Vous êtes ici
Accueil > Actualité > ‘’Auto-stop’’ : les frasques d’une méthode de voyage économique

‘’Auto-stop’’ : les frasques d’une méthode de voyage économique

Des usagers de la route balançant la main à la recherche d’une occasion de transport gratuit. Communément appelée ‘’auto-stop’’, cette pratique très récurrente sur nos voies est devenue un phénomène social. Il n’est pas que le moyen de nécessiteux pour se rendre d’un point à un autre. Au-delà, il sert de tremplin à d’autres frasques. Enquête.

Par Laurent KOKOU

Jonas do Régo est chef d’une entreprise de Btp. Pour un suivi régulier de ses chantiers, l’homme voyage beaucoup tantôt en voiture, tantôt à moto. Il soutient être la personne indiquée pour nous parler du phénomène ‘’Auto-stop’’, tant il en est « un champion. »  Même s’il nous dira plus tard la catégorie de personnes qui bénéficie de ses faveurs, Jonas présente l’auto-stop comme « un phénomène de tous les jours ». « Dans mes voyages d’affaires, il n’y a pas de jours où je n’ai vu quelqu’un faire la main pour que je le déplace d’un endroit à un autre ».

Florence est aussi une habituée de la chose. « Je le pratique régulièrement quand je veux quitter Ouidah pour Cotonou et vice versa. J’arrête les gens au bord de la voie par un balancement insistant de la main. Avec un petit sourire, je dis au conducteur là où je vais et le prie de me ‘’pousser’’ un peu ». Suzanne, commerçante, renchérit que parfois est obligée de se contenter de plusieurs escales : « Parfois, tu trouves quelqu’un qui ne va pas directement là où tu vas. Alors il te dépose là où il peut. Alors tu descends et tu cherches encore une autre occasion. Ainsi, petit à petit, tu viens à destination, à zéro franc ».

Au-delà de cette gratuité, il y a un prix moral à payer, celui de la patience. Aussi, faut-il surfer sur dame chance pour décrocher une occasion, insiste Félicien Lalèyè, vendeur d’objets d’art : « C’est une affaire de patience. Tu vas parfois faire la main à plusieurs personnes qui, même si elles vont là où tu vas, te dépassent avec condescendance. Ainsi de suite jusqu’à ce que quelqu’un ne s’arrête. Si tu n’es pas patient, ne te hasarde pas à faire auto-stop. », conclut-il.

Auto-stop pour quels motifs ?

« Je le fais quand je manque d’argent ou quand le peu que j’ai ne peut me suffire pour toutes les courses de la journée », justifie Suzanne. Parmi les catégories de personne qui recourent au phénomène, on retrouve de véritables nécessiteux dont les apprenants. Alain est élève en 4ème au Ceg Pahou. Du lundi au vendredi, il doit parcourir près d’une vingtaine de kilomètres entre Ahozon et Pahou pour se rendre au cours. « C’est très difficile pour moi. Je suis obligé de chercher des occasions parce que je n’ai pas souvent d’argent pour prendre un taxi moto. Mais bien souvent sans succès. Ce n’est que de rares fois que certaines bonnes volontés acceptent me porter cette assistance ».

Par ailleurs, la recherche de confort motive certaines personnes surtout les dames, à préférer ce service occasionnel demandé à des inconnus. « En taxi, on est coincé, serré. Ce que je n’aime pas. Je dois être à l’aise et comme je ne suis pas une vilaine femme, je trouve toujours quelqu’un pour me prendre. Parfois, ce sont les hommes mêmes qui viennent garer et si le véhicule n’est pas confortable je leur demande de continuer. (Rires) » a affirmé Florence. Si presque toujours les hommes s’adonnent à cette pratique par manque de moyens, Jonas do Régo évoque une autre raison plus subtile et pour le moins étonnante chez les femmes. « Moi, dit-il, j’ai “dépanné” des femmes qui m’ont pratiquement fait la cour. Elles engagent la conversation, se présentent comme célibataires, vous posent des questions sur votre situation matrimoniale. Si vous faites le jeu, elles sont prêtes. Au fait c’est des femmes libres à la recherche d’hommes. » Certaines femmes par contre, pensent que l’‘’auto-stop’’ n’est pas une affaire de femmes au foyer ou engagées. « En tant que femme au foyer, je conçois mal le fait de faire l’auto-stop. Imaginez que des personnes proches de ma petite famille ou mon mari même me voient sur la moto ou dans la voiture d’un inconnu. En Afrique et particulièrement au Bénin, on va te coller tous les noms. », redoute Fifamè, commerçante.

Les femmes, des privilégiées !!!

Il est certaines personnes à qui la chance ne sourit presque jamais lorsqu’elles guettent un bon samaritain au bord des voies. « Moi je trouve très rarement ce genre d’occasion. Tu vas faire la main fatigué, personne ne te regarde. Je ne sais pas si c’est parce-que je suis un homme », s’est plaint Marius. Cette réaction est quasiment constante chez tous les hommes interrogés. Les gens sont plus enclins à aider les femmes que leurs homologues hommes, estiment-ils. Jonas do Régo confirme cette impression et n’a pas caché sa préférence : « J’avoue qu’avec moi, les hommes n’ont pas chance. Si c’est les femmes, d’accord. Je fonctionne selon le principe “honneur aux femmes” ». Alain, l’élève interrogé plus haut, ne cache pas aussi sa colère face à ce qu’il vit chaque jour : « En chemin, nous sommes souvent plusieurs élèves à pratiquer l’auto-stop. Mais malheureusement, les filles trouvent rapidement des occasions. Les gens préfèrent prendre les femmes », a-t-il constaté. Les témoignages qui corroborent cette réalité ne manquent pas. « Sans vous mentir, il y a bien longtemps que j’ai payé le taxi pour me rendre à Cotonou. Je trouve toujours une opportunité. Quel homme peut résister à une femme comme moi ? Rire ». Les hommes de leur côté, ne manquent pas d’argument pour justifier leur penchant pour les femmes. À la question de savoir ce qui justifie cet état de choses, Jonas s’est voulu clair : « Quelle compensation vais-je trouver en remorquant un homme ? Rien. Si c’est une femme, tu peux tout au moins, à défaut de prendre son numéro, caler un rendez-vous. Qui sait, ça peut être le début d’une relation ».

C’est dire que le phénomène d’auto stop n’est pas que l’arme des nécessiteux pour se rendre d’un point à un autre. Au-delà, il sert de tremplin ou prétexte pour d’autres frasques.

Laisser un commentaire

Top