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Baccalauréat de l’Enseignement général : Plus de candidats au chômage qu’à l’emploi

Quelles débouchées pour les jeunes diplômés ? Au Bénin, non seulement d’être source d’insomnie et d’inquiétude, la question représente un enjeu politique. Malgré les efforts des gouvernements successifs, le chômage demeure, en effet, un serpent de mer. Pourtant, la ruée vers les séries littéraires dont les diplômes contraignent la plupart de leurs titulaires au chômage, continue.

Par Sêmèvo Bonaventure AGBON

Lundi 20 juillet 2020. Trois jours de compositions écrites s’ouvrent sur toute l’étendue du territoire national pour les candidats au Bac, premier diplôme universitaire. Laissons l’angle non moins important du Covid-19 et décryptons les statistiques des inscriptions par série. Sur 95 404 candidats au total, les séries littéraires comptent la majorité absolue des candidats, 49396 soit 51,77%. Le dispatching donne A1 (2403), A2 (30496) et B (16497). A l’opposé, les séries à caractère scientifique et technologique font 3696 candidats, soit 3,87 des candidats au Bac session unique de juillet 2020. Par série, on a en C 3386 candidats, E : 33, F1 : 174 et F2 : 103. Ce déséquilibre profond n’est guère inédit. L’année dernière aussi, sur 100024 candidats, il avait été enregistré au titre des formations de nature scientifique/technique, 3334 en série C, 22 en série E, 164 en série F1 et 57 en série F2. Pendant ce temps, le nombre des candidats est bien impressionnant dans les séries A2 : 34541, et B : 16737.

Ces données font dire que le Bénin forme plus sa jeunesse au bavardage que dans des filières techniques porteuses d’avenir. Telle est, en tout cas, la position de l’ancien directeur de l’Ecole normale supérieure de Natitingou, le professeur Ogoubi Dainou. « Au vu de ces chiffres, je me permets de penser et d’affirmer que nous sommes loin, sinon très loin d’offrir à notre jeunesse et, par ricochet, à notre pays la moindre chance de s’en sortir. Nous sommes réellement sur une voie de garage ». Une affirmation datant de 2019 mais bien encore d’actualité. « Qu’est-ce qui nous arrive ? », s’alarme de son côté Thierry Dovonou, secrétaire général du Syndicat national des professeurs permanents et contractuels (SyNaPPeC-Bénin). Pour lui, la A2 est une série d’’’animation de rue’’ la B celle de ‘’bavardage creux’’. En ce sens que « Ces séries conduisent au chômage avec un taux de réussite de 99,99%. »

La leçon du Psie

L’actualité récente du Programme spécial pour l’insertion dans l’emploi (Psie) illustre bien l’inanité de plus en plus desdites séries. Annoncé par le président Patrice Talon lors de son discours à la nation le 31 juillet 2019, il consiste « à recruter chaque année, à la charge de l’État, 2000 jeunes diplômés à placer dans des entreprises privées ou publiques, sur une période de deux ans, avec l’espoir qu’ils sauront se rendre utiles et efficaces pour se faire recruter à l’issue de la période d’insertion, ou alors qu’ils sauront voler de leurs propres ailes dans l’auto emploi ». De nombreuses personnes croient y voir une discrimination à son lancement, lundi 15 juin 2020, en ce que seuls les détenteurs de diplômes professionnels peuvent y postuler. Ceux qui ont fait les séries BAC A1, A2, B, C et D se sont alors sentis lésés. « Tous les jeunes ont besoin d’un emploi et sachant qu’on est tous Béninois, vous ne devez pas nous priver de cette opportunité, chères autorités », a critiqué un internaute nommé Emiola face à Charlemagne Lokossou, Coordonnateur du Psie et Achille Houssou du Bureau d’Analyse et d’Investigation (Bai) invités de la session Askgouv n°4. En guise de réponse, ces derniers ont indiqué que « ce qui est visé c’est l’emploi dans des entreprises », ce qui justifie la primauté donnée aux diplômes professionnels. Or « les Bac de type général ne donnent en principe pas accès à un emploi mais plutôt à une possibilité de poursuivre les études supérieures. Ce qui n’est pas le cas des Bac professionnels qui, tant dans le contenu du programme que dans le déroulement, possèdent une bonne partie de pratique et les entreprises recrutent déjà sur la base de ces Bac professionnels ». Ils expliquent également que les besoins des entreprises sont privilégiés dans le PSIE « parce qu’il ne s’agira pas d’envoyer dans des entreprises des gens pour faire des photocopies ou de petites tâches ». Ces explications n’ont pas calmé les internautes. « Si tant est qu’il y a un Bac qui n’est pas utile sur le marché de l’emploi alors pourquoi continuer à offrir des formations qui débouchent sur le chômage ? », a enfoncé Abdoul Baki. Charlemagne Lokossou et Achille Houssou ont réaffirmé qu’il n’y a guère discrimination. « Si on devait la considérer comme telle, ce serait une discrimination plutôt positive parce que nous nous orientons vers les besoins réels des entreprises », ont-ils répondu. Et de « reconnaître que notre système éducatif qui forme en grande partie pour les diplômes que les entreprises qui recrutent ne demandent pas pèche, il faut le reconnaître ».

Revoir notre copie

Des séries sont-elles inutiles et qu’il faut supprimer ? Oui, tranche le professeur Ogoubi Dainou : « Il est des séries dont l’inutilité est criarde. La plus illustre d’entre elles est la A2 qui, pour l’année 2019, a mobilisé plus du tiers des apprenants des classes Terminales de notre pays (34541/100024=34,53%). Cette série mérite d’être abolie, car, au bout, elle n’offre rien de bon aux apprenants ». Le Sg Thierry Dovonou renchérit : « Nous n’allons pas permettre que nos enfants perdent leur temps à faire la série A et la série B. Il faut qu’ils aillent dans les séries scientifiques et technologiques, qui sont les séries C et E. Ce sont elles qui donnent des débouchés. L’avenir de notre nation dépend de la formation que nous donnons à nos enfants. Mobiliser, chaque année, et depuis 1960, des milliers de formateurs pour de telles offres de formation est une marque de grande indigence intellectuelle et un grand signe d’irresponsabilité. Il est nécessaire et urgent d’y mettre fin ».

Une fois admis au Bac, les étudiants vont souvent s’inscrire en sociologie, géographie, philosophie, ou droit. Des filières dont les diplômés issus de l’Uac ou de l’Université de Parakou se compte déjà par milliers sur le terrain, sans occupation. « Le Bénin a plus de sociologues formés que la France et le Canada ensemble. Pour un besoin réel d’environ 100 géographes, nous avons plus de 3000 étudiants en géographie et plus de 30 000 diplômés en géographie à la maison. Ce constat est le même dans tous les autres domaines de formation à l’université », illustre le professeur Euloge Ogouwalé, directeur du Centre autonome pour le volontariat, l’entreprenariat, la recherche et les innovations de l’Université d’Abomey-Calavi (Cveri-Uac). « Nous devons, conclut-il, revoir nos copies pour notre propre bonheur, notre propre développement ». Revoir la copie aujourd’hui, c’est promouvoir l’entrepreneuriat et la formation technique et professionnelle. Des chantiers sur lesquels l’Uac expérimente la méthode Drie (Déprogrammation, reprogrammation et la connexion à l’intelligence entrepreneuriale) pour une plus grande réussite de la lutte contre le chômage des jeunes par le gouvernement.

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