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Baba Kponinfo‚ dignitaire de la déité Ahwanmlagni : «Le Vodùn ne bénit que dans ce qu’on exerce»

À Sèhouè dans la commune de Toffo‚ “Ahwanmlagni” une variante de la déité Sakpata a été honorée des festivités annuelles dites “Teɖuɖu” ou rituel de l’igname; une cérémonie qui consiste à donner à “manger” d’abord la nouvelle igname aux Vodun avant leur consommation par les adeptes et les profanes.

Comme d’une pierre deux coups‚ cette solennité a aussi servi à la dédicace d’un habitat réhabilité. Aux commandes de ces événements rehaussés par une forte ferveur populaire‚ un jeune dignitaire qui a succédé à son père alors qu’on le portait encore au dos. Mais‚ avant d’en arriver à cette étape de maturité et d’une foi solide‚ l’homme‚ Baba Kponinfo Ahwanmlagninon -Acèkogbalè Missihoundé à l’état civil- a traversé des épreuves au point d’abdiquer un moment. Que c’était-il passé ? Comment s’est opéré le retour au trône ? Il raconte.

Propos recueillis par Yélian Barnabé KINTOHOU (Coll.)

 

Bénin Intelligent : Pourquoi une si grande cérémonie en l’honneur de votre divinité Ahwanmlagni ?

Baba Kponinfo Ahwanmlagninon : J’ai été consacré grand prêtre d’Ahwanmlagni tout petit. Mon père a succédé à mon arrière-grand-père. À mon tour le temple centenaire de la déité était déjà assez délabré. Mais je n’avais pas la force financière qu’il fallait pour le réhabiliter. Alors j’ai prié le Vodun de m’ouvrir des portes afin de pouvoir lui renouveler son habitat. La promesse faite‚ j’ai continué à le servir‚ à m’acquitter des rituels et “Téɖùɖù” dans le vieux temple. Effectivement les portes ont commencé par s’ouvrir pour moi. Alors, je n’ai pas oublié ma promesse, car le Vodun qui protège ses adeptes, et les comble de bienfaits mérite un temple somptueux.

À quel âge vous avez été ordonné Hounnon ?

J’étais encore très petit. J’avais huit ans. Il y a donc 21 ans.

Arrive-t-il que la charge vous effraie ?

Jamais rien ne m’a écœuré dans ce service religieux. La mission‚ la charge dont on a été investi par Dieu et les ancêtres s’exerce avec engouement en dépit des difficultés inhérentes à notre vie.
D’ailleurs n’est pas Hounnon qui veut mais qui a été désigné par l’entremise du Fâ. Le Vodùn ne choisit n’importe qui. On consulte d’abord pour s’assurer que le successeur en est digne et a les prédispositions spirituelles. Même si tout le monde échoue et que toi tu es retenu, Fâ te donne le courage, les rituels te renforcent et les ancêtres te dotent du génie pour accomplir la mission avec succès.

Donc vous ne comptez que sur le Vodun ?

Je ne compte que sur Ahwanmlagni. Je n’ai que lui. Il est mon Boo et mon remède.

Vous aviez dévié de chemin avant de reprendre votre trône. Que c’était-il passé ?

Je vous disais que j’ai été ordonné tout petit. Peu de temps après j’avais perdu mon géniteur. Il n’y avait plus alors quelqu’un pour prendre soins de moi. Or le mouton ne suit que celui qui porte des feuilles à brouter sur la tête. Vu la précarité que je traversais, des proches se sont mis à m’inculquer que Vodun est une mauvaise voie. J’ai alors abandonné pour devenir chrétien pendant neuf (09) ans. Mais je n’ai pas eu satisfaction. Vie sentimentale, économique… à moi rien n’a prospéré. Toutes les explorations spirituelles révélaient que tant que je ne retournerais pas au trône que j’ai déserté‚ je n’aurai pas la paix. Alors j’ai dû revenir au point de départ. Et depuis, il y a nette amélioration. Hier‚ si on me méprisait, aujourd’hui j’ai retrouvé ma valeur. La population me connaît et me témoigne grande considération. De cette épisode‚ j’ai retenu la leçon de vie que c’est quand on se perd qu’on se retrouve mieux.

Que dites-vous alors des médisances sur le Vodun ?

Les auteurs sont en perdition ou ne savent pas ce qu’ils disent. Pour servir convenablement un vodun il faut consulter Fâ‚ connaître son destin et savoir précisément à quelle déité faut-il appartenir. Celui qui occupe un trône de Sakpata alors que cela ne lui sied pas connaîtra d’énormes difficultés jusqu’à abandonner. Il pensera que c’est le Vodùn qui est d’essence mauvaise alors que c’est lui-même qui ne se connait pas, qui n’est pas là où il lui faut être. Comment celui qui est consacré à Xèviosso au lieu de Sakpata peut-il vivre heureux ? Les désertions ou calomnies viennent aussi de cette maladive ignorance. En outre, il y a aussi l’aliénation culturelle, l’endoctrinement par les religions importées. On ne peut attendre de ceux qui sont gravement atteints par l’assimilation qu’ils médisent, rejettent et insultent leurs propres origines pendant qu’ils sont pleins d’admiration même pour les contre-valeurs des autres. Vous les reconnaissez facilement à travers le rejet des prénoms africains au profit de ceux des bourreaux blancs, le refus de souscrire aux cotisations familiales destinées aux réalisations communautaires.

Depuis votre retour après l’intermède chrétien, de quels bienfaits de ce vodùn pouvez-vous témoigner précisément ?

Il ne me revient pas de témoigner. C’est plutôt à la population d’attester de comment j’étais et de ce que je suis devenu aujourd’hui. Quand j’ai fui pour rejoindre l’église, j’étais très indigent, ma femme n’a pas conçu, j’ai échoué à apprendre un métier, je ne faisais que n’importe quoi. Mais depuis que je suis revenu à mon trône après des rituels, j’ai acquis‚ d’abord‚ la fortune intarissable qu’est le Fâ. Le vodun ne bénit que dans ce qu’on exerce. Il n’élève pas un paresseux. Le vodun ne peut bénir un adepte qui n’exerce aucun métier. Le vodun m’a investi du génie du Fâ. Les ressources pour réhabiliter ce temple que je retourne au Vodun lors de ces manifestations, proviennent de la consultation du Fâ. Je n’ai pas d’autres activités.

Quelles sont les grâces que les fidèles tirent-ils du rituel de “Téɖùɖù” ?

Ce rituel nous procure de nombreux bienfaits tout en constituant un interdit. Vous constaterez que dès que les récoltes de ce tubercule commencent, la commercialisation s’ensuit sous diverses formes‚ cuite ou frite. Les épluchures se retrouvent un peu partout au sol. Si ton époux Vodùn n’avait pas encore « consommé » et que toi l’adepte‚ tu les piétines ça porte malheur. C’est ce qui explique les maladies qui se répandent notamment en cette période. Donc en honorant ce rituel, le Vodun nous protège de la mort, des maladies, il nous préserve du mal. C’est un rituel qui se fait annuellement.

Votre mot de la fin.

L’on constate de plus en plus que les gens hésitent à investir dans le vodun or ce n’est pas qu’ils en manquent, surtout les Hounnon. Il y a beaucoup de temples insalubres, délabrés qui parsèment le pays. J’exhorte mes pairs à changer les choses. Le Vodùn est lumière et charme.

Merci.

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