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Colloque sur la démocratie : Réflexion sur les cultures politiques

Par Arnauld KASSOUIN
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L’Institut pour la gouvernance démocratique, dirigé par le Dr Aziz Chabi Imorou, organise en collaboration avec l’Assemblée nationale du Bénin et l’Université d’Abomey-Calavi un colloque sur « Les cultures politiques en Afrique : militantisme, civisme et citoyenneté face aux défis de la consolidation démocratique ». Les réflexions se dérouleront sur 3 jours, du mardi 25 juin au Palais des congrès, puis les deux jours suivants à l’Université d’Abomey-Calavi.

Les organisateurs de ce colloque ont pour ambition, à travers leur initiative, “d’analyser les mécanismes d’énonciation et d’émergence des cultures politiques africaines en lien avec les défis de consolidation de la démocratie en Afrique”. Plus de 500 participants ont pris part à la cérémonie de lancement de ce symposium au Palais des Congrès, provenant de 12 pays différents. Parmi eux, on compte 108 chercheurs et experts issus de 31 universités d’Afrique, d’Europe et d’Amérique ; 53 députés de l’Assemblée nationale, 20 responsables mandatés par les partis politiques, une centaine de jeunes militants et militantes des partis politiques, ainsi qu’une dizaine de responsables d’organisations de la société civile. Des étudiants ont également honoré de leur présence le rendez-vous d’échange.

Face aux nombreux bouleversements politiques enregistrés dans les États africains, la démocratie traverse une période difficile. En effet, « si la résurgence des coups d’État a pris son envol du Mali, des arrêts tactiques ont été faits au Burkina Faso, en Guinée Conakry, au Niger et au Gabon » (Kassouin, A. 2023). Dans ce contexte trouble, il est crucial que « les spécialistes des sciences sociales, politiques et juridiques » mènent des réflexions approfondies. Lesquelles réflexions devraient se concentrer sur « les cultures politiques, abordées ici à travers les représentations, les symboles, les images, les logiques, les perceptions, les valeurs partagées par les citoyens envers la politique, » informe Aziz Chabi Imorou, président du comité d’organisation du colloque, dans son allocution.

Au cours des trois jours de réflexion, 69 communications et 9 panels de discussion sont prévus, organisés en ateliers de travail. L’ensemble de ces communications s’articule autour de 5 axes majeurs, portant une attention particulière sur le “civisme et les incivilités”, la “citoyenneté participative”, la “culture politique et culture démocratique”, le “parlement et la consolidation démocratique”, ainsi que le “militantisme politique et social”.

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Vie démocratique

La démocratie ne vient pas toute faite.. Comme le souligne Richard Boni Ouorou dans « Projet pour un Bénin démocratique », « la démocratie n’est pas uniforme, universelle, inaltérable partout.» Pour lui, la démocratie agit à la fois comme un modèle structurant la société et comme un produit de cette dernière. Dans cette optique, la directrice de l’Institut parlementaire du Bénin, Dr Sèdami Médégan Fagla, relève certains défis. Pour elle, « si certains progrès montrent que l’Afrique a commencé à s’engager sur la voie de la démocratisation, les développements politiques actuels et les réalités du terrain rappellent aux plus optimistes que les acquis démocratiques sont encore fragiles.» En d’autres termes, elles sont « fragiles et donc sujets à des régressions, voire à des évolutions réversibles », souligne la directrice de l’Institut parlementaire du Bénin lors de son intervention.

Pour une compréhension plus ou moins exhaustive de la thématique centrale du colloque, Hans Christiaanse, pense qu’il faut reconnaître la complexité de la démocratie en amont. En tant que représentant de l’institut néerlandais pour la démocratie multipartite ( Nimd ), ce dernier affirme qu’il est essentiel de reconnaître que « la démocratie est complexe.» Pour un avenir moins sombre, il analyse « qu’elle nécessite une capacité d’adaptation dans le temps et des stratégies appropriées pour tenir compte des évolutions contextuelles. »

Le président de l’Assemblée nationale est admiratif de l’initiative et du monde qu’elle a drainé. Et se montre confiant quant à l’avenir de la démocratie en Afrique. « Je suis convaincu que les réflexions et les débats qui auront lieu ici au Palais des congrès de Cotonou et à l’université d’Abomey-Calavi, contribueront à renforcer nos pratiques démocratiques et à inspirer de nouvelles approches pour la gouvernance en Afrique » va-t-il lancer avant de déclarer ouvert le colloque.

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Vague de démocratisation

À la suite des allocutions, le professeur titulaire de sociologie politique, Nassirou Bako-Arifari a délivré une conférence inaugurale. Sa communication a porté sur : « Les cultures politiques face aux défis de la consolidation démocratique en Afrique ». Une communication qui a duré plus d’une cinquantaine de minutes. En s’appuyant sur le professeur américain de science politique, Samuel Huntington, Nassirou Bako-Arifari a démontré ce qu’il appellera vague de démocratisation.

En vérité, cette classification de démocratisation en trois vagues apparue dès les années 1800 a été plus polarisé par Samuel P. Huntington. Dans le Journal of Democracy et dans son livre de 1991, « The Third Wave : Democratization in the late Twenthieth Century », dont l’auteur est Samuel H. , le professeur Bako n’a pas fait dans la dentelle. La première vague part de 1820 à 1920. Elle est la plus lente et n’a concerné que les régions de « l’atlantique nord, s’étendant quelque peu à l’Europe centrale et orientale. Ainsi qu’au Japon et à une petite poignée de pays d’Amérique latine. »

“Reflux démocratique”

La seconde vague de démocratisation a pris corps à la fin de la seconde guerre mondiale. Elle a connu son épilogue en 1974. Cette période consacre la “redémocratisation” d’un certain nombre de pays. En fait, cette période a permis de rétablir la démocratie dans certains pays où elle s’était effondrée dans l’entre deux-guerres. À titre illustratif, Nassirou Bako-Arifari évoque l’Allemagne qui est redevenu un pays démocratique après la seconde guerre mondiale. Aussi, il fait cas du Japon militariste qui a renoué avec la démocratie après d’insistances bouillonnements politiques.

Grâce à ce « second reflux », terminologie grâce à laquelle Samuel H. désignait la seconde vague de démocratisation, d’importants pays ont également engagé la démocratie comme système politique. Il y a entre autres : les pays de l’Afrique sub-saharienne, des Caraïbes, d’Amérique latine, d’Asie orientale de même que le Liban. Enfin, pour ce qui de la troisième vague, elle est intervenue entre 1974 et le début des années 1990. Elle a permis d’étendre la démocratie dans des contrées plus loin et plus éloignées.

Modernité et cultures politiques

L’interaction entre modernité et cultures politiques est un processus dynamique. Elle transpose parfois les tensions entre tradition et changement. Pour l’ancien chef de la Diplomatie béninoise, « les théories de la modernisation postulent que la modernité est un processus irréversible. » Mieux, il conçoit qu’il est « de nature culturelle ». À cet effet, pour lui, « il faut une transformation des sociétés ». Alors que les sociétés des pays en développement comportent d’importants lots de rigidité culturelle. Et ce à travers « des pratiques religieuses et des manifestations culturelles considérées comme antinomiques au développement et donc à la démocratie.»

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