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A Sèhouè, commune de Toffo : Sur les sentiers de contournement du cordon sanitaire

Vendredi 10 avril 2020, le gouvernement a décidé non seulement du maintien du cordon sanitaire mais aussi de son élargissement à de nouvelles localités dont la commune de Toffo. L’objectif de cet élargissement est de « cibler toutes les zones pour empêcher que le dispositif soit dévoyé car ces zones sont prises d’assaut par certaines populations dans le but de contourner le dispositif en place ». A Sèhouè, l’objectif est loin d’être atteint, puisque des sentiers de fortune sont trouvés dans la brousse pour continuer à acheminer des clients à Massi ou Bohicon. Et c’est contre un tarif très cher.

Par Gildas SALOMON, photojournaliste

8 heures 5, notre taxi vient de garer à Sèhouè, un des arrondissements de la commune de Toffo. Le Conducteur nous avait prévenus qu’il n’ira pas plus loin. Le cordon sanitaire l’y oblige. Tout le monde descend donc, et lui se remet à chercher de nouveaux clients pour retourner à Cotonou. Quant à nous, chacun devrait s’arranger pour se retrouver de l’autre côté de la barrière, à Massi notamment, le premier arrondissement du département du Zou en quittant Cotonou.

À partie de cet instant, les choses sont allées très vite. Un jeune homme dans la vingtaine nous approche. « Vous avez combien, je vais vous aider à traverser le cordon », nous propose-t-il. Au bout d’une dizaine de minutes nous nous mettons d’accord sur la somme à payer : 1500 Fcfa chacun. Or avant la crise du coronavirus, 500F suffisaient pour le trajet. Pour ne laisser le moindre soupçon de ce qui se trame, l’homme s’est dissipé dans la nature pour nous envoyer bien plus tard un petit garçon. Celui-ci nous conduit dans une concession où se trouvaient deux autres conducteurs qui se tenaient prêts. « Eya ! Eya ! Eya -vite, vite, vite !-», nous pressaient-ils. Subitement, un autre passager nous rejoint sur le siège arrière. À peine avions-nous commencé par protester contre cette surprise que le cortège de motos démarre en trompe. Massi est à 5km de Sèhouè.

En passant en travers les concessions, nous achoppions sur de petites barrières par endroit. C’étaient de véritable poche de rançonnement érigées par les habitants pour nous prendre quelques pièces d’argent. Notre conducteur nous laissait entendre que les riverains sont une source d’information pour eux et qu’ils n’avaient pas d’autre choix que de collaborer. Parti il y a une trentaine de minutes environ, nous arrivons bientôt au milieu d’un champ à perte de vue. Une autre étape de notre parcours allait commencer.

L’infraction à tout prix

9 heures 37, une des motos du convoi en tête de fils s’enlise dans une terre pâteuse qui ne lui laisse aucune issue. Derrière le conducteur, une jeune dame portait au dos un petit enfant d’un an environ. La solidarité s’impose. Notre conducteur s’arrête de même que les autres. Nous voici les pieds au fond d’une épaisse boue qui nous est montée jusqu’à la cheville. Le paysage argileux arrosé par les dernières pluies, vous imaginez le calvaire que cela entraine ! À chaque pas, une lourde charge retenait les semelles de nos chaussures. Voyant la difficulté qu’éprouvait la jeune dame, nous primes l’initiative de l’aider à porter l’enfant. Mais le gamin a détourné son regard, quand j’ai ouvert mes bras, comme pour dire qu’il préférait sa mère à un inconnu. Hélas ! ses caprices ne pouvaient passer en ces temps de peines. Sa maman fait fi de sa mine pour respirer un moment.

Fatigué de cette marche pénible, nous interpellons notre guide sur le temps qu’il nous restait encore. Au lieu de nous répondre, l’homme se met à accuser un des siens de nous avoir fait emprunter le mauvais sentier. À l’entendre, il y a un autre chemin au travers de la forêt. Au fond, nous trouvions ses plaintes inutiles, le vin étant déjà tiré. Dans cette atmosphère de désespoir, nous apercevons au loin, un motocycliste qui peu à peu se rapprochait. Nous avons pensé a priori à un agent de la police. Mais non, c’était un conducteur de taxi moto qui rentrait après avoir déposé un client. La sueur au visage, le pantalon bien retroussé, l’homme semble bien décidé à faire autant de fois qu’il sera nécessaire cette navette. Il descend nous donner un coup de main. Les trois motos vrombissent à nouveau. Nous reprenons le chemin pour terminer ce que nous avons commencé. Notre guide eut enfin le courage de me dire la distance qui nous restait. « Dans 15 minutes, nous sommes à Massi », a-t-il fièrement estimé.

Quand la jeune dame a aperçu le bitume scintiller au loin, elle a levé ses mains en signe de soulagement. Nous venons ainsi de sortir du cordon sanitaire.

La même journée, nous avons repris l’expérience du contournement du cordon avec un autre guide. Preuve que pendant que les forces de l’ordre tiennent les barrières ‘’officielles’’, le mal pourrait déjà, par des sentiers détournés, se retrouver là où il n’est pas soupçonné.

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