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Traite négrière et résistance anti-coloniale : Bonou entre réconciliation et promotion touristique

Bonou esclavage et résistance Gbêhanzin

En septembre prochain, l’ex-Dogba Afanmè, actuel Bonou s’attend à d’intenses activités dans le cadre des rencontres culturelle et scientifique communautaires placées sous le thème : « Renaissance culturelle et touristique pour le développement durable de Bonou ». En prélude, une conférence inaugurale s’est tenue le mardi 23 août en la ‘’journée internationale du souvenir de la traite négrière et de son abolition’’ consacrée par l’Unesco.

Par Sêmèvo Bonaventure AGBON

À l’organisation, le Conseil suprême des chefferies traditionnelles pour la sauvegarde et la promotion des patrimoines endogènes et touristiques du Bénin (Csctb) en partenariat avec la mairie de Bonou et le Think tank Génération des vigilants.

Panser les plaies laissées par la traite des esclaves noirs dans la commune de Bonou, est la grande préoccupation au cœur de cette initiative qui marqué par un fort intérêt populaire à travers la présence des têtes couronnées de la région, chefs coutumiers, dignitaires du culte Vodun, chrétiens et musulmans, et des autorités politico-administratives.

« Les fils de Bonou avaient été soumis à cette activité [la traite négrière, ndlr] dont l’inhumanité n’est plus à décrire », a rappelé Romain Bonou Oké, chargé du patrimoine au sein du Csctb et président du comité d’organisation.

 

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Le roi Houezèzun de la région historique de Bonou aborde cette question avec délicatesse. Et pour cause, cet événement douloureux datant de plus d’un siècle, continue d’impacter négativement les populations de la commune.

« L’esclavage a détruit des familles ici. Il a laissé un héritage de division et de mésentente », a-t-il déploré. L’initiative ne vise pas à raviver les tensions. « Il faut apprendre à pardonner, apprendre à demander pardon ».

À cet effet, les organisateurs entendent instituer, dit-il, un jour de pardon et de réconciliation. « Désormais chaque année nous le ferons. Parce qu’il faut du temps pour que les cœurs s’apaisent », a-t-il avoué.

 

Parler de l’esclavage, suscite par ailleurs la question de l’apaisement des âmes des milliers de victimes. « Nous avons prié pour eux à un carrefour, la veille », a dévoilé le monarque.

Houèdoholou Ganglobè Alomazé Kpozèzounbozounfa, 8ème roi des 7 collectivités des Houèdonou, estime que « Cette activité permettra aux jeunes de réapproprier leur histoire » et « les exhorte à se rapprocher de leurs familles ».

Kpanou Mahoutin Frédéric, président du Corps de contrôle et de suivi du Cercle de réflexion et d’action des cadres de la commune de Bonou (Crac-Cb) soutient que « c’est une obligation pour tous les fils de la commune » de « se souvenir des âmes de ceux qui sont partis de chez eux dans des conditions les plus pénibles.

Quant au chantier de la réconciliation, son aboutissement dépendra, dit-il, du comportement des populations. « Nous devons avoir l’esprit de pardon et d’acceptation de l’autre qui rendra la réconciliation chose facile. Le pardon et la réconciliation c’est la clé qui ouvre la porte au développement. Parce que c’est en ce moment que nous pouvons nous asseoir pour parler dans le même langage. Nous sommes prêts à aller voir les communautés qui doivent pardonner, afin que le pardon et la réconciliation soient une réalité dans la commune de Bonou », a-t-il rassuré.

Révéler Bonou

La tenue de la conférence inaugurale laisse place à « un ensemble de grands projets » qui se tiendront du 21 au 27 septembre prochain, a annoncé Romain Bonou Oké.

 

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Au-delà de la question de l’esclavage, l’ambition des organisateurs est de révéler la commune de Bonou. En matière de tourisme mémoriel, elle regorge, en effet, de riches histoires et patrimoines.

Ce sont entre autres, la route de l’esclave et les vestiges de l’un des combats décisifs de la résistance du dernier roi du Danxomè, Gbêhanzin à Dogba contre l’envahisseur français il y a 130 ans. Il s’agit du campement militaire des Agoojié (amazone) et des soldats du Danxomè appelé ‘’Sòdònù’’ et le tombeau du commandant français Faurax, tué à Bonou par l’amazone Yètinmè.

Sans oublier le fleuve non loin de ‘’Sodonù’’ où un navire français a été également coulé par les troupes dahoméennes. Ledit campement abrite un baobab séculaire sous lequel Dada Gbêhanzin et ses généraux peaufinaient les plans de contre-attaque.

« Nous allons faire le bilan de ce que nous étions. Nous allons vendre Bonou sur le plan culturel et dire ce que nous envisageons d’être ». Autrement, il s’agit de « nous révéler au monde et à nous-mêmes. Cela passe par notre identité culturelle », a indiqué Thierry Sonagnon Tolègbe, maire de la commune. Cela a commencé depuis plusieurs mois, dit-il, à travers des productions médiatiques (reportages et documentaires) qui dévoilent les atouts de la commune.

L’autorité a fait observer que ce projet s’inscrit dans la dynamique culturelle et touristique impulsée par le gouvernement du président Patrice Talon à travers la restitution de 26 trésors royaux par la France et l’érection de monuments à la gloire des héros nationaux à Cotonou.

« Fermes ta bouche »

Le volet intellectuel de la conférence inaugurale a été assurée par les professeurs Ebenezer Sèdégan et Richard Hounsou, tous historiens de l’art. Dans une communication intitulée « Bonou et l’esclavage » qu’ils ont conjointement assurée, le premier a rappelé le contexte historique de la traite négrière.

« On ne s’est pas levé du jour au lendemain pour commencer par parler de la traite négrière. Cela a une origine. L’origine est fort lointaine et est partie des ambitions expansionnistes de l’Europe qui a atteint un niveau de civilisation qui le propulse à aller conquérir le reste du monde pour régler ses problèmes ». Bonou se verra impliqué plus tard dans l’esclavage parce qu’il « constituait une escale dans le parcours, l’itinéraire emprunté par les esclaves razziés dans la région de Ouémé vers Abomey ou Zangnanado, et d’Abomey pour Ouidah », a-t-il poursuivi.

La grande préoccupation, selon Prof. Ebenezer Sèdégan revient à savoir si Bonou était-il un acteur passif ou actif de la traite négrière ?

« Toute la problématique se trouvait dans le toponyme Bonou. Bonou, pourquoi ? Tout simplement parce que les esclaves razziés dans la région devaient emprunter un chemin pour être regroupés quelque part avant d’être acheminés à Ouidah. Les populations de cette région qui étaient sous la psychose permanente des exactions perpétrées par Oyo puis par les campagnes militaires du royaume du Danxomè se mettaient à l’abri, se cacher, généralement dans un lieu difficile d’accès à l’envahisseur. Dans leur cachette, voyant passer les captifs des razzias, ils ne cessaient donc de manifester leur compassion par des cris de détresse. C’est ainsi que dans cette foulée on leur a dit : « si vous ne fermez pas votre bouche, l’ennemi va nous libérer et viendra vous ramasser aussi ». D’où ‘’bɔ nù dó bó nɔ fi’’, signifiant « fermes ta bouche afin que tu puisses y demeurer en toute quiétude », a-t-il décrypté.

 

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Des reliques de cette implication de Bonou dans la traite négrière existent encore dans la région. Le docteur Richard Hounsou les a relevées dans la seconde partie de la communication.

Ce sont entre autres les ruines de l’ancien palais dont il a plaidé la réhabilitation et le Vodun qui avait aidé les populations à se protéger des esclavagistes. Valoriser ces patrimoines permettra de faire de la valeur ajoutée au développement de Bonou.

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