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Station de traitement de Sèmè-Kpodji : 20ha dédiés à la valorisation des boues de vidange 

Station de traitement des boues de vidange de Sèmè-Kpodji

La Banque mondiale bureau de Cotonou a fait visiter à des jeunes leaders, mercredi 11 mai, la Station de traitement des boues de vidange de Sèmè-Kpodji dont elle a financé la construction. Il s’agit d’une immense infrastructure avec un impact positif sur la protection de l’environnement.

Par Sêmèvo Bonaventure AGBON

Vingt hectares exclusivement consacrés au traitement des boues de vidange. Telle est la superficie de la station située à la périphérie de la ville de Sèmè-Kpodji. D’un coût d’environ dix milliards de francs, elle reçoit les boues de vidanges collectées dans les ménages du Grand Nokoué, précisément ceux de Cotonou-est (Étoile rouge), Sèmè-Kpodji et de Porto-Novo, la capitale. Entre 7 et 43 camions peuvent être accueillis par jour sur site. Soit une capacité journalière de 506m3/jour extensible à 755m3/jour.

La Station dispose de trois filières dont deux peuvent fonctionner parallèlement. Chacune d’elle pouvant recevoir environ 255m3 d’eau (boues de vidange) par jour. « Une filière est au repos. En cas de maintenance de l’une des deux autres, on la fait fonctionner et on met à l’arrêt celle en réparation », a renseigné Achille Kangni, le maître d’ouvrage qui a guidé les visiteurs.

 

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Une autre station similaire est en construction à Abomey-Calavi. Les deux s’inscrivent dans le cadre du projet d’assainissement et de construction de deux stations de traitement de boues de vidange dans le Grand Nokoué.

Station de traitement des boues de vidange de Sèmè-Kpodji
Achille Kangni montrant le dispositif de pesage des camions à l’entrée de la station

Comment l’infrastructure va-t-elle fonctionner ? La question a intéressé Carine Fifonsi Danhouan, l’activiste des droits des femmes présente parmi le groupe de jeunes. À leur arrivée, les camions montent sur un dispositif de pesage à l’entrée de la station. « Le camion est enregistré avec son poids vide. Le jour où il vient pour vidanger, le poids est prélevé. On fait la différence entre son poids à vide et le poids qu’il affiche une fois chargé, pour retrouver la quantité de son contenu. Après on le laisse entrer », explique Achille Kangni.

La Station traite avec des opérateurs qui vont payer en fonction du volume du camion. « Les discussions sont encore en cours pour fixer les coûts. L’opérateur en charge de la gestion de la station est en instance de recrutement », selon ses confidences aux visiteurs.

Une fois les véhicules automobiles pesés, leurs contenus déversés font un long voyage. Le temps de séjour est de l’ordre de trois mois pour aboutir à une eau rejetable et inoffensive pour l’environnement. Les visiteurs s’étonnent de cette durée qui leur semble « relativement trop longue ». Mais, attention ! « c’est l’option la moins chère », contrairement au « système intensif » d’une durée plus réduite -environ deux semaines- réagit Mariam Sou, enseignante-chercheure (Eau et assainissement) et responsable du projet au sein de la Banque mondiale, bureau de Cotonou.

Le système intensif, a-t-elle comparé, sollicitera par exemple assez d’énergie électrique ; ce qui n’est pas le cas de la station de Sèmè-Kpodji qui fonctionnera, elle, grâce à une unité de production d’énergie solaire incorporée au site.

Long processus

L’eau obtenue au bout du traitement sera déversée dans l’océan située à proximité du site. Que se passe-t-il du premier jour jusqu’au rejet ? La première étape, très cruciale, est celle du contrôle de la composition chimique des boues de vidange apportées par les camions. La station est destinée au traitement des boues de vidange, exclusivement. Là-dessus, les responsables ne veulent pas être dupés.

« Une industrie peut demander à un camion par exemple de venir vider ses fosses alors qu’elle manipule des produits dangereux. Ce centre n’est pas réalisé pour cela. Nous ne recevons que les boues de vidange », prévient fermement Achille Kangni.

À cet effet, la station est équipée d’un dispositif (laboratoire) servant à vérifier la température, l’acidité et la salinité des contenus déjà à l’entrée. « La température, lorsqu’elle est supérieure à 40ºC il y a problème. Quant à l’acidité, le pH doit être compris entre 6 et 9 ; au-delà, il y a problème. On regarde également la conductivité. On connaît la salinité au niveau des bassins. Lorsque la conductivité qu’on mesure fait plus du double de la salinité au niveau des bassins alors le contenu du camion est suspect. Un seul équipement introduit dans le contenu ressort tous ces paramètres. Voilà les trois paramètres qu’on regarde rapidement avant d’autoriser le camion à déverser. Si ces paramètres ne sont pas respectés, on ne reçoit pas. Donc on peut repousser des camions », détaille-t-il.

Toutefois, « C’est rare d’avoir des camions qui ne soient pas conformes. 90% sont conformes. Donc la vérification permet d’épingler les cas particuliers », renchérit Mariam Sou. Selon elle, ce contrôle chimique est davantage dicté par le type de traitement adopté dans la Station. « Tout le traitement repose sur des microorganismes, des bactéries qui ne peuvent pas supporter certains environnements hostiles ; tels que trop acide, trop basique ou des produits toxiques. Donc si on ne vérifie pas la qualité pour au moins avoir une sorte de traçabilité, il est possible qu’il y ait des dysfonctionnements au niveau du traitement. Donc c’est important de savoir quel camion a apporté quoi.», a-t-elle insisté.

Les camions admis au test de contrôle chimique, déversent ensuite les boues de vidange apportées au niveau d’un « dégrilleur grossier ». Sa fonction consiste à séparer les déchets solides du liquide, seul destiné à faire le processus proprement dit. Les déchets solides filtrés sont stockés dans une barque, pour être embarqués vers un point de regroupement des déchets ménagers.

Toujours en vue de séparer les déchets solides que la Station n’a pas vocation à traiter, le liquide transite par un second dégrilleur. Celui-ci est plus fin. À cette étape, « les déchets solides qui ont échappé au niveau du premier mais qui ne doivent pas continuer le processus, sont retenus », explique Achille Kangni.

Un épaississeur reçoit ensuite les boues ayant traversé les deux dégrilleurs. « Dès qu’on l’actionne, ça commence par tourner très lentement et ça épaissit la boue. Alors la boue de vidange décante et se retrouve au fond de la fosse. Puis une pompe est actionnée qui envoie la boue épaissie vers les espaces (lits de séchage) ». Une kyrielle de tubes acheminent après le liquide vers des bassins. La station en compte un grand nombre, dans lesquels le liquide est livré à l’ensoleillement.

La particularité de la Station de traitement des boues de vidange de Sèmè-Kpodji réside en ce que tout le traitement est biologique. « Le choix de la zone est stratégique. Puisque, quand le traitement est fini, l’eau doit être rejetée dans la nature, ici c’est dans la mer. En fonction du milieu de rejet on met en place un traitement adéquat. S’il y avait ici juste une petite rivière, il y a peut-être des étapes qu’on va ajouter pour qu’il n’y ait pas eutrophisation, pour que le fonctionnement de la rivière ne soit pas perturbé. Il y a des normes que le Bénin a éditées et qui sont respectées en fonction du milieu », a indiqué Mariam Sou.

 

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En plus de l’eau qui sera rejetée dans la mer à l’issue du traitement, du compostage sera également obtenue, a-t-elle annoncée. Elle est destinée à l’agriculture pour la fertilisation des sols. Une manière heureuse de « réintroduire nos propres déchets de façon naturelle dans l’environnement », a félicité l’enseignante.

Des WC réceptacles de tout : un mauvais comportement

La visite du site a permis aux jeunes hommes et femmes de déplorer une pratique très dangereuse. En effet, au niveau du premier dégrilleur où les camions sont censés déverser du liquide (boues de vidange), il a été constaté la présence d’une importante quantité de déchets solides.

Autrement, « Les latrines au Bénin accueillent tout », a justement conclu Olivier Max-Moréno Zoumènou, content manager. Constat appuyé aussi bien par Chanceline Mevowanou que Aïchatou Salifou et Mariamar Védrine, activistes féministes. Un comportement malsain, qu’elles se sont engagées à déconseiller dans leur entourage. « Dans les latrines on jette tout et du n’importe quoi (ampoules cassées, sachets plastiques, pesticides, des choses très lourdes …) C’est pour cela qu’il y a une grille pour filtrer », va récapituler Mariam Sou.

Vue du dégrilleur/station de traitement des boues de vidange de Sèmè-Kpodji
Vue du dégrilleur

 

Station de traitement des boues de vidange de Sèmè-Kpodji
Des déchets solides issus du filtrage au niveau du dégrilleur

 

Cette situation peut anéantir les espoirs mis dans la construction de station de traitement des boues de vidange. C’est ce qu’a fait savoir Alain Tossounon, spécialiste des questions liées à l’eau, hygiène et assainissement à nos confrères du quotidien Matin Libre. Selon lui, en effet, au-delà de la construction de stations de traitement aux normes, c’est « toute la filière qu’il faut reconstruire ».

Car, a-t-il justifié, « il faut avoir de bonne boue pour pouvoir faciliter le traitement et la valorisation ». Or, regrette-t-il aussi, « au niveau des ménages, il y a problème. Les fosses ne sont pas réalisées dans les normes qu’il faut. Aussi, les fosses ne sont pas entretenues par les ménages comme il le faut. Et qu’est-ce qu’il va se passer, on aura des stations, mais des stations qui manqueront de boue de vidange », a-t-il prévenu.

En plus de n’être pas vidées tôt, les fosses sont mal entretenues ; ce qui constitue un véritable casse-tête pour les vidangeurs. « Ça nous crée des difficultés au moment de la vidange. Il y a des foyers, quand ils ramassent les tas d’ordures, ils jettent dedans. Avec le temps, la boue se mélange au sable, des haillons que les gens jettent dedans et ça durcit. Mais nous, on n’est pas venu vider du solide. Ne sachant pas, ça nous prend énormément du temps », témoigne au média, le vidangeur Atachi Marcaire Gnancadja, dépité. « Il arrive qu’en pleine vidange, ils découvrent « des haillons, des culottes, les couche des femmes, des boîtes de conserve, des ossements parce que peut être une femme qui est restée dans la maison, il y a des années, a eu à avorter un fœtus, des plastiques, des sachets surtout les condoms, n’en parlons pas », relate Matin Libre.

Menace des habitations

Impact environnemental de la station de traitement des boues de vidange sur les populations environnantes ! C’est le dernier aspect abordé lors de la visite guidée. Le sujet a été soulevé notamment par Emmanuel Gansè, président du club des « Jeunes acteurs du changement » et les juristes Fréjus Attindoglo et Vital Tchokpodo.

Il n’y avait pas d’habitations ainsi à proximité de l’infrastructure, a rappelé Sylvain Adokpo Migan, directeur de l’Agence nationale d’approvisionnement en eau potable en milieu rural en relai maître d’ouvrage, Achille Kangni. Mais aujourd’hui, église très animée –une abritait une séance de prière intense au moment de la visite- et de belles villas ceinturent la Station.

 

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Or, l’emplacement très stratégique où elle se situe, visait à épargner aux populations les nuisances, notamment l’exhalaison des mauvaises odeurs et le bruit lié aux va-et-vient des camions. « Les camions vidangeurs ne vont pas traverser toute la ville. Si on doit transporter des déchets pour parcourir la ville, ça aura des répercussions sur les ménages.

Malheureusement, dès qu’une infrastructure s’installe quelque part, les gens la prennent d’assaut. Sinon au départ il n’y avait personne autour, aucun habitat. Il a fallu la voix pavée réalisée dans le cadre du projet pour que la population commence par envahir », a peint et déploré Sylvain Adokpo Migan. « Celui qui vient construire sa belle villa à proximité, en se levant le matin s’expose aux odeurs nauséabondes. Il aura choisi », a tourné en dérision Mariam Sou.

Et d’informer que les nuisances liées notamment aux odeurs seront résolues ou amoindries. Selon les confidences de la responsable du projet au sein de la Banque mondiale, une haie vive, une plantation sur tout le pourtour de la station sera réalisée. De plus, elle sera entièrement clôturée.

Station de traitement des boues de vidange de Sèmè-Kpodji
Les visiteurs écoutent des explications de Mariam Sou‚ responsable-projet

En attendant, la station attend toujours d’être mise en service. Ce qui devrait être déjà effective depuis la fin du premier semestre de 2021, selon une annonce du ministre du Cadre de vie et du développement durable, José Didier Tonato lors d’une visite de chantier en avril 2021.

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