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Diomaye Faye

Régis Hounkpè, analyste géopolitique: « Bassirou Diomaye Faye doit réussir l’expérience du retour de la gauche panafricaniste »

Par Arnauld KASSOUIN
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Quel rôle pour Ousmane Sonko ? Quel avenir pour les relations bilatérales entre la France et le Sénégal ? L’analyste géopolitique Régis Hounkpè décrypte la victoire de l’opposant Bassirou Diomaye Faye, figure de l’anti-système Françafricain.

Bénin Intelligent : Avec les “estimations provisoires (Sénégal + Diaspora) présentant Bassirou Diomaye Faye (58, 14%)” gagnant du scrutin du dimanche 24 dernier, pensez-vous que le Sénégal a une fois encore confirmé son statut d’îlot de démocratie en Afrique ?

Régis Hounkpè: Je me méfie assez des expressions toutes faites sur les qualités intrinsèques en matière de démocratie des pays africains, surtout au regard des tumultes et des changements brusques qui font aisément permuter des processus de démocratisation encourageants en régimes autocrates ou pouvoirs putschistes en un laps de temps ou le temps d’un mandat. Le fameux statut d’îlot sénégalais de démocratie en Afrique a suffisamment montré, au cours du dernier round de Macky Sall, que la bascule était possible.

Il faut tout de même reconnaître aux Sénégalais la persévérance et la détermination en accordant à la coalition portée par Bassirou Diomaye Faye et Ousmane Sonko un quasi-plébiscite contre le candidat du pouvoir Amadou Ba. Cela démontre que la vérité des urnes, quand elle n’est pas détournée, peut permettre des étincelles, surtout dans le contexte d’une Afrique de l’Ouest soumise de plus en plus à tous les virages autoritaires et reniements démocratiques.

On sait que Sonko a rallié les masses avec un discours de dénonciation de la françafrique. Il appelait même “la France à enlever son genou de notre cou”. Faut-il s’attendre à une tempête dans les relations avec les deux pays sous Diomaye dont il est le mentor ?

Ousmane Sonko a totalement raison d’appeler à de nouvelles relations entre le Sénégal et la France, basées sur de meilleurs compromis politiques, économiques, militaires ou stratégiques. Son discours a souvent été taxé de néo-souverainiste et de populiste pour pouvoir répondre aux attentes toujours plus légitimes de la jeunesse sénégalaise et d’ailleurs de rompre avec une France des pouvoirs. Je pense que nous devions avoir une lecture plus distante et moins émotionnelle de ses revendications : la rupture avec la France telle que nous la connaissons encore engoncée dans son logiciel néo-colonial est inévitable. Et cette exigence doit permettre de s’ouvrir davantage à d’autres partenaires diplomatiques, toujours dans le respect et la dignité ; ce que vient de préciser le président élu Diomaye Faye.

Quel rôle peut-on pronostiquer pour Ousmane Sonko sous le mandat de Faye ? Président du parlement ? Chef de parti ? Ou vice-président ?

On aurait tendance à penser qu’il peut jouer tous les rôles mais il faut rappeler que le président élu est bien Bassirou Diomaye Faye et qu’Ousmane Sonko se fera disponible partout besoin sera, selon la formule consacrée pendant les tractations politiques post-électorales. L’essentiel est qu’il se donne suffisamment pour réussir l’expérience du retour de la gauche panafricaniste, attachée aux libertés individuelles et politiques, à la justice sociale, à la réconciliation nationale, à l’orthodoxie financière, à la lutte contre la corruption.

Le nouveau président, dans un post sur X, appelle à la consolidation des “acquis obtenus dans les processus de construction de l’intégration dans la CEDEAO, tout en corrigeant les faiblesses et en changeant certaines méthodes, stratégies et priorités politiques”. Est-ce un bon signe pour la survie de l’institution ?

Il ne sera pas de trop pour réinventer la CEDEAO qui connaît un cycle périlleux d’identité et de légitimité depuis plusieurs années. C’est une bonne nouvelle au moment où trois pays ont décidé de quitter l’organisation et que les jeunesses et peuples ouest-africains remettent en cause la pertinence du bloc communautaire.

Avec le cas sénégalais en matière de résilience démocratique, peut-on toujours craindre la disparité de la démocratie en tant que mode de gouvernance absorbé par la récurrence des coups d’État dans la sous-région ouest-africaine ?

Le cas sénégalais est une lueur d’espoir mais il appartient au peuple sénégalais. Chaque pays peut s’en inspirer, faire mieux, en négociant ses alternances de façon pacifique et prometteuse par le biais de compétitions électorales respectées par toutes les parties. Mais nous ne sommes pas à l’abri de reculs et ces trois dernières années en Afrique de l’Ouest en sont l’illustration.

Propos recueillis par Sèmèvo Bonaventure AGBON & Arnauld KASSOUIN

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