Vous êtes ici
Accueil > Actualité > Anselme Amoussou, Sg de la Csa-Bénin au sujet des présumés enseignants éthyliques : « Le chiffre me parait impressionnant »

Anselme Amoussou, Sg de la Csa-Bénin au sujet des présumés enseignants éthyliques : « Le chiffre me parait impressionnant »

Anselme Amoussou‚ as enseignants éthyliques

Plus de 400 enseignants épinglés par des missions de contrôle en novembre 2021 risquent d’être remplacés pour raison d’alcoolisme. « Un chiffre impressionnant » qui interpelle‚ selon le secrétaire général de la Confédération des syndicats autonomes du Bénin (Csa-Bénin) Anselme Amoussou. Le défenseur des droits des travailleurs est cependant contre « un remplacement systématique » de ces présumés enseignants éthyliques. Il propose « qu’il faut aider ses camarades » à guérir car soutient-il, « l’éthylisme est une maladie qui peut être guéri ».

Propos recueillis par Raymond FALADE

Bénin Intelligent : Bonjour Sg. Le ministre des Enseignements maternel et primaire Salimane Karimou a indiqué lors d’une sortie le 8 août dernier, que « des missions sont allées sur le terrain en novembre 2021 avec des rapports dans lesquels on a dénombré dans nos écoles plus de 400 ans enseignants éthyliques »‚ rapporte le quotidien Matin Libre. Quelle est votre réaction ?

Anselme Amoussou‚ Sg Csa-Bénin : Ma première réaction est que le chiffre me parait impressionnant. Plus de 400 enseignants éthyliques‚ même si c’est à l’échelle nationale, je trouve que c’est beaucoup. Logiquement, je me suis demandé quelle est la définition de l’éthylisme ? Qu’est-ce que monsieur le ministre appelle éthylique ? Ce sont des gens qui sont dans l’alcool tout le temps ? Vraiment si nous avons la même définition, le même contenu pour le mot éthylique, je trouve quand même que c’est assez préoccupant comme constat et qu’il est important de traiter le sujet de façon tout à fait sereine, sans polémique ; parce que j’ai trouvé que la manière de l’annoncer me parait un peu comme une occasion de stigmatiser les enseignants dans un contexte où tous les maux de l’enseignement, on a tendance à nous les mettre sur le dos. Je trouve que la manière dont le ministre en a parlé, la manière dont cela a été couvert par la presse est une bonne manière de stigmatiser encore une fois l’enseignant.

D’ailleurs cela n’a pas manqué. Je trouve beaucoup de blagues, beaucoup de plaisanteries, beaucoup de moqueries sur les réseaux sociaux, sur l’enseignant béninois et son éthylisme comme si tous les enseignants étaient du coup devenus éthyliques. Ils ne faisaient pas leur travail parce qu’ils venaient dormir en classe.

Des éducateurs éthyliques et plus précisément des enseignants, qui selon beaucoup devraient être des références qui s’adonnent à l’alcool même en situation de classe. Qu’est-ce que cela vous dit ?

Vous savez, des enseignants qui s’adonnent à l’alcool, c’est exactement comme des ministres, des médecins, des ingénieurs qui s’adonnent à l’alcool. C’est comme tout citoyen qui s’adonne à l’alcool. Il faut aller rechercher quelle est la cause de cette situation-là. Qu’est-ce qui peut conduire un homme à tomber donc dans l’éthylisme, dans l’alcool tout le temps au point d’en devenir un problème. Donc, ce n’est pas seulement des éducateurs. Après tout, ce sont des individus, ce sont des citoyens, ce sont des hommes qui peuvent avoir leur problème. C’est pour cela que je disais tout à l’heure qu’il faut savoir traiter le sujet. La polémique n’apportera rien de bon.

 

LIRE AUSSI : Rentrée 2022-2023 : Le gouvernement déploie 4405 aspirants

 

Ensuite, les menacent peuvent ne pas avoir d’effet si tant est que ce sont des personnes qui sont malades‚ parce que l’éthylisme peut être une maladie. Les enseignants éthyliques ont besoin d’être accompagnés sur le plan psychologique, des gens ont besoin d’être accompagnés socialement, les gens ont besoin d’être accompagnés par le système éducatif par ce que nous avons mis en place, par ce qu’on peut mettre en place pour les aider. Ils ont besoin d’aide.

Moi je trouve qu’il faut d’abord les regarder comme des victimes, comme des personnes qui ont des difficultés, qui ont des problèmes. Ce sont des situations qui doivent être traitées au cas par cas suivant chaque individu pour voir si éventuellement, ce sont effectivement des enseignants éthyliques, qu’est-ce qui les a conduits dans l’éthylisme et qu’est-ce que la médecine peut faire pour les aider et cela doit être pris en charge par l’autorité ministérielle.

Donc, il ne s’agit pas une fois encore de les stigmatiser, de les pointer du doigt mais il s’agit de les regarder, avec les yeux qu’il faut, les yeux de l’indulgence avec les yeux de la compassion, avec les yeux de celui qui est soucieux du système éducatif et sa performance. En quand on a fini de faire cela, on peut maintenant passer à des reconversions où on peut leur proposer un certain nombre de choses. Mais il faut d’abord mettre en place une thérapie progressive pour essayer donc de les aider et en même temps voir s’ils ne sont plus du tout aptes à exercer la fonction enseignante. Oui, je suis d’accord que en ce moment-là, le ministre peut demander donc qu’on les reconvertisse dans d’autres structures du ministère et ceux qui vraiment, sont totalement irrécupérables, qu’on regarde dans quelle mesure on peut empêcher qu’ils deviennent une nuisance pour les enfants qu’ils doivent éduquer, qu’ils doivent instruire.

Le ministre a indiqué que ces deniers subiront la rigueur de la loi. Que prévoit la loi dans ce sens ?

Quand le ministre dit qu’ils subiront les rigueurs de la loi, ce sont les rigueurs de la loi par rapport à leur métier. Qu’est-ce que le métier de l’enseignant prévoit ? Vous avez votre cahier de charges en tant qu’enseignant, vous avez votre cahier de charges en tant que chef d’établissement et lorsque l’éthylisme vous empêche de respecter votre cahier de charges, de faire les leçons normalement, de préparer les cours, d’être le modèle que les enfants doivent suivre, d’être l’interlocuteur des parents d’élèves lorsqu’ils viennent vous voir‚ lorsque votre situation d’éthylisme vous empêche d’être un enseignant tel que le souhaite la République, à ce moment-là, on vous applique la loi.

 

LIRE AUSSI : Enseignement supérieur : Badirou Aguemon fait Professeur titulaire

 

Mais il ne s’agit pas de vous appliquer la loi parce que vous êtes éthyliques et que pour cela, on va vous punir. C’est ce que je disais. Il faut les aider à guérir parce que l’éthylisme peut être guéri. Donc, les aider à guérir, ne pas les abandonner, parce qu’il y a des situations d’éthylisme qui peuvent être dues aux mauvaises conditions de travail, à la frustration qui s’accumule, au salaire qui n’est pas ce qu’il doit être, aux arriérées qui ne sont pas payées, aux primes auxquelles on a droit et qui ne sont pas payées, aux situations d’injustice que l’on vit en tant que enseignant, de la part de l’autorité, de la part de l’employeur.

Tout cela peut conduire un enseignant, un agent de l’État à rechercher le refuge dans l’alcool malheureusement. Donc, il faut rechercher les sources de cet éthylisme, rechercher éventuellement les coupables et les coupables peuvent être là où vous ne pensez pas.

Cela peut être le ministre, le cabinet, le gouvernement, l’employeur, peut-être l’environnement immédiat et vous savez également qu’il y a des situations d’éthylisme qui sont provoquées. On est dans un environnement que nous connaissons très bien. L’environnement sociologique. Nous savons également que les situations de la vie peuvent pousser des gens à provoquer votre état d’éthylique. Donc, tout cela doit être regardé.

D’autres vont loin et proposent que ces enseignants éthyliques soient systématiquement remplacés. Quelle est votre position par rapport à cela ?

Je suis totalement contre cela. Le renvoi ne peut pas être systématique. Et puis le renvoi dans la Fonction publique et dans le monde du travail en général sussurre un certain nombre de règles. Il y a des procédures qu’il faut suivre. Donc, respectons la procédure. Moi je dis : on peut finir par les renvoyer, on peut finir par les remercier en tant que agent de l’État, en tant que enseignant. Mais il faut suivre la procédure. On ne peut pas sur un coup de tête décider de renvoyer juste parce qu’une équipe a parcouru le terrain et a estimé que les gens sont éthyliques. Il faut déjà qu’on s’assure que les résultats de cette tournée sont des résultats tout à fait fiables.

Mais comme je le dis et je le répète, il faut aider ses camarades qui sont des victimes. Donc, il faut traiter la situation au cas par cas. Il faut interroger chaque enseignant, il faut interroger les proches et il faut mettre en place l’accompagnement psychologique qu’il faut pour permettre à des gens qui sont dans ce genre de situation de pouvoir s’en sortir sur le court terme, le moyen terme et pourquoi pas le long terme.

Donc les gens peuvent être éthyliques, on en a vus dans le pays, et devenir totalement sobres dans un an, dans deux ans, dans trois ans et devenir des gens complètement responsables dans quelques années.

Comment décourager ce phénomène en milieu scolaire car, selon certains, le phénomène n’est pas nouveau? D’autres enseignants l’ont également confirmé.

Oui on peut décourager en étant strict sur l’application du règlement de l’école, le règlement de la profession enseignante, des règles de la fonction publique. Donc, il faut appliquer les règles. Appliquer les lois et quand on applique les lois, vous savez très bien que cela discipline les uns et les autres. Il est vrai que nous avons parfois besoins d’être discipliné en tant que agent de l’État et moi je n’ai pas d’état d’âme à demander à un gouvernement, à un employeur de mettre en application les lois de la République. Si elles frappent des gens qui le méritent, il n’y a aucun souci pour ça.

Mais en même temps que l’on applique les règles, il faut que chaque acteur fasse son devoir. Je voudrais rappeler au gouvernement l’un de ses devoirs important. C’est de mettre l’agent de l’État dans les conditions de travail optimales, de mettre l’agent de l’État dans les conditions de vie descente, de veiller à ce que l’emploi soit un emploi qui épanouit celui qui s’y engage.

Merci Sg.

Laisser un commentaire

Top