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Après les manifestations post-électorales : Patrice Talon tend la main à l’opposition (“réforme risquée, délicate mais nécessaire”)

Le président Talon a enfin rompu le silence hier mardi 20 mai. Pour rassurer le peuple, notamment ceux qui se sont offusqués de son silence sur les faits brûlants de l’actualité. Des élections législatives du dimanche 28 avril jugée « exclusives », aux violences meurtrières qui s’en sont suivies dont les causes remontent à la réforme du système partisan, le chef d’orchestre de la Rupture a livré un message assez court dans un ton apaisant, conciliateur digne d’un père de la Nation.

Par Sêmèvo Bonaventure AGBON

Le président Talon a relevé d’entrée le visage ambivalent de la réforme du système partisan. Elle est certes « une réforme majeure, difficile, à la fois souhaitée » mais « redoutée », reconnaît-il. Entre la nécessité de l’opérer au nom du développement, et la crainte de remettre en cause des « acquis des acteurs d’un multipartisme débridé » vieux d’environ 30 ans qui aura montré ses tares, Patrice Talon n’a pas hésité à entraîner la classe politique dans le meilleur choix. C’est vrai, estime-t-il, « peut-être n’étions-nous pas suffisamment préparés pour franchir cette étape ». Cependant, c’est le prix à payer pour « notre progrès économique et social durable, car, si nous ne risquons rien, nous n’aurons rien de mieux. » Il a alors appelé tous les citoyens à consentir à ce sacrifice, qu’il qualifie de « crise de croissance de notre processus démocratique », qui accouchera « un nouvel idéal».
Abordant les violences post-électorales, le président Talon se sera montré vraiment intelligent. En effet, évitant de remuer le couteau dans la plaie, il n’a pas chargé ses adversaires en les rendant péremptoirement responsables des dégâts. Il s’est contenté de dire « certains d’entre nous », pour dire peut-être que parmi ses propres soutiens, il y en a dont le comportement a pu contribuer à cette poussée de violence déplorée. Il semble donc signifier que le moment n’est pas à chercher qui a raison ou qui a tort. Il a insisté sur la culture de la paix qui doit caractériser tout citoyen. Celui qui, à la veille des législatives disaient sur un ton ferme et rigide « Il ne faut pas brûler le pays… Je ne le permettrai pas d’ailleurs », s’est fait, cette fois-ci plus doux et conseiller. Le citoyen ne doit pas aller à une violence inédite « pour une controverse parmi tant d’autres, pour quelques frustrations inhérentes à la vie en communauté et aux mutations profondes ». Faisant allusion aux violences à Cadjèhoun et ailleurs avec l’incendie des biens de particuliers et les pertes en vies humaines, « Ma tristesse est immense », avouera-t-il. Avant de présenter sa « profonde compassion aux familles éplorées ». Insistant que « cela ne doit plus jamais se reproduire ».

Pas de démocratie en péril

Comme pour rassurer ceux qui crient déjà à la démolition de l’état de droit et de la démocratie au Bénin, Patrice Talon a lancé un message fort à la 8ème législature. Il a clairement affiché sa volonté de ne pas avoir des députés godillots, béni-oui-oui. Conscient des critiques qui lui pèsent dessus, Talon qu’on condamne d’avoir envoyé son parti bicéphale au Parlement, met ces députés devant leurs responsabilités. Il demande en effet, à cette législature de « démentir les suspicions légitimes qui ont pu naître à son égard et apaiser les craintes qu’il suscite. » Par exemple en rassurant « l’Opposition politique en procédant à la relecture responsable de la Charte des partis et du Code électoral, pour les actualiser en tenant compte des réalités de l’évolution de notre pays. » Sans oublier de réviser la loi portant statuts de l’Opposition afin de lui créer de meilleures conditions d’existence.

Ode au patriotisme !

Comme on pouvait s’y attendre, l’affaire de l’enlèvement de touristes dans le parc de la Penjari le 1er mai n’a pas été occultée. Patrice Talon a agréablement noté que nous sommes « restés unis face au drame ». C’est cet élan de solidarité, d’amour de la patrie en cas d’épreuve malgré nos différences qu’il souhaite durable, car gage de développement. « Notre indignation collective est profonde. Elle n’est ni de l’Opposition, ni de la Mouvance. Elle n’a pas de religion et n’est d’aucune région. Elle est simplement celle du Bénin tout entier », a-t-il salué. Et d’annoncer le renforcement à « très court terme », du « dispositif de sécurité aussi bien en effectif qu’en moyens logistiques ultra modernes » dans ledit parc. Afin que le tourisme en ascension dans ce parc animalier unique en Afrique de l’ouest ne chute plus du faite de l’insécurité.

Primauté à l’unité !

Quelle que soit sa détermination, le président Talon sait que seul, sans l’adhésion et l’accompagnement de ses compatriotes, il ne pourra pas transformer le Bénin en une nation moderne, prospère. D’où l’urgence de retrouver le consensus, l’union quelque peu fragilisée par une période électorale tendue. C’est pourquoi le chantre de la Rupture a conclu son adresse à la nation sur une promesse : « j’inviterai très prochainement toute la classe politique pour des échanges directs, francs et constructifs au profit de notre bien commun, le Bénin. » C’est donner de la valeur à ceux qui n’ont pas su se mettre à jour pour prendre part aux élections mais qui demeurent Béninois et donc incontournables dans le processus de développement de leur pays. Il ne reste donc qu’à souhaiter que cette sincérité du président Talon soit accueillie à juste titre par les différentes sensibilités et qu’au moment opportun, sa main tendue soit acceptée.
En résumé, c’est une adresse cohérente et courte que le président a laissé à ses compatriotes. Il y démontre son intelligence politique, son réalisme, son patriotisme et réaffirme sa détermination de révéler ensemble avec les citoyens le Bénin.

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