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Agapit Napoléon Maforikan : « La Présidentielle est une élection d’exclusion »

La présidentielle 2021 fait couler beaucoup d’encre et de salive. Et pour cause, les nouvelles règles -notamment le parrainage- introduites dans le jeu électoral à la faveur des dernières réformes politiques. Le jeudi 4 février, la Commission électorale nationale autonome (Cena) a bouclé l’enregistrement des dossiers de candidature à ce scrutin. Agapit Napoléon Maforikan, analyste politique décrypte cette opération dans cette interview exclusive. Il opine également sur d’autres sujets d’actualité dont la présence du président Patrie Talon aux congrès des partis Udbn, Prd et Moele-Bénin, l’agression de Ganiou Soglo et l’appel au dialogue de Boni Yayi.

Propos recueillis par Raymond FALADE

 

Bénin Int. : Quelle analyse faites-vous du déroulement de l’opération d’enregistrement des dossiers de candidature par la Cena ?

Agapit Napoléon Maforikan : La clôture du dépôt des dossiers de candidature lance la deuxième phase du processus d’organisation de l’élection présidentielle dans la mesure où la première phase, c’est les phases préparatoires notamment la question des listes électorales et du calendrier électoral. Donc la deuxième phase qui est la phase de candidature se fait en deux étapes. Une étape de la Cena et une étape de la Cour constitutionnelle. L’étape de la Cena est une partie du processus. La Cena va faire ses observations sous huitaine, les candidats auront trois jours pour se mettre à jour et après la Cena va proclamer la liste des candidats retenus par elle et elle va la soumettre à la Cour constitutionnelle pour la poursuite de la phase notamment la phase de contrôle médical.

20 dossiers au total, n’est-ce pas beaucoup vu les réformes qui visent à réduire la pléthore des candidatures ?

Je suis surpris autant que d’autres par les 20 dossiers. Mais la réforme a été faite justement pour régler cela. S’il n’y avait pas de réforme, on aurait pu avoir 40, 50 dossiers. La réforme permet effectivement de réduire l’effectif. Et quand vous regardez les 20 dossiers, il y a 15 qui répondent tout au moins en apparence aux critères puisqu’il y a 5 dossiers sans colistiers. Du coup, immédiatement, ces dossiers violent normalement les articles 44 ou 45 nouveau de la Constitution. C’est dire déjà que, on n’a pas vraiment 20 dossiers. On a plutôt 15. Mais gardons les 20 dossiers parce que la loi permet à cette phase-là à tout le monde de postuler, d’y aller, de dire « oui ça me plait », de protester même contre la loi, de faire valoir sa pensée, ses idées. Donc c’est la partie actuelle. 20 dossiers oui, mais les 20 dossiers n’iront pas aux élections parce qu’il y a des critères. Le colistier, ceux qui n’en ont pas, il faudrait qu’ils en trouvent, il faudrait qu’ils aillent chercher le parrainage ; ce sont des éléments sensibles de la réduction du nombre de candidatures. Dès qu’on va enclencher ces deux étapes, vous verrez qu’on n’aura pas plus de trois listes.

Ces réformes notamment le parrainage sont considérées surtout par les partis de l’opposition comme des dispositions d’exclusion.

L’élection présidentielle est une élection d’exclusion. Déjà pour y aller, il faut avoir d’abord 40 ans au moins et il faut avoir 70 ans au plus. Sur quelle base ces âges ont été définis ? Le président des Etats-Unis qui vient d’être élu a près de 80 ans. L’ancien président sénégalais Wade a été élu à 74 ans en 2000. Il a fait 12 ans et il vit encore. Rien que pour donner ces deux exemples. Le président nigérian Muhamadou Buhari, il a été élu à plus de 70 ans. Au Bénin, au plus à 70 ans on ne peut plus être candidat. Pourquoi ?  C’est un choix d’exclusion. C’est ce qui se fait depuis 1990. Tout le monde n’était pas d’accord.

Certains pensent que, avec le parrainage c’est encore plus difficile

Est-ce que vous, vous pensez qu’à moins de 40 ans vous ne pouvez pas diriger le Bénin ? Peut-être pas vous. Mais moi je pensais que déjà à cet âge, d’autres l’ont fait et pourquoi pas moi ? Et pourquoi vous pensez qu’à 70 ans, je ne peux pas continuer à diriger le Bénin ? Donc c’est des choix. Le parrainage c’est même encore plus simple. C’est plus simple que la limitation d’âge. Le parrainage, il faut aller chercher des parrains. Ça veut dire quoi ? Ça veut qu’il faille aller convaincre les représentants du peuple. Quand j’entends certains dire : « non, comment vous voulez que les gens de l’opposition aillent prendre des parrainages chez les élus de la mouvance », ils ne comprennent pas. Ce n’est pas une affaire de l’opposition, c’est une affaire d’élu. Un élu est un élu. Il n’y a pas d’élu de l’opposition ni celui de la mouvance. Donc on a dit parrainage d’élu. On n’a pas dit des parrainages des militants. Vous allez, vous demandez les parrainages, ils doivent vous l’accorder. Si vous dérogez aux attentes de l’élu, pendant qu’il veut vous écouter, vous restez tel que vous voulez faire. Vous lui montrez le bien fondé de votre procédure, de votre ambition. Vous planchez devant lui. C’est normal. Vous voulez diriger le Bénin, soyez en mesure d’aller vous expliquer devant au moins 16 parrains. Donc ce n’est pas une exclusion, c’est sélectif.

La réforme du système partisan, défend-on, c’est pour permettre aux partis politiques d’être plus prépondérants dans l’animation de la vie politique. Mais pour cette présidentielle, aucune de ces grandes formations politiques n’ont pu présenter de candidat. Comment expliquez-vous cela ?

Je pense qu’il faut qu’on ait de la suite dans les idées. Une réforme ne porte pas ses empreintes peut-être brutalement. Br et Up ont un candidat. Ils ont désigné le candidat-président de la république. Ils n’ont pas tous expliqué pourquoi peut-être. Mais ma lecture d’analyste, c’est qu’ils ont estimé que, le chef de l’Etat étant le maitre d’œuvre des réformes, il n’a même pas encore terminé le travail. Les partis ne sont pas encore solides. Il y a encore beaucoup de problèmes d’organisation en leur sein. En le désignant comme leur candidat, ils ont montré peut-être qu’ils ont besoin de réformateur qu’est le président Talon pour continuer le travail. Cela ne veut pas dire qu’ils n’ont pas de candidat. Mais ils se sont donnés au moins le temps que les réformes soient achevées par celui qui les a entamées. Et ce n’est pas que le Br et l’Up. Il y a le Moele-Bénin, il y a l’Udbn, il y a le Prd. C’est ça qui montre le succès de la réforme du système partisan. A tout casser, je vous dis justement, c’est parce que ces partis-là se retrouvent dans les changements qu’opère le président Talon. C’est des réformes qu’ils ont accompagnées. C’est les partis qui l’ont désigné. Maintenant, l’élection présidentielle n’est pas une élection de parti. C’est pour cela que, on demande aux candidats d’aller recueillir des parrainages. C’est qui les parrains, c’est des élus. Mais ils viennent d’où ? des partis politiques. Donc quand vous regardez un peu, ceux qui valident, ceux qui parrainent c’est encore des politiques, des partis politiques. Mais pas en tant que partis en ce moment-là. Mais des élus du peuple provenant des partis politiques.

Faut-il sauter les dispositions sur le parrainage comme le souhaitent certaines personnalités surtout celles de l’opposition ?

Ce serait un dangereux recule. Nous devons aller jusqu’au bout et apprendre aux gens à être parmi les meilleurs. On ne peut pas continuer à niveler par le bas, par la paresse, par les pressions, par les compromissions. On doit apprendre à aller de l’avant par la bataille, par la qualité. On ne peut pas promouvoir la médiocrité. Il faut promouvoir la qualité, l’excellence. Ceux qui ont pu recueillir les parrainages sont les meilleurs du moment. C’est eux qui méritent de continuer.

Prd, Moele-Bénin, Udbn. Ces partis ont bénéficié soudainement de l’attention du chef de l’État ces derniers temps. Talon essaie-t-il de les contenter après qu’ils ont été profondément blessés par la réforme du système partisan ?

Ces partis soutiennent les réformes et ils l’ont dit. Le chef de l’Etat est allé juste les revigorer. Les gens ont tendance à réduire les partis soutenant les actions du gouvernement à deux. Les deux qui ont des députés, des élus communaux ; l’Up et le Br d’accord. Mais il y en a d’autres qui ont soutenu le chef de l’Etat. Sans eux, il n’y aurait pas eu de réformes. Sans le Prd il n’y aurait pas eu de réformes. Il y a Moele-Bénin qui a soutenu cela. Il est le premier à choisir le président Talon comme candidat. Puis il y a l’Udbn qui a toujours clamé son soutien au président Patrice Talon. Donc, le fait que le chef de l’Etat soit allé les visiter c’est normal. Un père qui a plusieurs enfants ne peut pas laisser les autres en disant que c’est les ainés qu’on voit au premier chapitre.

Ou bien c’est la quête du second mandat ?

Pourquoi cela te dérange ? Ce n’est pas une quête. Il a été sollicité et il a accepté. Donc il n’y a pas de quête. C’est eux qui lui ont dit « viens ! » Donc il ne quête rien. Il ne quémande rien. C’est eux qui lui ont dit, « tu seras notre candidat ». Moele-Bénin depuis juin dernier a déjà dit, notre candidat c’est Patrice Talon. L’Udbn a suivi. Il n’y a aucune quête là. Il ne cherche rien. Les gens ont déjà dit qu’ils le soutiennent. Donc à travers cette présence à leurs côtés, il faut voir juste une manière de les redynamiser, de les rassurer et de les remercier.

L’ancien président de la république Boni Yayi a appelé au dialogue avant la présidentielle. Est-ce la voie de sortie ?

Le dialogue n’est pas la seule voie de sortie. La voie de sortie, c’est qu’on finisse les élections et que chacun respecte les lois de la république. La seule voie de sortie dans un Etat de droit c’est que force reste à la loi. Si vous ne faites pas que force reste à la loi, vous allez créer des situations que vous ne pouvez plus maitriser. Donc la seule voie de sortie c’est que force reste à la loi. C’est la loi et rien que la loi.

Ganiou Soglo, ancien ministre et candidat déclaré à la présidentielle du 11 avril a été agressé le vendredi 5 février. Une agression politique ou un acte isolé ?

Tout le monde doit déplorer ce qui s’est passé. Donc je le déplore également. Ce n’est pas normal que les citoyens soient inquiétés dans leur pays. Ce n’est pas normal que des choses comme ça arrivent. Je le déplore et j’espère que monsieur Soglo s’en sortira. Après, vous n’allez pas interdire aux politiques de faire une récupération politique d’une situation comme cela surtout à la veille des élections présidentielles où monsieur Soglo est candidat. Mais ne nous leurrons pas. Dans les grandes démocraties, c’est toujours un front commun autour des questions de sécurité.  Mais dans le cas d’espèce, chacun essaie de récupérer ce qu’il doit récupérer et de vouloir faire de la politique politicienne. C’est dommage ! Que monsieur Soglo s’en sorte et qu’on retrouve les délinquants et qu’on les sanctionne.

Les acteurs politiques doivent-ils donc avoir peur ces derniers temps ?

Est-ce que la perte d’un parent empêche les autres de vivre ?  Non ! Ce n’est pas parce que quelqu’un a été agressé qu’il faut avoir peur. Et si vous avez peur, vous n’allez plus sortir ? Vous allez sortir. Donc, on déplore ce qui s’est passé. On ne souhaite pas que cela se répète mais au finish la vie continue.

Galiou Soglo représente-t-il un poids lourd, une menace sur l’échiquier politique béninois au point qu’on cherche  à porter atteinte à sa vie ?

Ceux qui savent lire l’actualité, ceux qui savent lire les textes, les choses connaissent déjà la réponse. Je n’ai pas envie de défoncer une porte ouverte.

Un mot surtout à l’endroit de ceux qui sont impliqués dans l’organisation de la présidentielle et les acteurs politiques en général.

Ceux qui sont impliqués dans l’organisation des élections font du bon travail. La Cena, le Cos-Lépi, le cadre de concertation, ils font du bon travail dans la sérénité, dans la célérité et dans la transparence totale. Il faut les saluer. Il faut demander aux candidats de savoir raison gardée surtout ceux qui ne seraient pas retenus. Ils sont 20, il n’y aura pas plus de trois listes au regard de la situation actuelle. Il se pourrait qu’il y ait plus. Mais normalement selon nos analyses, et à partir du moment où le chef de l’Etat a recueilli 118 parrainages, la Fcbe a recueilli 20 parrainages, il restera 21 parrainages qui ne peuvent valider qu’une seule liste. Il ne nous reste que, un duo possible. Donc trois duos. Vu ainsi, que les autres comprennent que, on ne peut pas tout avoir d’un moment. Les textes en vigueur sont là depuis novembre 2019. Ce n’est pas acceptable à tort qu’il faut les combattre. C’est avec les mêmes textes qu’on est allé aux élections communales. Les partis comme le Prd et l’Udbn n’ont pas pu avoir des représentants dans les communes parce qu’ils n’ont pas avoir le seuil de représentativité qui est de 10% au niveau national. Donc le nouveau texte s’applique déjà. C’est la deuxième élection que nous organisons ainsi sur la base de ces nouveaux textes. Il faut que les gens comprennent que ce n’est pas parce que, eux ils ne participent pas que ces élections ne sont pas sincères. Il faut qu’ils fassent contre mauvaise fortune bon cœur, se préparer pour 2026 et laisser le processus se dérouler dans la paix et dans la convivialité. Que ce soit un parfait moment de fête.

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