Le village d’Assaba, dans l’arrondissement de Bobè, commune de Bantè, a été le théâtre de violents affrontements les 4, 5 et 6 mars derniers. À travers une lettre adressée au ministre de l’Intérieur et de la sécurité publique, le collectif des victimes des saccages perpétrés à Assaba livre un récit accablant des événements et appelle le gouvernement à l’aide.
Par Raymond FALADE
Le conflit, selon les sinistrés regroupés en collectif, oppose depuis un certain temps les sieurs Saliou Idjebou et Saturnin Olaou. Cette affaire a même fait l’objet de plusieurs plaintes formulées par le sieur Saliou contre Saturnin Olaou et régulièrement enregistrées au commissariat de Bantè. Le 4 mars, alors que les agents du commissariat étaient attendus pour constater la situation, un affrontement éclate dans la plantation d’anacardiers de Saliou.
« Saliou se rend alors dans son champs d’Acajou qu’il exploitait depuis plusieurs années et qui devient actuellement le domaine litigieux. C’est alors que le sieur Olaou Saturnin accompagné de deux de ses frères se rendent sur les lieux armés de gourdins et de coupe-coupe. Ils assommèrent monsieur Saliou qui ramassait les mains nues des noix d’acajou dans sa plantation», raconte le collectif dans la lettre adressée au ministre. Blessé grièvement, Saliou est transporté au centre de santé de Savalou, tandis que Saturnin décède après l’altercation.
Trois jours de chaos et de destructions
Suite à ces événements, les représailles ne se sont pas fait attendre. Dans la nuit du 4 mars, les proches de feu Saturnin passent à l’attaque. « Ce groupe armé envahit la famille Olakere. Soumise à une forte pression et ne voulant répondre à la provocation les membres de la famille abandonnèrent leurs domiciles. Les assaillants ont détruit toutes les maisons, incendiés tous les biens appartenant à la famille Olakere, plus de vingt ménages ont été complètement détruits et saccagés, les documents, les habits, les pièces d’état civil, passeport, diplômes, moyens roulant, argents en espèces ; des vivres ; des sacs de soja ; d’acajou entièrement consumés, un enclos de bêtes brûlé avec tous les animaux. Ces actes de vandalismes ont été commis pendant trois jours (4,5 et 6) mars 2025 » décrit le collectif.

Face à cette tragédie, plusieurs actions ont été entreprises. Le vendredi 7 mars, informe le collectif, un huissier de justice s’est rendu sur les lieux à la demande de la famille Olakere, pour les constats. Le 28 du même mois, « une délégation des victimes a rencontré le maire pour lui faire part de leur situation de vie très dégradante et des menaces quotidiennes dont ils font l’objet ». La délégation, précise le collectif, « a signifié au maire le désir des déplacés de rentrer au village pour leurs récoltes, la reprise des classes de leurs enfants et la préparation de la nouvelle saison pour les prochaines récoltes ». À l’issue de la rencontre, l’autorité a « promis remonter l’information aux autorités compétentes. »
Constat et menaces
La crise a également conduit à l’arrestation de plusieurs membres de la famille Olakere, qui ont été présentés au procureur de la République du Tribunal de première instance de Savalou les 11 et 12 mars. Dans le lot trois proches de la famille Olakere sont en détention à la maison d’arrêt de Savalou.

Le collectif dénonce « plus de cent quatre-vingt personnes de la famille Olakere et alliées » qui sont actuellement sans habitation et réfugiées dans les villages environnants, avec des difficultés y afférentes. Ces dernières subissent également des « menaces permanentes d’assassinat » si elles osent « se rendre au village Assaba ou dans ses champs. »
Dans leur correspondance, les sinistrés expriment leur détresse et formulent des doléances précises. Ils souhaitent « que la justice leur soit rendue et que les assaillants soient interpellés pour répondre de leurs actes. Nous victimes sommes des innocents qui ne sommes de près ou de loin mêlés ou associés de quelque manière que ce soit à cette affaire domaniale qui oppose les deux protagonistes » clament-ils.
