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Mort de Bio Guera : qui dit vrai ?

Deux versions contradictoires existent autour de la mort du guerrier wasangari Bio Guera. S’est-il donné la mort lui-même ? Ou a-t-il été assassiné par le colon français ? Sur son site web, le gouvernement du Bénin répond à cette dernière par l’affirmative. Idée répandue que l’enseignant-chercheur, professeur à la retraite Léon Bio Bigou a démonté, jeudi 28 juillet sur l’émission ‘’Le grand Canal’’ de la chaîne de télévision Canal 3 Bénin.

 

Par ©Sêmèvo Bonaventure AGBON

 

Décapité, sa tête est à ce jour gardée en France comme un trophée. Les circonstances de la mort de Bio Guera divise encore. La version officielle enseigne que le guerrier a été tué par le colon français :

« Après presque une année de combat à Baura, traqué, le chef guerrier tomba sous les balles assassines de l’envahisseur colonial, le 17 décembre 1916 », écrit le gouvernement sous la rubrique « Parcours du héros et objet de la résistance » dans sa présentation du monument érigé à Cotonou en son honneur.

Bio Guera est mort effectivement en décembre 1916 après une longue résistance face aux troupes françaises. Mais, pas sous des « balles assassines de l’envahisseur », contrattaque le professeur Léon Bio Bigou.

 

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« Ce ne sont pas les Blancs qui l’ont tué », persiste l’enseignant chercheur émérite. Bio Guera a décidé de ne se rendre jamais aux français. De là, il a enlevé lui-même tout ce qu’il considérait comme sacré, comme important. Il ne voudrait pas que ces choses tombent entre les mains des Blancs. Il s’est dépouillé de tout ça pour remettre à son haut commandant avec son cheval. Ce dernier a gardé son cheval pendant trois ans avant que le cheval ne meurt », raconte le professeur.

« Après, c’est lui-même qui s’est donné un coup de flèche empoisonnée. L’arbre sous lequel il était debout, c’est là où il est tombé. Les Blancs sont venus le voir mort. Ils ont coupé sa tête. C’est cette tête qu’ils ont mis au bout de leur baïonnette pour aller défiler dans la ville de Bembèrèkè afin de créer la peur et montrer que tel est le sort qui attend tous ceux qui oseront encore s’affronter aux Blancs », rectifie Léon Bio Bigou.

Bio Guera a-t-il été alors victime d’une falsification de l’histoire comme le colon en a l’habitude afin de préserver son honneur et faire croire à sa supériorité ? Oui, croit le professeur. « Bio Guera ne voulait pas qu’on le prenne vivant. Si c’était les Blancs qui l’avaient tué, ils allaient emporter tous les parements sacrés qu’il portait », insiste-t-il.

Passionné de Bio Guera

Professeur Léon Bio Bigou a commencé à écrire sur Bio Guera depuis la classe de 4ème, soit en 1969, selon ses propres confidences sur ladite émission.

 

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Il est auteur d’un document sur le guerrier –aujourd’hui introuvable en bibliothèque- qui date d’août 1992. Il résulte d’un manuscrit qui a séduit feu l’historien professeur Félix Iroko, son enseignant à l’époque qui l’avait soutenu dans ses recherches sur Bio Guera.

L’oeuvre est intitulée : « Éléments d’histoire du nord-Bénin. Les révoltes des Baatombou ‘’Bariba’’ contre la pénétration européenne (1888-1897) et la résistance de Bio Guera contre la colonisation française dans le Borgou (août – décembre 1916) ».

Au cours de cette recherche, Léon Bio Bigou a rencontré les trois derniers enfants de Bio Guera –il est père de dix au total. Sur l’émission ‘’Le grand Canal’’ du jeudi 28 juillet 2022, il a même présenté les photographies qu’il a réalisées de chacun d’eux au domicile même de leur père.

Et ce n’est pas tout ! Léon Bio Bigou détient également des clichés de la « la tunique que Bio Guera portait le jour de sa mort, les étriers qu’il portait » et de sa tombe (photo prise à Baura, le 4 septembre 1984).

Si Bio Guera avait été tué par les Français, ils auraient emporté aussi sa tunique et ses étriers sacrés, a conclu l’auteur.

 

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