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50 ans de l’Uac : Évaluation sans complaisance

Le 6 novembre dernier, l’Université nationale du Benin (Unb) devenue l’Université d’Abomey-Calavi (Uac) a 50 ans d’existence. Les autorités béninoises et universitaires ont initié une série d’activités pour marquer ce parcours. Dans un entretien avec les journalistes, mercredi 16 décembre, le recteur de l’Uac, Maxime da Cruz s’est prononcé sur cette tranche de vie et surtout, les défis et perspectives au regard des nouvelles réalités.

Par Raymond FALADE

L’Université d’Abomey-Calavi dès sa création avait pour mission de former des cadres au profit de l’administration publique et privée ainsi que des sociétés d’État. « En tant que université à l’époque, l’objectif essentiel de l’administration qu’elle soit publique ou privée, est de former des cadres. Et cette vision allait en droite ligne des préoccupations du colonisateur. Quand le colonisateur a décidé de créer des écoles, c’était parce qu’il avait besoin de cadres pour faire fonctionner son administration, pour le servir », indique le recteur de l’Uac Maxime da Cruz. Le système avait fonctionné et au fur et à mesure que les étudiants finissaient leurs formations, ils sont systématiquement déployés. ‹‹En termes d’illustration, quand je prends le vice-recteur et moi-même, au moment où on a fini notre formation à l’université, l’emploi nous attendait. On n’a jamais écrit à l’administration pour demander un emploi parce que dès que vous finissez, il y a déjà l’emploi qui vous attendait. Des gens qui étaient en formation à l’étranger, on les forçait à venir. Il y en a qui ont dû interrompre leur formation à l’étranger. Quelqu’un qui a fait une maitrise et qui veut aller faire son doctorat, on lui dit « non, non le pays a besoin de toi. Certains ont dû descendre pour prendre des emplois », se rappelle-t-il. Vu ainsi, rien a reproché à l’Uac. ‹‹L’université dans le conteste où elle a été créée avait une mission. Elle a assumé cette mission dans une bonne mesure››. Mais le contexte a changé. Les produits que déverse l’université par milliers peinent à s’insérer dans la vie professionnelle. Selon les révélations de Maxime da Cruz, le problème date de 1986, année où l’État avait mis un terme à ce mode recrutement systématique dans la fonction publique. Ce qui fait qu’aujourd’hui ‹‹il y a beaucoup de gens qui ont fini leur formation et qui depuis des années sont encore en quête de l’emploi››.  Cela  « veut dire que l’obtention d’un diplôme contrairement à ce qui se passait à l’époque n’est plus une garantie pour l’emploi ».

En terme de bilan en 50 ans, Maxime da Cruz pense  qu’on peut ‹‹s’en réjouir›› même si ‹‹toute expérience humaine›› a besoin d’être évaluée. Désormais, reconnaît-il, l’université ne peut plus se limiter à former les cadres pour servir l’administration parce que les besoins du pays vont au-delà de l’administration publique. ‹‹Les besoins du pays sont plus importants, plus complexes. Ces besoins ne présentent plus les mêmes contours››. Par conséquent, il s’impose de revoir les offres de formation. Elles doivent beaucoup porter sur la professionnalisation, admet-il. ‹‹Il faut donner aux étudiantes et étudiants qui décident d’étudier ici, les compétences dans la filière qu’ils ont choisie mais il faut aussi les préparer à affronter le monde professionnel », a insisté l’autorité rectorale. Pour lui, ‹‹Au-delà même d’affronter le monde professionnel, il faut les préparer à être des créateurs d’entreprise. Donc à être des potentiels utilisateurs des ressources humaines.  Il est révolu le temps où on dit « j’attends une opportunité ». Aujourd’hui, le problème est important et il faut de grandes réformes pour adapter les formations dans les universités aux besoins de la société. Si trouver un simple stage est une préoccupation majeure, qu’en sera-t-il de l’emploi ? ‹Regardez seulement la question de stage. Même pour obtenir des stages qui ne sont pas payés malheureusement, c’est la croix et la bannière. Il y a des gens qui déposent des demandes et cela ne garantit pas l’obtention d’un stage. Un stage bénévole ! Cela veut dire que le problème, il est important›› a fait observer le recteur. C’est pourquoi le professeur Maxime da Cruz propose qu’il faut évaluer les offres de formations disponibles dans les universités aujourd’hui ‹‹pour voir si les objectifs assignés au départ sont atteints››. Pour lui, ‹‹Si l’évaluation est conduite à son terme, il ne faut pas exclure qu’une offre de formation qui ne répond plus aux besoins de développement soit supprimée. Ce travail se fait dans nos entités aujourd’hui›› a-t-il confié. ‹‹Lorsque nous avons présenté le rapport de gestion, nous avons donné des statistiques par rapport au nombre d’offre de formation qui ont besoin d’actualisation, de révision et si le besoin se fait sentir d’autres doivent être supprimées. Et vous savez, il y a des filières dans lesquelles des formations ne garantissent plus l’insertion professionnelle à ceux et celles qui choisissent d’y être formés. Donc il faut en tant qu’institution universitaire se prononcer là-dessus. L’autre aspect qu’il faut ajouter, l’université doit être davantage dans une logique d’anticipation. On peut se dire qu’il y a des offres qui existent, qu’il y a des formations qui se créent on va tout faire pour répondre à ces besoins mais la réponse à ces besoins ne peut plus se faire intra-muros, dans les quatre murs à l’université›› a souligné le recteur.

A l’Uac, ‹‹il faut continuer d’améliorer les conditions de formation des étudiants. Il faut les préparer à mieux faire face aux défis du monde professionnel. Mais il faut aussi les préparer à être des créateurs d’entreprises. Il faut les préparer à plus d’autonomie, en nous rappelant quelque chose d’essentiel que quand on vient à l’université on doit être préparé pour la vie, le prétexte c’est d’aller chercher un diplôme, mais au-delà l’université doit nous donner les moyens d’affronter les problèmes de la vie›› a fait savoir Maxime da Cruz. Car, si ‹‹ je suis formé dans tel secteur, mais j’ai eu l’opportunité qui ne correspond pas exactement à ce que j’attendais d’exercer comme métier, les ressources que l’université me permet de développer doivent me servir à m’adapter. Je dois montrer que j’ai la capacité de relever ce défi. Je dois montrer ma capacité d’adaptation et d’innovation. C’est important pour la vie de l’université. C’est la vie de l’universitaire. Parce qu’on dit souvent : les gens sortent, ils ont une formation qui n’est pas adaptée au marché de l’emploi. Je crois que ce commentaire, il faut le nuancer, parce que personne ne sort de l’université comme du prêt à porter. Personne ne sort avec tous les outils qu’il lui faut pour affronter le monde professionnel », a-t-il argumenté.

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