l’organisation de l’Unité africaine aurait plus de chance de réussir que l’Union Africaine. Du fait que , la portée culturelle et spirituelle des deux terminologies devrait être prise en compte. Par contre pour Hervé Akinocho, l’inefficacité de l’Union Africaine sur le plan continental trouve son essence même à la création de l’Oua. « Déjà à la fondation de l’Organisation de l’Unité Africaine aujourd’hui Union africaine, il y avait deux visions qui se discutaient. Il y a la version panafricaniste minimaliste et celle panafricaniste maximaliste ».

Le directeur de Crop-Togo, analyse que l’Union Africaine est objet de critique aujourd’hui à cause du statut de l’Organisation de l’Unité africaine adopté au départ. Le débat sur la nature de l’Union Africaine se pose depuis ses origines. Surtout avec les pères fondateurs va appuyer Louis Paul Ongono, doctorant en science politique à l’université de Douala. « Il est difficile de réussir une Afrique unie » critique Moïse Kérékou.

Le multilatéralisme africain est plus confronté à la supranationalité. Ce fait s’explique par le fait que toutes les nations se concentrent sur leur souveraineté. « Les défis du multilatéralisme africain sont nombreux. L’un d’eux préfigure le fait que « la majorité des États se recroqueville sur leur souveraineté nationale. Et par conséquent ne délègue que très peu de pouvoir aux organisations régionales ou continentales » constate Hervé Akinocho. Outre cette facture, la diversité culturelle et linguistique fait défaut à un multilatéralisme africain plus prononcé. De même l’intégration économique régionale est essentielle pour une coopération multilatérale soutenue. « Les enjeux du siècle, c’est plus que jamais la croissance économique, mais avec une économie décarbonée » argue Maixent Somé, analyste à travers une interview accordée à Bénin Intelligent.

Plus loin, ce dernier estime que « l’Afrique a toutes les ressources stratégiques nécessaires à l’économie verte. Si bien qu’elle est» aujourd’hui « au centre de tous les enjeux. C’est une fenêtre d’opportunités qu’il nous faut savoir saisir». L’ordre international construit au sortir de la deuxième Guerre Mondiale et révisé après la chute du mur de Berlin est en fin de cycle, ( Maixent Somé, 2023). Mais une Afrique qui agit en tant qu’acteur et partenaire fort sur la scène mondiale telle voulue par l’agenda 2063 de l’Union Africaine est compromise. Parce que « l’absence de politique extérieure commune» fragilise tout effort de construction d’un multilatéralisme africain fort. « Le système international est un lieu d’anarchie » alerte Waldemar de Souza, politologue. Cependant, « le temps actuel est le temps de l’Afrique » pense Aimé Protais Bounoung. Ce temps est celui pendant lequel l’Afrique peut vraiment influencer la politique internationale et ses instruments principaux, analyse le politiste.

LIRE AUSSI:

Codjo Orisha au sujet des 60 ans de l’Union africaine : « Ce qui est intéressant, l’Ua est consciente de ses défauts »

Perspectives

Pour un multilatéralisme fort dans un contexte africain, « un certain nombre de défis … ont été identifiés ». « Les défis de l’éducation, de la monnaie, de l’énergie» «d’harmonisation» des politiques extérieures «pour éviter les embouteillages et embrouillages » doivent se constituer en priorité. Peser sur la scène politique internationale, nécessite l’existence de « ressources matérielles et immatérielles pour conforter sa puissance». Laquelle gagnerait à être multidimensionnelle, entre hard power, soft power, et smart power détail le spécialiste des relations internationales W. De Souza. La politique internationale renvoie au comportement d’un État, ou d’un groupe d’État sur la scène internationale qui résulte de la conduite à la fois diplomatique mais également stratégique des États ( Waldemar de Souza, 2022).

« Les prévisions de la Cnuced montrent que la Zlecaf pourrait stimuler le commerce intra-africain d’environ 33 % et réduire le déficit commercial du continent de 51 % » dans les années avenir expose Maixent Somé. Pour l’analyste, l’intégration économique est un facteur de paix et de coopération dans des domaines annexes. Il faut de ce fait, partir d’organisations sous-régionales fortes. Pour aboutir à des fédérations d’organisations sous-régionales au sein de l’Union africaine. Ce qui permettra d’avoir une pyramide très solide de sa base au sommet, ajoute ce dernier.

Seydou Kante, analyse géopolitique, propose le renforcement de « la participation » et de « la représentation des pays africains dans les institutions internationales, y compris le Conseil de sécurité des Nations unies. Avec pour garantie de favoriser une voix forte et influente dans les décisions mondiales ». «Consolider et étendre la mise en œuvre de la Zone de Libre-Échange Continentale Africaine» est aussi important » rappelle S. Ondo Ze, Géographe. Aussi, « l’intégration regionale ne peut pas se faire uniquement sur un principe de renforcement des liens economiques. Il faut également une amélioration des indicateurs sociaux des populations du continent. La désespérance sociale ne saurait demeurer le parent pauvre de l’intégration continentale » appuie le géographe.

Dans la même veine, S. Ondo Ze appelle les dirigeants africains à «une démarche d’intégration politique et stratégique avec des intérêts partagés ». Aujourd’hui, « l’espace international doit nous amener à rechercher un minimum de ce qui est convenu dans le cadre du multilatéralisme. Sans compter que les obstacles doivent être justifiés et motivés. Sans compter qu’ ils ne peuvent mettre en avant la question de la souveraineté prise au sens national et individuel du terme » affirme Me Mamadou Ismaïla Konaté.

Lire aussi

Laisser un commentaire

A propos de nous

Bénin Intelligent, média au service d’une Afrique unie et rayonnante. Nous mettons la lumière sur les succès, défis et opportunités du continent.

À la une

Les plus lus

Newsletter

Abonnez-vous à notre newsletter pour être notifié de nos nouveaux articles. Restons informés!