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Aziz Adjapkè, acteur de la diaspora : « Dans les pays africains, plus on est jeune, plus on a peur de se lancer en politique»

Au regard du chômage grandissant et de la pauvreté, la jeunesse doit croire en elle-même pour espérer sortir la tête haute. Toutefois, en politique, elle doit apprendre à se détacher de la politique de l’argent. Dans cet entretien, Aziz Adjapkè, membre de la diaspora béninoise résident en France et président du Mouvement des Jeunes pour l’Égalité des Chances (Mojec), estime que le réveil des jeunes à notre époque est non négociable. Ils doivent changer de mentalité, insiste-il.

Propos recueillis par Arnauld KASSOUIN (Coll.)

 

Bénin Intelligent : La plupart des acteurs politiques béninois ont au moins un âge rapprochant la quarantaine. Est-ce à dire que ceux qui sont en dessous de cet âge sont apolitiques ?

Aziz Adjapkè : Je commencerai tout de suite par vous répondre “non”. Permettez-moi de partir de la clarification conceptuelle de la notion de gouvernance politique telle que je la vois. Pour moi, elle désigne, le fait de mettre en œuvre des idées productives en vue d’améliorer le quotidien des Hommes dans la société. Alors à partir de cette clarification idéale, je ne crois en aucun cas, et même pas du tout que la jeunesse béninoise soit apolitique. J’en veux pour preuve les actions de ces dernières sur les réseaux sociaux. Il n’est pas un secret aujourd’hui pour tous qu’ils font partie de ceux-là qui sur les plateformes digitales sont les plus actifs en matière de critique et de commentaire vis-à-vis des actions du gouvernement. Plus loin, le même constat est fait dans la plupart des débats ayant rapport avec la politique qui se mène en République du Bénin tant sur les médias que dans les rues. Toutefois, il est quand même vrai qu’à côté, nous ne devons pas omettre la réalité selon laquelle, dans les pays africains, plus on est jeune, plus on a peur de se lancer en politique.

Plus on est jeune, plus on a peur de se lancer en politique. Qu’est-ce qui pourrait expliquer selon vous cette réticence?

C’est à cause du prisme de la gérontocratie qui est en proie dans nos institutions et administrations. Et ce n’est pas tout. Il y a également la question du népotisme. Ceux qui gouvernent, n’aiment pas se détacher de la sphère politique en raison des prérogatives et des privilèges qui y sont associés. Au Bénin, par exemple, dans assez de secteurs, on retrouve des individus issus d’une même famille souvent de différentes générations à la tête de nos structures. Et malheureusement, c’est pareil dans plusieurs pays de l’Afrique. Alors, certains jeunes préfèrent grandir un peu en âge avant de pouvoir mieux s’affirmer sur la scène politique au risque de voir leur rêve brisé.

Certains pensent que l’engagement des jeunes en politique est un défi. Pensez-vous qu’ils disent vrai ?

Je partage cet avis. Je dirais même plus, l’engagement des jeunes en politique est plus qu’un défi aujourd’hui. Et nous devons nous impliquer à ce que ce défi soit relevé de la plus belle des manières. Tout simplement parce que tout jeune doit savoir qu’il est faiseur de rois. Quand on prend la population béninoise aujourd’hui estimée à plus de 11 millions d’habitants, plus de 50% de cette population appartient à la couche juvénile. Si cette population se mettait ensemble pour conjuguer les efforts individuels de chacun, elle atteindra à coup-sûr l’idéal recherché. Tout dépend alors de la fibre patriotique qui vibre en chacun de nous. Aussi, l’engagement des jeunes en politique, je le considère comme étant plus qu’un défi dans la mesure où il y a assez d’incohérences à corriger dans l’arène politique, comme le fait que les jeunes ne voient que l’argent qu’ils peuvent gagner après les meetings et manifestations des partis politiques.

Comment interprétez-vous le fait que les courants d’idées de panafricanisme et de patriotisme soient en voie de disparition ?

Notre jeunesse doit se réveiller. Nous avons investi notre temps à défendre certaines choses qui n’ont pu apporter de réels changements pour l’amélioration de nos vies. Je pense qu’on doit beaucoup miser sur le fait qu’ensemble nous pouvons œuvrer pour l’essor et le développement de nos pays sur tous les plans. Puisque si la solidarité n’existe pas, je ne pense pas que nous puissions hisser loin et plus haut notre pays. Aussi, il y a lieu d’ajouter qu’à partir d’aujourd’hui, il serait mieux que nous passions à l’action, à la pratique et au pragmatisme. Les discours ont trop longtemps occupé à longueur de journée nos vies. Il serait enfin grand temps, de pouvoir dire que nous Africains-Noirs, possédons des compétences qui peuvent servir nos communautés.

Quand il y a lieu de parler d’implication des jeunes en politique, le manque d’idéal et de modèle de réussite surviennent. Partagez-vous cet avis ?

L’idéal, c’est la confiance en soi. On doit pouvoir se frayer son propre chemin. On ne peut pas tout faire pour la jeunesse. Les jeunes doivent être identifiables à une marque, à un corps de métier si possible. Pour rappel, il n’y a pas de modèle de réussite ailleurs que nous-mêmes. Puisque nous pouvons aussi, devenir des modèles pour d’autres. Ce n’est pas que vous ne devez avoir personne comme modèle. Parce que comme le dit un célèbre écrivain « C’est au bout de l’ancienne corde qu’on tisse la nouvelle ». De même, les jeunes doivent apprendre à se faire confiance, à croire en eux-mêmes. Sans cela, on aura beau prononcer des discours de grande pertinence, mais rien de concret ne suivra. Je vous confie que moi j’admire le ministre des Sports béninois Oswald Homeky pour son dynamisme. Quel que soit son bord politique, il faut le reconnaitre, il doit être encouragé et accompagné pour le travail et le dynamisme dont il fait preuve.

Seriez-vous d’accord pour une discrimination positive, avec une loi définissant un nombre spécial de siège pour les jeunes au sein des grandes instances de prise de décisions ?

Honnêtement, oui. Je suis pour cette alternative. Mais à côté de çà, il serait bien de pouvoir inciter la jeunesse béninoise à plus d’abnégation. Et lui dire qu’elle a toutes les chances d’être acteur de son propre développement. Je pense qu’avec la discrimination positive, on pourra bien changer certaines réalités qui nuisent au développement de notre pays. Si cette mesure peut permettre à ce que nous puissions transcender certaines règles qui nous profitent moins.

Pourquoi les jeunes s’intéressent à la politique de l’argent ?

Pour dire vrai, c’est la gourmandise. À notre ère, on veut avoir tout gratuitement. Sans effort. Et tant que les jeunes ne changeront pas de mentalité, ils seront toujours considérés comme un bétail électoral. Lorsqu’un candidat vient vous voir, il serait mieux de présenter à ce dernier votre Curriculum vitæ, au lieu de lui demander de l’argent. Pourquoi ? Tout simplement parce qu’avec cette politique, le chômage ne sera plus criard. Grâce à cette méthode, nous ne serons plus à l’étape où tout le monde considère la politique comme un terrain où on va pour se faire de l’argent. Mais le mieux serait d’arrêter avec cette mentalité, et ceci doit plus passer par la sensibilisation de ces mêmes jeunes.

Qu’est-ce que le Mojec dont vous êtes la première autorité, et pourquoi sa création ?

Le Mouvement des jeunes pour l’égalité des chances (Mojec) est un cercle de réseautage. Sa création est intervenue suite à un constat. Au Bénin quand tu n’as pas un oncle, une tante ou un proche qui puisse t’aider à te construire, quel que soit ton diplôme, tu auras du mal à être orienté et te trouver du travail dans une institution. D’où il est temps de conjuguer nos forces pour changer la donne et pouvoir nous offrir les mêmes chances qu’un enfant de riche. Pour tout résumer, le Mojec a pour vocation de promouvoir le mérite au détriment du favoritisme au sein de nos sociétés.

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