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Rufino d’Almeida : « Bohicon est la référence s’agissant de la répression des chargements hors parc »

À travers l’initiative intitulée ‘’Africa Can’’, la Banque mondiale a emmené en aventure du 11 au 14 avril, une douzaine de jeunes afin de leur faire découvrir des réalisations qu’elle a financées en vue d’impulser un développement à la base. Ces derniers ont été reçus le mercredi 13 avril par le maire de la ville carrefour, Rufino d’Almeida suivi de la visite de la nouvelle gare routière de Bohicon.

En présence de son directeur de cabinet, l’ancien journaliste Abel Gbètoenonmon, et du chargé de communication, l’avocat de profession s’est entretenu avec les jeunes entre autres sur la gestion des gares routières et la valorisation des potentialités culturelles et touristiques de la commune.

 

Propos recueillis par Sêmèvo Bonaventure AGBON

 

Bénin Intelligent : Quel est le patrimoine de la ville de Bohicon en matière de gares routières ?

 

Rufino d’Almeida, maire de Bohicon : Si vous allez à Avogbana vous avez une que j’ai fait nommer la gare de Bohicon nord. Vous allez un peu à l’est, vous avez la gare de Bohicon – est (Sodohomè). À l’ouest, ce n’est pas une gare mais un point taxi que nous avons nommé gare de Bohicon ouest (Lissezoun). Si vous continuez vous avez la gare de Bohicon sud (Saclo) construite par le gouvernement béninois avec l’aide de la Banque mondiale.

C’est une très belle gare dont je suis fier. C’est la plus belle gare du Bénin. Vous n’en avez pas deux. Même si on venait à me battre là nous aurez bientôt une nouvelle gare. Je peux me targuer d’avoir les deux plus belles gares du Bénin. Les records sont faits pour être battus.

Cela dit, moi je n’ai pas de minerais, de granite, je n’ai pas d’or. Je n’ai pas d’espaces cultivables pour le coton ni même l’agriculture au sens large. Tout ce que moi j’ai, ce sont mes gares, mes hôtels (pour le prestige). Donc je protège jalousement mon territoire.

Beaucoup de communes viennent voir notre gare pour s’en inspirer. Je suppose que c’est pour nous battre. C’est même bien, il faut qu’elles nous battent. Je suis pour la compétition.

 

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À votre arrivée à la mairie, vous avez mené une lutte farouche contre les chargements hors parc. A-t-elle abouti ?

 

Aujourd’hui, Bohicon est la référence s’agissant de la répression des chargements hors parc. Il y a quelques mois quand nous sommes venus, la gare était vide. Vous allez sur la gare de Bohicon nord (Avogbana) vous avez à peine trois voitures.

En revanche, devant la mairie c’était une gare bien achalandée. J’ai engagé les négociations, j’ai dû prendre un arrêté maintenant la contravention à trente mille francs avec la promesse faite à la police que je n’interviendrai jamais. Malgré cela avec l’aide de la police on n’y arrivait pas. Nous avons monté une garde dont les éléments sont en civil pour arraisonner les indélicats.

J’ai porté la sanction financière à cent mille francs (100 000F) avec la promesse que je n’interviendrai jamais. J’étais là un samedi quand un de mes cousins directs s’est fait arrêter. Toute la famille s’est mise à m’appeler pensant que je pouvais intervenir. J’ai refusé. Mais comme les coups de fil devenaient trop pressants, j’ai tiré mon tiroir, je lui ai remis les cent mille francs pour aller payer.

C’est justement cela qui nous permet aujourd’hui d’avoir une gare qui rapporte. Avant, il faut savoir que la principale gare de Bohicon rapportait en moyenne huit millions de francs l’an. Huit millions ne suffisent même pas pour entretenir la gare de Bohicon sud Saclo. Vous imaginez ? Rien que le gardiennage approche déjà le million. Si vous ajoutez l’entretien, la charge de fonctionnement, l’eau… vous voyez à combien vous êtes pendant un mois.

C’est pour ça que nous avons engagé la répression contre le chargement hors parc.

Le maire Rufino d'Almeida s'entretenant avec les jeunes de Africa Can
Le maire Rufino d’Almeida s’entretenant avec les jeunes de Africa Can

 

Quelles sont les statistiques, les données qui convainquent de cela ?

 

Dans mes propos j’ai déjà lâché quelques données. L’année dernière, rien que la répression a rapporté dans les caisses de la mairie un peu moins de cent millions. Rien que la répression ! L’autre statistique : les tickets valeurs. La gare a été mise en service en août 2021.

Les tickets valeurs prévus pour tenir en six mois, ont été vendus en un mois. Et la mairie s’est retrouvée sans tickets valeurs. Vous savez que pour les avoir c’est tout un processus, il faut lancer l’appel d’offre.

 

Comment est organisée la mise en régie des infrastructures économiques et marchandes de la ville de Bohicon ?

 

La gare routière de Bohicon sud Saclo tout comme les autres gares de Bohicon, que ce soit le parking gros porteurs, le parc à bus, les gares de Bohicon nord (Avogbana Tonafa) et Bohicon-est (Sodohomè), ouest (Lissezoun) ou Bohicon centre-marché ont été mises en régie tout comme nos marchés d’ailleurs. La Régie autonome de gestion des infrastructures économiques et marchandes de Bohicon (Ragiem).

Aujourd’hui Bohicon est la première régie en termes de volume de notre pays. Nous sommes la deuxième régie créée, Malanville est notre devancière en la matière. Malanville y a mis son marché international alors que Bohicon y a mis toutes ses infrastructures économiques et marchandes donc tous les marchés, toutes les gares et d’autres telles que l’abattoir, la chambre froide…tout cela est en régie.

Pour une gestion efficiente nous avons fait un recrutement en nous inspirant de l’arrêté ministériel en la matière. La régie est constituée d’un noyau de cinq personnes dont le directeur de la régie, un chargé de recouvrement, son adjoint, une assistante financière mais également le Sima chargé de la réparation (maintenance) instantanée des infrastructures économiques et marchandes dès lors qu’elles venaient à être endommagées.

L’idée c’est que, le maire n’étant pas dans les marchés et les gares, le Sima lui il y est en permanence et dès qu’il y a une infrastructure défaillante il doit pouvoir intervenir rapidement. D’autant plus que la régie B a un budget autonome. Donc ils pourront décaisser plus vite que la mairie. C’est la réactivité qui nous a amené à instituer ce budget autonome.

Les cinq membres de l’unité de gestion de la Ragiem sont des prestataires de service avec des objectifs bien précis : mobilisation des ressources, réparation et surtout du délai d’intervention. Nous faisons tout pour que les bonnes dames dans nos marchés ainsi que les hommes sur nos gares ne souffrent pas beaucoup de la défaillance technique, ce qui peut arriver partout -un affaissement de pavée par exemple-.

C’est pour cela que nous avons mis toute notre richesse dans la Ragiem. Et aujourd’hui, on n’est pas déçus. Les premiers résultats sont encourageants.

 

Qu’avez-vous fait du patrimoine touristique et culturel de la commune ?

 

Bohicon a été la première commune du Bénin à avoir organisé les causeries sur ses potentialités culturelles, artistiques et touristiques. J’ai fait venir les chanteurs, les comédiens, sculpteurs, tous les corps de métier pour leur dire qu’est-ce qu’on fait ? Ce fut un vrai succès.

En décembre nous avons tenu notre atelier sur lesdites potentialités avec des experts venus d’Europe. Ça a été ouvert par le ministre Jean-Michel Abimbola (Tourisme, culture et arts). Nous avons désormais un agenda culturel et des diligences s’accompagnent. Il s’agit entre autres de répertorier les sites touristiques.

 

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Bohicon, est désormais une ville créative de l’Unesco. Comment êtes-vous parvenu à décrocher ce statut ?

 

Depuis la fin d’année dernière, Bohicon est effectivement la première commune de toute l’Afrique à avoir reçu le sceau, le statut de ville créative de l’Unesco dans la catégorie Gastronomie.

Les villes créatives, c’est 7 catégories : vous avez les catégories Arts populaires, cinéma, gastronomie, et autres. Il faut monter un dossier solide pour y arriver. Porto-Novo a réussi à entrer dans la catégorie Arts populaires grâce à son Festival international de Porto-Novo (Fip) en 2017.

Les villes africaines ont toujours échoué face aux chinois, aux français pour la gastronomie. Pour Bohicon j’ai monté un dossier autour des plats royaux. J’ai mis en avant le ‘’bomiwɔ’’. Nous avons monté un projet béton.

Le sort qui frappait l’Afrique a été conjuré. Nous avons reçu la lettre officielle il y a un mois. Nous demeurons le premier pays africain dans cette catégorie.
C’est ma plus grande fierté. Si on prend l’ensemble du réseau au Bénin, après Porto-Novo c’est nous.

Porto-Novo fut la première ville créative de l’Unesco et la première dans la catégorie Arts populaires. Bohicon est la deuxième ville créative du Bénin mais la première dans la catégorie gastronomie. Du coup notre patrimoine matériel qu’est le ‘’bomiwɔ’’ est désormais reconnu.

Merci.

 

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