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Paulin Hountondji

Comment le professeur Paulin Hountondji a brillé de mille feux

Par Sêmèvo Bonaventure AGBON
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Laboratoire du Groupe de Recherche sur l’Afrique et la Diaspora, GRAD
Hommage au professeur émérite Paulin Jidénu HOUNTONDJI
  • Professeur émérite Paulin Jidénu HOUNTONDJI
  • Lenfant terrible de la philosophie africaine moderne
  • Lun des plus grands penseurs du XXème siècle
  • Membre fondateur de l’Académie Nationale des Sciences, des Arts et des Lettres du Bénin, ANSALB
  • Premier doyen élu de la Faculté des lettres et sciences humaines, alors appelée Département des Lettres et Sciences Humaines, DELSH
  • Décédé à Cotonou le 02 février 2024 à 82 ans
Par Augustin AINAMON

À l’annonce du décès du professeur émérite et académicien Paulin J Hountondji le 2 février 2024, Dr Sanya Osha, en poste à l’institute for Humanities in Africa, University of Cape Town, South Africa a réadapté un article qu’il avait publié le 8 avril 2022, pour déclarer que :

« avec le décès du célèbre philosophe ghanéen Kwasi Wiredu le 6 janvier 2022 à l’âge respectable de 90 ans, le philosophe et homme politique béninois pouvait seul revêtir le manteau du plus grand philosophe africain moderne à l’exception notable de l’immense et éclectique historien des idées, romancier, essayiste et philosophe congolo-zaïrois Valentin-Yves Mudimbe. Aujourdhui [8 février 2024] Paulin Hountondji lui-même nous a quittés, laissant un immense vide sur la scène de la pensée universaliste. »

De cette poignée de penseurs africains du cercle des ardents défenseurs de l’universalisme culturel (par opposition au particularisme et au relativisme culturel) qui comprenait aussi Henry Oruka Odera du Kenya et Peter O Bodurin du Nigeria, Paulin Hountondji était le seul survivant jusqu’à ce matin du 2 février 2024

Dans son livre La Philosophie Bantou, le Père Placide Tempels affirmait en effet découvrir une philosophie africaine et nombre d’intellectuels africains de son époque avaient célébré et salué son livre comme fondateur de la philosophie africaine. C’est à ce titre que ces penseurs nationalistes avaient intronisé Tempels comme père de la philosophie africaine, alors même qu’il avait écrit noir sur blanc dans son livre que son objectif était de mieux comprendre les Bantous afin d’accompagner le projet colonial et de mieux accomplir la prétendue mission civilisatrice de l’Europe.

Le contrepied

Prenant le contrepied de ce que des auteurs africains ont défini comme « philosophie africaine », en partant des langues, religions et des mythes africains afin de révéler des systèmes de pensée, les systèmes logiques et la métaphysique, développés par les penseurs africains et préservés collectivement par les sociétés traditionnelles, Hountondji s’est élevé contre ce type de recherche qu’il a qualifié d’ethnophilosophie, de recherche ethnologique à prétention philosophique. Cette prétention ne pouvait être justifiée selon lui, car la philosophie ne saurait être ni collective, ni exclusivement et simplement orale, encore moins inconsciente. Il s’ensuivra une polémique acerbe qui a pu apparaître à certains moments comme puérile et le fait d’agents intolérablement occidentalisés et extravertis. Hountondji ne pouvait laisser personne indifférent, traité qu’il était parfois d’europhilosophe, d’europhile et même d’eurocentrique, excluant du champ philosophique tout ce qui n’était pas adoubé par la pensée dominante occidentale

Mais ce débat prenait parfois un aspect caricatural et nombre de penseurs africains ont bâti leur carrière en s’opposant ou en s’alignant sur la position de Paulin Hountondji. Il est en effet difficile de soutenir que Paulin Hountondji, en rejetant la caricature que constitue ce qu’il a dénoncé à juste titre, n’ait eu lui-même que la vision que l’Afrique n’ait produit qu’une ethno-science ou une ethno-philosophie et qu’il ait embrassé par la même occasion la vision simplifiante et appauvrissante de la pensée cartésienne selon la qualification d’Edgar Morin.

Œuvre anticipatrice

Tout en se démarquant nettement du « l’émotion est nègre et la raison est hellène » de Léopold Sédar Senghor, on ne peut l’imaginer se ranger du côté de la logique formelle du Tiers exclu, héritée d’Aristote, encore qu’il est important de ne pas oublier la logique de l’unité des contraires, selon laquelle chaque chose, chaque être, le monde lui-même, est une lutte des contraires, le lieu d’une joute qui est une idée divine, Dieu seul voyant l’harmonie des contraires invisibles aux humains. On attribuait donc à l’ère d’Héraclite l’expression « vivre de la mort, mourir de vie », une logique qui veut qu’un tout soit à la fois composé de ses parties et différent de la somme de ses parties, ce à quoi fait écho Henri Atlan qui, tout en se défendant d’être dialecticien soutient que « La vie ets l’ensemble des fonctions capables d’utiliser la mort ».

La querelle entre europhilosophes et tenants de l’ethnophilosophie ou de l’émotion et ceux de la raison cartésienne restera donc vaine parce que puérile, même si Paulin Hountondji et son ami Marcien Towa du Cameroun n’ont jamais réussi à se défaire de cette image d’europhiles et d’eurocentriques. Mais ils n’ont pas attendu le développement des neurosciences, des neurologues et autres neurolinguistes et les travaux sur le fonctionnement du cerveau humain pour savoir que la vision simpliste de Descartes de « Je pense donc je suis », l’antinomie entre raison et émotion et cette croyance fermement ancrée depuis René Descartes, pour découvrir que la rationalité a tout à voir avec les émotions.

La philosophie n’a ni commencement ni terre d’élection…

Tout comme son jeune collègue, Souleymane Bachir Diagne du Sénégal, Paulin Hountondji est persuadé que la philosophie n’a ni commencement ni terre d’élection, surtout que l’Occident ne saurait s’en attribuer la paternité et que décidément il est urgent de penser ou repenser le monde depuis l’Afrique, le sud global devant impérieusement réinventer le monde. Nous ne comprenons donc pas cette image de pro-occidental qui s’est installée autour de l’œuvre de Paulin Hountondji, selon laquelle la seule direction et la seule forme que devra prendre toute pensée philosophique digne de ce nom sont celles indiquées par les anciens prédateurs occidentaux.

Il n’est ni possible ni admissible d’associer le nom de Paulin Hountondji à cette inflexibilité dogmatique « There is no alternative, TINA » qu’on a souvent attribuée pendant plus d’une décennie à Margaret Thatcher quand elle était premier ministre de Grande Bretagne entre 1979 et 1990. L’expression « There is no alternative » remonte en réalité à Herbert Spencer qu’on associe historiquement au darwinisme social : « There is no alternative. Either society has laws, or it has not. If it has not, there can be no order, no certainty, no system in its phenomena. If it has, then they are like the other laws of the universe sure, inflexible, ever active, and having no exception. (Herbert Spencer).

Démasquer Darwin

Selon le darwinisme social, certaines personnes deviennent puissantes dans la société parce qu’elles sont naturellement et biologiquement supérieures à d’autres. Le darwinisme social qui soutient que « vous êtes avec moi ou contre moi », que vous n’avez pas le choix parce que c’est le « tout ou rien », parce que c’est à prendre ou à laisser, parce qu’il n’y a pas d’alternative », a souvent servi de support idéologique et moral pour justifier l’impérialisme, sur le plan économique, le racisme, l’eugénisme et les inégalités sociales, bien avant l’époque dite des lumières. Dans le domaine de la politique économique et financière, cette vision sert de terreau à l’idée, aujourdhui intolérable, qu’il n’est pas de meilleur modèle que le système capitaliste mondialisé redevenu sauvage et dominé par les Etats-Unis.

La thèse de la sélection naturelle de Darwin est d’ailleurs rendue encore plus inacceptable par les arguments horriblement racistes d’un Fleeming Jenkin et ses contemporains qui étaient dans l’air du temps de l’époque. Charles Darwin qui était à deux doigts de découvrir les lois de l’hérédité attribuées à Gregor Mendel, croyait comme Jenkin qu’il était impossible à un nouveau type génétique qu’on appelle aujourdhui « mutant » d’être favorisé à long terme par la sélection naturelle car il aurait été englouti (swamping argument).

Pour Darwin comme pour Jenkin, même si le mutant a pu être favorisé au départ, il finirait par être éliminé au fil des générations parce qu’il aurait été complètement dilué. Le naturaliste anglais, auteur de L’Origine des Espèces (24 novembre 1859), soutient dans sa théorie de l’évolution que toutes les espèces vivantes sont en perpétuelle transformation et subissent au fil du temps et des générations des modifications morphologiques comme génétiques. Son argument de la survie des plus adaptés (survival of the fittest) la emmené à passer à côté de ce quon appelle aujourdhui le gène. Et il est dommage qu’il n’ait pas vécu assez longtemps pour comprendre son erreur. Jenkin et Darwin, et tous leurs contemporains estimaient, à tort, que l’hérédité était un « mélange » et que les enfants étaient comme la pâte homogène de la mère et du père : un résultat intermédiaire, comme en peinture.

Vision narcissique

Si vous mélangez de la peinture noire avec de la peinture blanche, vous obtenez du gris, et aucun mélange de gris avec du gris ne peut reconstituer le noir ou le blanc d’origine. Par conséquent, selon cet argument fallacieux, la sélection ne pouvait favoriser une nouvelle mutation au point de la rendre dominante dans une population. Elle allait toujours se diluer au fil des générations.

Si Darwin avait vécu assez longtemps ou avait été suffisamment compétent en allemand pour accéder aux travaux de Mendel, nous n’aurions pas attendu le 20ème siècle pour voir arriver le néo-darwinisme qui aurait été simplement du « darwinisme » grâce à la nature binaire du sexe. Les caractères génétiques des parents, qu’ils soient récessifs ou dominants, sont transmis aux enfants, mais ne se mélangent jamais (mention spéciale est faite des mitochondries qui sont transmises uniquement par la mère aux enfants, filles ou garçons).

On peut toucher du doigt le niveau de ridicule atteint par cette pensée « scientifique », tout comme les débats interminables pendant des siècles pour trouver la localisation de l’âme dans le corps. C’est sûrement Gilles Deleuze qui a eu raison en ne partageant pas cette vision narcissique sur l’absence totale d’alternative, et il le résume de fort belle manière en déclarant que : « Le problème a toujours la solution qu’il mérite en fonction de la manière dont on le pose ».

S’il est maintenant établi que la vision de l’Occident depuis le dernier demi-millénaire n’a pas toujours été la plus sensée qui soit, on est en droit de s’ouvrir à d’autres visions du monde. Il faut par exemple être un génie ou un fou à lier pour nous démontrer que ce qu’on appelle Dieu, mais qui pourrait porter un autre nom, est immanent ou transcendant, pour nous assurer quelle est la différence entre Dieu et un caillou, pour nous dire si l’univers est fini ou infini, s’il s’étend ou se rétracte. Et si l’Univers connait une expansion, comme on prétend l’avoir démontré, il s’étendrait dans quoi ? Et si, par définition, l’univers c’est tout ce qui existe, dire que l’univers est limité par quelque chose d’autre n’est-il pas affirmer un nonsens sémantique ?

Quête de liberté et d’indépendance nationale…

Dans le petit recueil d’articles de 70 pages, préalablement publiés dans Daho-Express (devenu plus tard Ehuzu, puis La Nation depuis la période du Renouveau Démocratique) que Paulin Hountondji a consacré à la Révolution dahoméenne du 26 octobre 1972, il a montré son attachement à une véritable quête de liberté et d’indépendance nationale, source légitime de fierté et de dignité (Paulin Hountondji, Libertés, Contribution à la Révolution Dahoméenne, Cotonou Editions Renaissance, décembre 1972).

S’il s’y insurgeait déjà contre la vision des ethnologues qui voyaient une Afrique aux systèmes de croyances immuables et peu entrée dans l’histoire ; il y déplorait notre dépendance dans tous les domaines des institutions et des systèmes de pensée européens ou d’inspiration européenne, dépendance qui nous empêche de laisser éclore notre génie créateur et sur le plan des échanges, au lieu de donner la priorité aux échanges interafricains horizontaux par rapport aux échanges verticaux, entre notre pays et l’Europe notamment.

Pour lui par exemple, il n’y a aucune raison que nous importions de France ce qui, n’étant pas encore fabriqué chez nous, se fabrique au Nigeria ou au Togo ; aucune raison, si ce n’est notre myopie politique, notre incapacité à dépasser les difficultés immédiates de trésorerie pour nous placer résolument dans une perspective d’avenir, jointes peut-être, aux intérêts privés qui pouvaient lier certains de nos dirigeants à des firmes françaises. Réseau subtil du néocolonialisme, qui fait de nous-mêmes, petit à petit, nos propres bourreaux. Réseau complexe, que ne peut dénouer ou, le cas échéant, rompre brutalement, qu’un gouvernement véritablement national, appuyé non seulement sur la force des armes, mais surtout, sur la force invincible du peuple organisé.

Il y a là l’indication d’une tâche urgente. Il déplore que notre université ne nous appartient et n’a pas été établie pour répondre à nos besoins ou résoudre les problèmes sociétaux auxquels nous sommes confrontés. Les partenaires français, qui ne nous demandaient pas tant de servilité et auraient même préféré avoir des partenaires plus dignes, plus fiers et plus préoccupés par la défense de leurs intérêts.

Déception : «nous avons fait de notre Université un sous-produit de l’Université française…»

Avec tous les cerveaux dont dispose notre pays, et avec l’expérience internationale acquise par les uns et les autres, nous aurions pu, ensemble, confronter avantageusement nos idées, pour créer, ensemble, dans cette partie de l’Afrique, un vrai carrefour, un véritable hub intellectuel, un centre de recherche et de rayonnement scientifique, où soient représentées et cultivées toutes les disciplines, et faire de ce haut lieu de bouillonnement intellectuel le foyer d’une véritable révolution culturelle et scientifique, susceptible de promouvoir, à long terme, des réalisations techniques originales, adaptées aux besoins matériels et aux motivations économiques particulières de nos pays, et qui ne sauraient se confondre simplement avec les intérêts et motivations des grandes civilisations scientifiques de l’Occident conquérant, dont nous nous sommes contentés, jusqu’ici, d’importer les sous-produits techniques.

Au lieu de cette invention courageuse, nous avons fait de notre Université un sous-produit de l’Université française et qui se contenterait de réciter les leçons de choses et d’appliquer servilement les directives données par le puissant Nord industrialisé. Il reste beaucoup à faire pour qu’elle redevienne, ou plutôt qu’elle devienne, car elle ne la jamais été, une institution dahoméenne, vouée en priorité, aux intérêts culturels et scientifiques du peuple dahoméen.

Debout jusqu’au dernier souffle

Paulin Hountondji n’a pas manqué de donner son exemple personnel quand il a refusé d’être pris en charge par l’ancienne puissance coloniale pour gagner deux à trois fois plus qu’il n’aurait eu en étant recruté par son propre pays. Il s’est consacré pendant longtemps à sa modeste librairie La renaissance qui est aussi une maison édition où les conditions de travail n’ont pas toujours été aisées. Selon lui, nous devons refuser ici dans ce sud global, d’être le fondement de légitimation d’une « nouvelle division humaine » représentée par un mur pernicieux de la connaissance (knowledge divide) et une fraction tout aussi dramatique, la fraction numérique (digital divide) et la menace dune nouvelle barbarie qu’on affuble aujourd’hui d’un terme incongru, « l’intelligence artificielle » (artificial intelligence).

Voilà l’homme qui nous a fait faux bond il y a peu et dont je me suis senti très proche depuis plusieurs décennies, même s’il ne se souvient pas, a-t-il plusieurs fois fait remarquer, de m’avoir rencontré au Lycée Victor Ballot (devenu plus tard Lycée Béhanzin). Je lui ai répondu invariablement que c’est tout à fait normal parce qu’il partait du Lycée quand j’y entrais, après avoir été oublié dans une ferme pour ne commencer mon cycle primaire sur le tard.

L’homme d’action intrépide et le penseur incisif est resté très actif dans l’organisation des activités scientifiques, colloques et soutenances de thèses, auxquelles il m’a souvent associé et ceci jusqu’à ses derniers jours

Voilà l’homme dont nous pleurons le départ inattendu, l’homme qui nous a laissé de vastes chantiers inachevés et des défis redoutables à affronter. Paulin Hountondji ne voulait pas se sentir vieux, car selon lui, un homme n’est vieux que lorsque les regrets ont pris chez lui la place des rêves. Il aimait aussi s’inspirer de ce dicton populaire : « Nous ne pouvons pas éviter que des oiseaux de malheur volent sur notre tête mais nous pouvons éviter qu’ils fassent leurs nids dans nos cheveux ».

Le meilleur hommage

Il a voulu, par ses dernières activités scientifiques, le colloque, en hommage à son camarade de promotion du lycée, Joseph Olabiyi Babalola Yaï, disparu en 2022, le symposium sur l’esclavage pour lequel il a prononcé la conférence inaugurale à l’Université dAbomey-Calavi, un autre colloque qu’il a organisé de main de maître sous l’égide de l’Académie des sciences, des arts et des lettres du Bénin, ANSALB, également à l’Université dAbomey-Calavi, et surtout la présentation de son dernier ouvrage, à l’Hôtel AZALAI à Cotonou, sous le haut patronage du Président Nicéphore Soglo, pour offrir à la jeune génération un modèle de cercle vertueux et montrer que « pour exécuter de grandes choses, il faut vivre comme si l’on ne devait jamais mourir ou si l’on devait mourir demain »

Le professeur Paulin Hountondji a brillé de mille feux en ayant ouvert d’innombrables chantiers qu’il laisse maintenant inachevés, en étant à la tâche jusqu’aux moments ultimes d’une vie bien remplie. Il avait encore beaucoup à offrir à l’Afrique et au monde mais si nous pouvons nous inspirer de cet exemple éminent et continuer son combat pour l’excellence, la dignité et la fraternité entre les humains serait le meilleur hommage posthume que nous puissions lui rendre, et cela nous apparait comme un impératif catégorique, la fin nous apparaissant aussi ici comme un commencement.

Professeur Augustin AINAMON

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