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Apiculture : À Koutago, des ennemis devenus trésor

Une vingtaine de membres s'adonnent à l'apiculture au sein de la coopérative de Koutago.

[ Apiculture ] À la coopérative apicole ‘’Alléluia’’ de Koutago dans la commune de Glazoué, une vingtaine de membres s’adonnent à l’élevage d’abeilles à côté de leur activité principale : l’agriculture. Leur mieillerie démystifie ces insectes qui ne sont plus considérés comme redoutables, mais source de revenus. Une douzaine de jeunes emmenée en aventure par la Banque mondiale à travers l’initiative ‘’Africa Can’’ les a rencontrés le mardi 12 avril.

 

Par Sêmèvo Bonaventure AGBON

 

L’initiation des membres de la coopérative apicole de Koutago à l’apiculture est pensée comme une alternative à la déforestation et les feux de brousse. Avant, la récolte du miel sauvage les amenait à abattre des arbres et à mettre le feu à la brousse. Depuis, ces pères de familles ont pris goût à l’élevage d’abeilles en découvrant ses avantages.

La coopérative a été créée dans le cadre du projet de Développement de l’accès amélioré à l’énergie moderne (Daem) financé par la Banque mondiale et clôturé en décembre 2018. Les membres ont été dotés de bottes, voiles, gants, équipements de traitement de la récolte, combinaisons…tout le matériel propice à cette culture.

Après cinq ans d’expérimentation, ils sont unanimes que l’apiculture est très rentable et aisée. « Les abeilles ne se nourrissent pas de provende. L’apiculture nécessite juste de l’eau et du suivi. C’est tout. Si tu as 10 ou 5 ruches, et tu fais un suivi rigoureux, avec une grande colonie tu peux banalement faire une récolte de deux cents mille francs », note Gaston Elomon, membre de la coopérative. « L’élevage d’abeilles c’est facile, c’est une culture de lutte contre la pauvreté, une grande solution au chômage », ajoute-t-il.

 

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Ce qui réjouit davantage ces agriculteurs, c’est de constater que la production du miel induit une hausse de la productivité. « Si on installe la rucherie dans une plantation (anacarde, palmerais) ou dans un champ de coton, la récolte augmente. C’est un avantage de la pollinisation en ce sens que les abeilles sont des insectes fidèles. Quand elles ont les fleurs surplace, si tu as un champ de coton de 6 à 10ha, si elles ne finissent pas la fécondation dans ce champ, elles ne vont pas ailleurs », appuie Martin Vigninou, un autre membre.

Depuis qu’il fait l’expérience, poursuit-il, le rendement sur sa plantation de 2ha a bondi. Il confie avoir fini avec la récolte d’une tonne à une tonne et demie : « Aujourd’hui je récolte jusqu’à 4 tonnes depuis que je dispose d’un rucher ». Ce qui lui fait dire que « Normalement chaque paysan doit avoir son rucher ».

Dans une année, les membres de la coopérative font deux récoltes. La grande se déroule au mois de mars. Moment très propice pour les apiculteurs pères de famille. La production peut atteindre jusqu’à une tonne 125 litres. Avec les revenus « nous payons facilement la scolarité à nos enfants », avoue, souriant Franck Todekin, le secrétaire général de la coopérative.

Les membres ne se sont pas improvisés apiculteurs. Ils ont préalablement suivi un renforcement de capacité. La formation en apiculture a été dispensée dans le centre de Komiguéa sis à Parakou au nord du pays à partir du 25 octobre 2013. Ils ont été aguerris à la technique de l’apiculture. « Nous avons été initiés à la fabrication de la ruche kényane qui se fait à base de ciment », rappelle Edmond Dognon, président de la coopérative apicole ‘’Alléluia’’ de Koutago.

De retour, des ruches ont été installées à chacun des membres dans son champ. Puis, s’en est suivie une campagne de capture d’abeilles. Elle se fait au moyen d’un appareil dénommé ‘’ruchette’’.

Entretien mensuel

La culture des abeilles : un monde avec ses réalités. Elle obéit à une technique et comporte des exigences. Après la capture des abeilles, il faut procéder à la « transvation », c’est-à-dire leur installation dans les ruchers immobiles préalablement fabriqués.

Contrairement à la panique que leur évocation provoque chez les populations, les abeilles n’ont rien de redoutable pour les apiculteurs. « Si les conseils en la matière sont suivis, tout se passe bien », rassure Edmond Dognon.

La principale nourriture de ces insectes : l’eau. Il faut en apprêter à côté de chaque rucher. « L’eau leur permet de produire le miel en grande quantité. Donc un rucher sans abreuvage est inutile », insiste Albert Sotondji, une figure de la coopérative. Outre l’abreuvage, les membres avec qui les jeunes ont discuté sont unanimes sur l’entretien des ruchers. Après la transvation, « chaque fin de mois il faut parcourir les ruchers et entretenir les abeilles », enseigne-t-il.

Cela permet entre autres d’éloigner les prédateurs : les rats, écureuils et les fourmis magnans capables de disperser la colonie. L’entretien concerne également la propreté. « Les abeilles n’aiment pas l’insalubrité. Si l’endroit est propre elles s’installent. Donc l’entretien des ruchers est très capital », insiste Sotondji.

Les abeilles sont elles-mêmes dressées et savent quand le propriétaire est à leurs soins. « Nous avons un enfumoir que nous remplissons de fientes de bœuf auxquelles nous ajoutons de la braise. Dès que les abeilles voient la fumée se dégager elles savent que nous sommes là pour l’entretien. C’est dès la transvation dans les « ruchettes » que nous les y habituons », détaille Gaston Elomon.

Martin Vigninou fait observer qu’en plus de contrer les prédateurs, l’entretien mensuel est très important aussi pour pallier, dès que les signes sont visibles, « une division » parmi les abeilles. Et empêcher surtout la duplication de la reine.

Les membres de la coopérative apicole ‘’Alléluia’’ de Koutago n’élèvent pas juste des abeilles. Ils ont d’elles, de leur nature et comportement, une grande maîtrise. « Il y a différents types d’abeilles. Il y en a de très agressifs, d’autres non. Il y en a qu’on peut approcher sans accoutrement. Des traits permettent de les distinguer », relève Albert Sotondji.

L’apiculture ne consiste pas simplement à remplir des ruches d’abeilles et s’attendre à avoir du miel. « On nous a appris que dans un rucher il faut le mâle, l’ouvrière et la femelle, c’est-à-dire la reine. Il ne doit avoir qu’une seule reine dans un rucher, autrement une seule par colonie. Si elles atteignent deux, ce n’est pas bien », décrypte Franck Todekin, secrétaire général de la coopérative.

La population d’abeilles dans une ruche a une taille. Chaque catégorie d’abeilles qui la compose assure une fonction bien précise. Cela, les apiculteurs en sont conscients. Les mâles par exemple doivent être un certain nombre :

« S’ils sont trop nombreux, il y a risque de famine car ils consomment beaucoup. Leur rôle c’est d’aérer la ruche. Ils ne sortent pas. Ce sont les ouvrières qui s’en vont pour ramener de la nourriture. La reine, elle, ne sort jamais. Sans connaître préalablement son portrait physique, c’est difficile de l’identifier. Les mâles aussi sont reconnaissables à leur portrait physique : leurs ails ne couvrent pas le thorax. Ils ne piquent pas. Les ouvrières sont des gendarmes, elles surveillent tout, ne procréent pas. Elles fabriquent les rayons et forment le miel. Si les mâles deviennent plus nombreux que les ouvrières, ce n’est pas bien. Parfois on trouve des mâles morts. Ce n’est pas une mauvaise chose. C’est la conséquence de l’excès et la mort de certains normalise leur taille. Sinon la nourriture ne leur suffira pas », explique –t-il.

Perspective

Si l’apiculture marche et suscite engouement, la question de la commercialisation reste néanmoins préoccupante. Les membres de la coopérative apicole ‘’Alléluia’’ de Koutago sont déçus de vendre leurs productions à vils prix. « Nous vendons à vils prix », déplore le président Edmond Dognon. Leurs clients pour le moment, ce sont surtout des passants à qui ils cèdent le miel à 1300F/kg. « Eux ils vont le revendre cher à leur tour. Nous n’avons pas un label, ni une stratégie pour placer nos produits dans des supermarchés », fait-il remarquer.

 

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Coffi Able reconnaît ce casse-tête. Le responsable au sein du Projet d’amélioration des services énergétiques (Pase) observe justement qu’« Il ne sert à rien de produire et de vendre à vils prix ». Le Pase envisage de créer une grande mieillerie centrale. « Toutes les productions aux niveaux communales seront acheminées au niveau de la mieillerie centrale », a-t-il dévoilé.

L’idée est d’aller à la mise en réseau des mieilleries afin de créer un label. « Si les coopératives se mettent ensemble et développent un label, les miels peuvent provenir de plusieurs coopératives, mais il y aura des indicateurs qui montrent que c’est du bon miel à commercialiser sous un nom de marque ».

Un partenariat est également en vue avec le Centre intégré d’apiculture tropicale (Ciat) pour labéliser le miel et gagner en visibilité.

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