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”La Gazette du Golfe” : Jusqu’au contentieux commercial

Par Koladé Raymond FALADE
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La révélation du gel des avoirs du groupe de presse ”La Gazette du Golfe” a surpris et bouleversé surtout les professionnels des médias qui ne s’en tenaient qu’à la mesure conservatoire prise par la Haac. Ils opinent et émettent des idées afin de secourir ce groupe, l’un des plus importants dans l’histoire de la presse privée au Bénin.

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Jeudi 8 février. Le promoteur du groupe de presse La Gazette du Golfe annonçait le licenciement collectif du personnel de cette entreprise de presse. La décision d’Ismaël Soumanou intervient après 6 mois « de cessation forcée » de travail. « …Ne pouvant plus contre ma volonté honorer mes engagements vis-à-vis du personnel, je suis obligé de procéder à un licenciement collectif », justifie-t-il dans la correspondance adressée à ses employés.

« C’est une situation très déplorable pour les employés et surtout pour le promoteur », déplore un journaliste du groupe. Cependant, il estime qu’il y a « des zones d’ombres qu’il urge d’élucider aux populations ». En effet, Ismaël Soumanou avait indiqué dans son communiqué « avoir fait des efforts pour payer une partie importante des salaires pendant les six derniers mois ». Ce qui n’est pas vrai selon cet employé. « Aucun employé n’a réellement perçu les six mois de salaire » affirme-t-il. Contrairement « à ce qui est annoncé dans le communiqué publié et soigneusement signé du Pdg du groupe ».

Il informe qu’au cours des trois premiers mois, le promoteur n’a payé que «  la moitié du salaire ». Et au cours des trois derniers mois, il en a payé « le 1/3 du salaire ». « Ce qui est totalement en déphasage avec les recommandations et exigences de la main-d’œuvre (direction du travail) » dénonce l’employé qui s’est confié à Bénin Intelligent.

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Mieux, c’est à l’occasion du licenciement collectif opéré le 8 février « que la comptabilité s’est précipitée pour payer le tiers du salaire des trois derniers mois. « Soit le 1/3 de décembre, le 1/3 de janvier et le 1/3 des huit jours effectués dans le mois de février ».

L’autre chose, c’est que « tous les anciens qui ont fait plus de 10 ans voire 20 ans de service ont été traités de la même manière ». À l’en croire, dans le rang des travailleurs licenciés il y a des frustrés qui « attendent impatiemment à porter plainte pour rentrer pleinement dans leurs droits ».

Aussi, le promoteur a-t-il décidé de « bloquer le salaire d’un certain nombre d’agents pour des raisons farfelues ». « Ces gens aussi attendent à porter plainte », apprend cet employé.

Approchez, le PDG a décliné toute demande : «”Non non”, je ne donne aucune interview» a réagi Ismaël Soumanou.

Des non-dits

Dès l’annonce de la suspension du groupe de presse ‘’ La Gazette du Golfe’’, des associations faitières sont intervenues pour déplorer la situation. Parmi elles, la Plateforme des acteurs pour le développement des médias (Padem). Elle a déploré « la situation de fermeture systématique du groupe de presse ‘’La gazette du golfe’’ ». Alors que c’est au niveau de la télé « que les commentaires ont été faits ». Mais la mesure concerne tout le groupe. «La radio, y compris ”La Gazette du Golfe” [premier bihebdomadaire indépendant dans le pays  fondé en 1988] qui n’émet même plus depuis longtemps. C’est à croire qu’il y a une sorte de systématisation de la sanction », regrette Basile Tchibozo, président de la Padem.

Le président du comité de Facilitation carte de la presse (Cfcp) est du même avis. Michel Ahonon trouve que la décision « prise par le président de la Haac pouvait s’intéresser uniquement au média mis en cause ou à l’émission incriminée au lieu de suspendre tous les médias du groupe ». D’ailleurs, « le contexte ayant évolué, on peut voir les choses autrement » insiste le président de la Padem Basile Tchibozo.

Un gel incompris

Le gel des avoirs du groupe, révélé dans la lettre de licenciement collectif a pris l’opinion de court. Basile Tchibozo se demande « pourquoi on bloque le compte d’un groupe de presse s’il n’y a pas autre chose. Parce que ce n’est pas un contentieux commercial. Pourquoi le blocage des comptes doit intervenir ? Est-ce que le groupe de presse a d’autres contentieux avec d’autres partenaires qui a amené à cela » ? questionne-t-il, soulignant qu’il s’agit de deux choses différentes. Mais « qui concourt à une seule chose qui est la martyrisation des femmes et hommes des médias qui travaillent là ».

D’ailleurs la décision de mesure conservatoire du président de la Haac ne suffit pas pour geler les comptes d’une entreprise de presse, martèle Michel Ahonon. Celui-ci soupçonne donc qu’il y ait « d’autres ramifications non dévoilées » dans cette affaire. Pour geler les comptes d’une entreprise, explique-t-il, il y a une procédure et il faut une décision de justice. « Or, à notre connaissance, il n’existe aucune décision de justice. Ce n’est pas la première fois qu’un président de la Haac prend une décision de mesure conservatoire » souligne le président du Comité de facilitation de la carte de presse.

De même, « une décision de la Haac relève du domaine réglementaire et ne suffit pas pour ordonner à des banques de faire geler les avoirs d’un organe de presse. Et si le promoteur ne fait aucune action contre ça, cela veut dire qu’il y a des non –dits » conclut Michel Ahonon.

Prix de l’indifférence ?

Pour l’heure, seule la Cour suprême est habileté à  lever la sanction de la Haac, apprend un journaliste qui a requis l’anonymat. Ce dernier trouve par ailleurs que ce qui arrive aujourd’hui au groupe La Gazette du Golfe est justifié. « Je ne suis pas méchant. C’est dommage mais c’est ça. Parce que Golfe est toujours resté à l’écart de tous les combats que nous menions dans la profession. Golfe a été le groupe de presse qui ne participait à rien. Des médias ont été fermés dans ce pays. On a fait des marches. On a fait des actions, des sit-in », mais le groupe de presse n’y participait pas.

Cet homme des médias accuse surtout le Pdg qui refuse à ses journalistes de participer à certaines initiatives prises par les organisations faitières. « Même les formations dans la presse, il leur refusait d’y participer. Si tu t’entêtes, il te renvoie de son média. Beaucoup ont été renvoyés ainsi. Ce n’est pas la faute aux journalistes. C’est la faute au Pdg qui ne lâchait pas » jure-t-il. Malheureusement se plaint-t-il, les victimes aujourd’hui ce sont les employés notamment les journalistes ».

Recours gracieux

Face à cette situation, le président de la Padem formule des doléances aussi bien à l’endroit du président de la République que celui de la Haac. « Je demande au président de la République, je demande au président de la Haac, je demande aux conseillers de la Haac de bien vouloir avoir écouter un peu le cri de cœur non seulement des acteurs de Golfe mais de toute la presse béninoise » plaide-t-il. Quant aux organisations faitières des journalistes, il leur demande « de bien vouloir s’y mettre pour qu’on puisse avoir au moins une situation harmonieuse. Parce que fermer un groupe de presse, c’est fermé un espace de liberté ». 

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Basile Tchibozo demande également au groupe de presse ‘’La gazette du Golfe’’ « d’introduire aussi des recours gracieux par rapport à ce problème ». Il signale que « ces démarches n’ont pas été observées vis-à-vis de la Haac ». Pourtant, toutes les voies doivent être explorées pour décanter la situation. « Il faut que le Pdg du groupe puisse introduire un recours gracieux pour que cette situation s’arrête. Et utiliser aussi les autres voies de recours pour non seulement débloquer les comptes parce que ça c’est un contentieux purement commercial c’est sûr, mais pour que le groupe puisse renaître » conseille-t-il.

La situation de ‘’La gazette du Golfe’’ préoccupe également les organisations de défense des droits de l’homme. Même s’il n’y a pas encore de réaction officielle, « nous avons quelques démarches en cours », a confié à Bénin Intelligent une source proche d’Amnesty International Bénin. 

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