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Baba Lanninfô : 60 ans de dévotion au Vodoun Sakpata

A la découverte d’une grande figure du Culte Sakpata : Gbégan Lanninfô (Sèhouè). Cette année il fêtera 60 ans d’intronisation. Retour sur l’histoire d’un trône de son père qu’il a cherché en vain à fuir.

Né en 1945, il avait 14 ans lorsque son père Adoninmin le choisit pour successeur sur le trône du Vodoun Sakpata. Nous sommes en février 1959. Seul garçon de la fratrie et apprenti maçon à l’époque, il accueilli cette annonce comme ‘’un mauvais traitement’’. Il n’approuva donc pas devenir le treizième Chef suprême de ce Culte. Il prit alors la poudre d’escampette. Direction : Zè Gbèto, dans le département de l’Atlantique. Cette réaction, au fond, était davantage motivée par la peur que par l’argument de son jeune âge. « J’avais peur qu’on me tue », avoua-il. Dans sa fuite, un jour, il rencontra, une nuit, un inconnu qui lui prodigua un conseil étrange : « Retourne prendre le trône de ton père, sinon tu mourras », l’avait-il prévenu. Il n’a plus alors durci son cœur ; il obéi et fut donc investi le jeudi 12 février 1959 sous le nom ‘’Lanninfô’’ : c’est-à-dire ‘’défense à n’importe quel animal de poursuivre le lion au risque de perdre sa vie’’, en langue locale Fon. Après les rituels, le jeune, toujours pointilleux quant à son avenir, ne dissimula pas son désir d’aller achever son apprentissage en maçonnerie. Autorisé, il fera alors jusqu’en 1963 la navette entre Sèhouè, son village et Cotonou. Le 7 août de la même année, il obtint son diplôme, soit cinq ans après (1958-1963).
60 ans de règne ! Aujourd’hui il regrette un peu -il en sourit même- de s’être très tôt fait des idées horribles sur l’héritage que son père lui léguait, le Culte Sakpata. Il ne regrette pas d’avoir enfin accepté le fauteuil. Pour lui, le Vodoun Sakpata au service duquel il était appelé est un dieu incontournable et généreux. Du Fongbé ‘’Sè wa ta’’, Sakpata, a-t-il clarifié, est une injonction signifiant ‘’que tout ce qui respire vienne se prosterner à la terre, front contre le sol’’.

Plus de peur que de mal

L’après intronisation ne fut pas si dur qu’il avait imaginé. « Je n’ai pas connu d’impasses depuis lors », a-t-il témoigné. « Très riche, ma mère m’avait soutenu ; elle mettait de l’argent à ma disposition pour les cérémonies que le Vodoun demandait ». Tout ce dont il dispose aujourd’hui (progénitures instruites, femmes, biens) fait sa fierté, et pour cela, il vénère son ‘’Vodoun’’, vrai auteur de tout ce qu’il a : « Ma plus grande gloire c’est le bonheur de ma famille. J’étais tout petit quand on m’a pris. Je n’espérais plus atteindre ce niveau ».
De nos jours, le mépris ambiant pour la chose endogène, c’est ce qui chagrine Baba Lanninfô. Mais, croit-il fermement, aussi longtemps que les Béninois ne pourront se défaire de leurs patronymes, le Vodoun ne disparaîtra pas. « Le Vodoun ne disparaîtra jamais jusqu’à la fin du monde. Aucun de nous n’est exempt de traces Vodoun. Certes certains l’abandonneront pour l’Eglise, mais inversement de nouveaux adeptes Vodoun seront enregistrés », jura-t-il.
Un conseil aux citoyens du monde quel que soit leur foi : « Que chacun adore son Dieu avec probité et soumission. Une religion, ce sont des lois, des interdits… Si un fidèle se complait à les transgresser secrètement et qu’un malheur, en guise de rétribution divine s’abat sur lui, c’est là que nous commençons par crier à la sorcellerie ou aux envoûtements. » Le 12 février prochain, quand il fera donc 60 ans jour pour de son intronisation, le village Sèhouè, dans l’Atlantique, vibrera aux festivités de commémoration de cet anniversaire. Lanninfô s’y prépare. Activement !

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