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Aouga Ange Mario, membre du Parlement des jeunes du Bénin : « La jeunesse doit absolument devenir une force de proposition »

La jeunesse à elle seule, occupe plus de la moitié de la population béninoise. Il est alors impérative que dans la gestion du bien commun elle se fasse entendre tout en proposant des solutions aux problèmes de la cité‚ défend Aouga Ange Mario, membre du Parlement des jeunes. Il souhaite qu’un quorum soit instauré dans la loi fondamentale en vue d’une bonne représentativité de cette couche sociale dans les instances de prise de décision.

Propos recueillis par Arnauld KASSOUIN (Coll.)

 

Bénin Intelligent : Quel sens donnez-vous à la “gouvernance politique” ?

Aouga Ange Mario : La gouvernance politique est et doit être avant tout service. La gouvernance politique est aussi, il me semble la recherche constante du mieux être et la satisfaction de l’intérêt collectif. Parce que, la politique, est étymologiquement, « gestion de la cité ».

Au regard de la réalité qui fait montre que tous les candidats et élus aux postes politiques ont une limite d’âge rapprochant la quarantaine ; doit-on croire que la jeunesse béninoise actuelle est apolitique ?

Les limitations constitutionnelles de l’âge des candidats à certains postes de responsabilités qui s’expliquent dans les contextes dans lesquels ces textes sont pris manquent de pertinence aujourd’hui. En effet, l’histoire politique contemporaine est remplie de jeunes hommes d’État trentenaires qui ont forcé l’admiration par les actes qu’ils ont posé. Citons ici et là Thomas Sankara‚ Sébastian Kurz en Autriche, Emmanuel Macron.

Certains pensent que l’engagement des jeunes en politique est un défi. Que comprendre par engagement politique ?

L’engagement politique a trait aux attributs de la citoyenneté. Pour la bonne marche de la cité, les citoyens doivent absolument influencer les décisions politiques en participant à la prise de décision. Car la démocratie est par définition participative. En conséquence, les jeunes doivent prendre leur place dans le jeu politique en militant dans des organisations de jeunes (à l’image du Parlement des jeunes du Bénin, du Gouvernement des jeunes, de l’Association de la Mairie des jeunes ou encore des Jeunes médiateurs du Bénin‚ etc.), dans des partis politiques aussi par exemple. La jeunesse doit absolument devenir une force de proposition.

Des décennies en arrière, le militantisme, les courants d’idée de panafricanisme, et de lutte contre l’asservissement occupaient une place de choix chez la jeunesse dans toutes les sociétés africaines dont le Bénin. Qu’est-ce qui expliquerait le peu de militantisme de nos jours ?

Le militantisme, pour moi s’effrite aujourd’hui, pour plusieurs raisons. D’abord, l’absence de grandes causes communes qui rassemblent et qui transcendent les jeunes. Vous avez évoqué le panafricanisme et les luttes indépendantistes. Les causes de cette lutte d’envergure n’existent plus à mon sens dans le débat politique contemporain. Ensuite, la désillusion et la désaffection des jeunes de la chose politique. Les modèles de gouvernance et de gestion des choses publiques ne se sont guères améliorées malgré les changements de régime. En conséquence, les jeunes ont le sentiment que les politiques sont incapables ou font preuve d’un grand égoïsme. Ils refusent en retour de s’engager.

Quand il a lieu de parler de l’implication des jeunes en politique, le manque d’idéal et de modèle de réussite surviennent. La désaffection des jeunes envers la chose politique serait-elle liée à ce facteur ?

Les modèles politiques en Afrique sont peu nombreux‚ en effet. Les questions d’idéaux aussi. Mais les jeunes ne doivent pas perdre la face. Ils doivent faire face à cette maxime bien connue de Gandhi : « Sois le changement que tu veux voir dans le monde »

Pourquoi les jeunes doivent-ils s’impliquer davantage dans la gouvernance politique ?

L’engagement politique des jeunes est nécessaire. Au Bénin, la jeunesse fait environ 65% de la population totale du pays. Ce nombre est « force de proposition ». Il est indispensable donc, qu’elle prenne sa place, qu’elle propose, qu’elle s’implique et se fasse entendre dans la gestion du bien commun.

Seriez-vous partant pour une discrimination positive avec une loi définissant un nombre spécial de sièges pour les jeunes au sein des grandes instances de prise de décisions ?

Dans un article qui sera publié bientôt et qui porte sur l’utopie des systèmes politiques, je recommande cette discrimination positive. Un quota, à l’exemple de celui fait aux femmes pourra faire de la place aux jeunes. Ce sera un moyen de rompre avec la tare sociologique qui fait qu’au Bénin, l’on est ‘’trop jeune ‘’ pour intégrer certains cercles. Alors même qu’aux « âmes bien nés, la valeur n’attend point le nombre des années ».

L’une des aspirations profondes de la jeunesse est d’en finir avec le système qui les considère exclusivement comme un marché de bétail électoral, quelles propositions et procédures suggérez-vous aux jeunes pour arriver à cet idéal ?

Pour moi, la jeunesse pourrait y parvenir en : profitant de la décentralisation du savoir et se faire former sur questions politiques et au leadership (Économie, droit, Sciences sociales). Notre génération doit être celle de sachant avec des idées et une boussole. Elle doit s’organiser, adhérer à des mouvements et autres organismes de jeunes. Elle doit impérativement intégrer les écoles de partis politiques. Elle doit se faire entendre tout en proposant des solutions aux problèmes de la cité.

Comment changer le regard des jeunes vis-à-vis de la politique qu’ils considèrent majoritairement comme un terrain où règnent la méchanceté, la machination, et où la loi du plus fort est la meilleure ?

La politique est une arène avec ses règles. Quand on est porteur d’un idéal, il faut se faire former et se préparer. C’est ce que la jeunesse doit intégrer.

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