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Autonomie énergétique des ménages et entreprises : La solution ‘’solaire’’ en quête de volonté politique

Un Bénin qui s’autosuffit sur le plan énergétique. Y arriver préoccupe tous les gouvernants. Dans ce sens, la promotion de l’énergie solaire auprès des ménages permettra d’économiser l’énergie électrique au profit des Petites et moyennes entreprises jusque-là perturbées dans leur fonctionnement par des baisses récurrentes.

Par Sêmèvo Bonaventure AGBON

Le Bénin, face au chômage et l’emploi des jeunes, est de plus en plus ancré dans la promotion des entreprises ou Petites et moyennes entreprises (Pme). Ainsi, des réformes sont-elles faites pour l’amélioration du climat des affaires et des investissements massifs consentis dans le secteur de l’énergie. Ce qui est nécessaire d’autant que le fonctionnement de nombreuses entreprises pourvoyeuses de richesses et d’emplois reste tributaire de la disponibilité d’une énergie électrique fiable.

« Nous avons beaucoup de Pme dont les activités dépendent en grande partie de l’énergie électrique. Il y a les Pme du secteur de la transformation, celles du secteur agricole qui ont besoin de l’eau pour l’irrigation. Si vous avez foré un puits ou si vous êtes au bord d’un cours d’eau, vous avez besoin d’énergie pour tirer l’eau. Les Pme du secteur industriel et semi-industriel (les petites et moyennes industries) en ont besoin. Regardez toutes les Pme qui sont dans la fabrication des produits de pâtisseries, elles constituent le grand groupe du secteur de la transformation. Le séchage des produits agricoles aujourd’hui se fait grâce à l’énergie. Autrement dit, la plupart des Pme, même celles relevant du secteur des services ont besoin de l’énergie pour leur fonctionnement. Pour éclairer ou pour faire fonctionner le matériel informatique… l’énergie fait partie des besoins essentiels des entreprises », décrit Maxime Toklo, chef du Département de l’assistance et de la mise à niveau des entreprises à l’Agence nationale des petites et moyennes entreprises (Anpme).

Malheureusement, déplore-t-il, le fonctionnement des entreprises est souvent perturbé par des baisses ou indisponibilité d’énergie électrique. « Si vous prenez les entreprises de la transformation, lorsqu’il y a de longue coupure d’électricité, très souvent les produits sont avariés et donc à jeter puisque impropres à la consommation. Ce qui représente des pertes économiques énormes ».

Le témoignage de Moïse Ahossi, soudeur à Togoudo, dans la commune d’Abomey-Calavi confirme que les Pme peuvent tourner au ralenti du fait d’une inefficacité énergétique. Quatre à s’associer pour monter l’atelier, leurs appareils, illustre-t-il, pour être efficace, ont besoin de 20 ampères. Une puissance dont il confie manquer souvent. « Il y a des baisses intempestives d’énergie électrique. Ce qui fait que nous avons souvent du travail mais nous sommes contraints de rester inactifs ».

Des comportements énergivores

Comme lui, des tenanciers d’ateliers de vitrerie, de soudure, de poissonnerie…sont souvent confrontés à l’instabilité de la tension électrique.

Or, dans les ménages, l’énergie électrique est utilisée de façon abusive. Au point que le ministère de l’Energie, à l’occasion du 1er Salon national de l’électricité en 2019, a dû éditer et distribuer une brochure qui recense et déconseille, aux moyens de bandes dessinées, de nombreux comportements et gestes énergivores observés au quotidien chez les Béninois. Il n’est pas rare, en effet de voir en pleine journée des lampes allumées, des brasseurs vrombissant dans le vide. Ou un chargeur branché mais non connecté à un téléphone, une télévision allumée alors que personne n’est câblé. Il y a aussi le casse-tête des consommations en mode veille, source de gâchis d’électricité. Les citoyens utilisent la télécommande pour couper leurs téléviseurs, magnétoscopes et lecteurs Dvd. Ignorants que « de nombreux appareils coupés de cette manière continuent à fonctionner sur une alimentation de secours qui maintient la fonction des horloges et des dispositifs de commande à distance. Un téléviseur normal de taille moyenne consomme 100 watts d’électricité quand il est allumé et environ 5 watts en mode veille. Le laisser en veille toute une journée vous en coûtera autant qu’une heure allumé », sensibilise-t-on dans ‘’Le cahier du visiteur’’ (1ère édition, d’avril 2019), un magazine dont le ministre Dona Jean-Claude Houssou est le Directeur de publication.

Développer le solaire pour les ménages et libérer l’énergie électrique pour les entreprises

 

La solution ‘’solaire’’

Au regard de leurs poids des ménages dans la consommation énergétique, l’énergie solaire leur est parfaitement adaptée. En ce sens que, vu que « les énergies renouvelables dont le solaire ne peuvent faire tourner les grandes entreprises », le docteur Flavien Edia Dovonou préconise qu’elles soient utilisées « pour éclairer les maisons et les infrastructures socio-communautaires (alimenter lampadaires et feux tricolores) ». Mais d’aucuns pensent que le solaire n’est pas assez puissant comme l’énergie que fournit la Sbee pour supporter à la fois lampes, télévision, ventilateur, frigo et même climatiseur. Une idée que casse Bonfoh Wali, ingénieur électricien et concepteur d’équipements solaires. C’est bien possible, rassure-t-il, précisant que tout dépend des besoins du client en face. « Pour alimenter une maison en énergie solaire il n’y a pas une installation fixe. Les installations varient en fonction des moyens des clients. Il faut aller sur le terrain pour voir la faisabilité, après nous passons aux équipements ». Cela exige de l’électricien, une bonne maîtrise du marché des équipements électriques. « Il doit avoir connaissance des lampes économiques et faire les calculs en fonction pour satisfaire le client. Il doit calculer la puissance journalière, voir combien de panneaux et de batterie et quel type de convertisseur il faut pour la maison ; il doit prévoir également l’autonomie (en cas de faible ensoleillement). Nous prenons en compte tous ces paramètres pour sortir le devis au client », détaille-t-il. « Si on veut alimenter toute une maison en 12V, il y a des installations adéquates comme les lampes 12V, télévision 12V et les ventilateurs 12V qui s’allument directement sur la batterie. Pour les kits solaires (système autonome de production d’énergie individuelle avec des récepteurs associés comme panneaux solaires, lampes et chargeurs) pas de problème, vous avez déjà l’idée de ce que vous voulez et vous choisissez le kit approprié », illustre-t-il. Pour dire que le citoyen s’offre l’installation solaire de son goût, ce qui le rend d’office indépendant. « Le coût varie suivant le type d’installation ». Mais dans tous les cas, il est minimisé. De plus « l’énergie solaire est très économique, l’investissement peut sembler énorme au début mais à la longue, vous en bénéficiez. Vous n’avez plus à attendre une facture à la fin du mois. Plus de baisse électrique si vous avez une installation adéquate. On n’a même pas besoin de l’énergie électrique pour les installations solaires ; pourtant on peut faire des installations de 12V qui vont jusqu’aux climatiseurs, moulinettes, lampes, télévision… », indique Bonfo Wali. Et de témoigner que « La plupart des clients à qui j’ai fait des installations en équipement solaire veulent quitter la Sbee. Ils veulent s’autonomiser. Si le mouvement est accompagné, cela permettra à la Sbee d’économiser son énergie et la distribuer aux grandes entreprises à qui l’énergie ne suffit pas, mais qui ne peuvent pas utiliser l’énergie solaire, car les gros moteurs consomment beaucoup ».

Nécessité d’une volonté politique

Inciter donc les populations à préférer progressivement l’énergie solaire permettra non seulement de les autonomiser mais aussi de libérer leur part actuel dans le réseau électrique de la Sbee au profit des entreprises. Et ce n’est pas le potentiel solaire qui fait défaut au Bénin. Selon l’Agence nationale pour le développement des énergies renouvelables (Anader), « l’ensoleillement moyen au Bénin varie entre 3,9kWh/m2.j au sud à 6,1 kWh/ m2.j au nord ». Il s’agit là alors d’un potentiel important d’énergie solaire et qui appelle à la volonté de l’État.

Une bonne politique de développement du solaire à usage domestique, le spécialiste du management environnemental ne voit pas encore. Car « C’est le consommateur lui-même qui paie cher pour avoir les équipements solaires (batteries, panneaux) », note-t-il. « L’État peut accompagner, subventionner ces kits comme cela se passe au Sénégal, de sorte qu’à un prix raisonnable le client puisse s’approvisionner. Notre pays doit faire un effort d’investissement dans le solaire », insiste le professeur Dovonou. Sans occulter, toutefois, la dynamique en cours dans le pays en vue de l’atteinte de l’Odd 7 « Garantir l’accès de tous à des services énergétiques fiables, durables et modernes, à un coût abordable ». Cette dynamique se concentre sur le désenclavement des populations rurales par des projets d’électrification par système solaire photovoltaïque comme à Djègbadji, (commune de Ouidah), Djigbé Wo (Zè) et Koutè (commune de Ségbanna). Néanmoins, l’approche d’autonomisation des ménages en énergie solaire photovoltaïque, surtout dans les grandes villes comme Cotonou, qui concentrent la majorité écrasante des activités économiques, « est aussi à explorer si on veut que les entreprises contribuent efficacement au développement. Il faut mettre le solaire à contribution », insiste Maxime Toklo.

Introduire massivement le solaire dans les ménages, c’est aussi réduire les accidents électriques et la pollution de l’environnement.

 

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