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« Chef de file de l’opposition » : Comprendre la guerre Fcbe-‘’Les Démocrates’’

Qui sera le chef de file de l’opposition béninoise ? Jusqu’aux récentes élections la question ne se posait pas. Ce « chef de file » venait tout directement de la Force cauris pour un Bénin émergent (Fcbe), seul parti de l’opposition ayant participé aux communales et municipales du 17 mai 2020 aux côtés des jumeaux de la mouvance, l’Union progressiste (Up) et le Bloc républicain (Br). Mais un autre parti de l’opposition semble convoiter le même statut : ‘’Les démocrates’’. Décryptage !

Par Sêmèvo B. AGBON

Jeune formation remplie de vétérans dont les statuts sont encore devant le ministère de l’Intérieur pour la reconnaissance légale, les ”Démocrates” se présentent déjà comme « l’opposition réelle à Patrice Talon ». L’emploi du qualificatif ‘’réelle’’ par le président Eric Houndété amène à se demander s’il existe, à l’opposé, une opposition ‘’fictive’’ à la Rupture. La tentative insidieuse des ‘’Démocrates’’ de dénier à la Fcbe son statut de parti d’opposition se comprend aisément. La majorité d’entre eux sont en effet de vieux barons de ce même parti dont ils ont claqué la porte tout comme Boni Yayi, son fondateur et ex président d’honneur.

Depuis leur exclusion des élections législatives du 19 avril 2019, la Fcbe a en effet traversé une grave crise interne. Deux camps inconciliables se sont alors affrontés. D’un côté les partisans d’un dialogue avec le Pouvoir et de l’autre, les ténors d’une opposition farouche et radicale (mené par Eugène Azatassou, Djènontin et Komi Kouché, en froid avec la justice). Cette aile ‘’dissidente’’ n’a pas réussi imprimer leur intransigeance au parti face à un Paul Hounkpè, devenu entretemps puissant Secrétaire exécutif national pour avoir gagné la bataille de la reconnaissance officielle à la surprise générale. Les tentatives de réconciliation sous l’égide de Boni Yayi revenu de son ‘’exil’’ au Nigéria, ont fait flop. S’en étaient suivies alors les démissions massives pour protester. La Fcbe dans sa version actuelle se résume au camp dirigé par Hounkpè reconnu par le ministère et qui possède le récépissé définitif pour faire exister le parti conformément à l’aliéna 2 de l’article 56 de la nouvelle charte des partis politiques : « Ils (les partis dûment enregistrés) disposent d’un délai de six mois pour se conformer aux nouvelles dispositions. Passé ce délai, ils perdent leur statut juridique ».

Ce camp qui a participé au Dialogue politique organisé par le gouvernement les 10, 11 et 12 octobre 2019, et récemment les communales du 17 mai 2020 résume aujourd’hui toute la Fcbe. L’on comprend donc qu’il soit vilipendé, dénigré  et critiqué par leurs anciens alliés aujourd’hui ‘’Démocrates’’ qui les considèrent comme un parti bis de la mouvance. Et donc estiment qu’ils ne sont pas assez crédibles, c’est-à-dire assez radicaux pour représenter l’opposition au Bénin. Justifiant son retrait à travers une publication sur sa page Facebook, dimanche 5 avril 2020 Boni Yayi critiquait justement ‘’son’’ parti d’être devenu un pôle politique de Talon qui a la phobie de l’opposition, pour l’avènement d’un « parti unique ».

C’est donc la crise interne des Fcbe qui revient cette fois-ci sous forme de guerre autour du titre de « chef de file de l’opposition ». C’est peut-être pour clore ce débat avant même qu’il ne soit ouvert que Paul Hounkpè, au lendemain de la publication du décret présidentiel sur le financement public des partis politiques, a insisté sur la désignation du chef de file de l’opposition. « Si le gouvernement fait ce pas décisif, il va falloir également que le statut de l’opposition soit chose réglée », a-t-il déclaré le vendredi 11 septembre sur la radio nationale. Car en l’état, il n’y a de parti d’opposition reconnu au Bénin à part la Fcbe, même si elle essuie des critiques de relations incestueuses avec le pouvoir

Que dit la loi ?

Les deux partis ne sont guère sur le même pied d’égalité pour faire cette guerre. La victoire est largement du côté de la Fcbe. Pour le moment, il faut d’abord que les Démocrates passent le cap de la reconnaissance légale. Et même s’ils y arrivent, sous ce format ils n’ont encore aucune expérience électorale pour se comparer à leur ancienne maison. Et c’est là que la Fcbe, pour avoir participé aux communales et s’en est sortie avec le contrôle de six  mairies, gagne la guerre.

Proposée par le Dialogue politique des 10, 11 et 12 octobre jugé partial, auquel la participation des Fcbe fut décriée, la loi sur le statut de l’opposition a été adoptée le jeudi 21 novembre 2019 par le Parlement. L’article 8 du titre II tranche la question :

« Est chef de file de l’opposition, le chef du parti politique déclaré de l’opposition, ayant le plus grand nombre de députés à l’Assemblée nationale à l’occasion des dernières élections législatives.

En cas d’égalité du nombre de députés, le chef de file de l’opposition est le chef du parti politique déclaré de l’opposition ayant le plus grand nombre d’élus communaux à l’occasion des dernières élections communales.

En cas d’égalité du nombre d’élus communaux, le chef de file de l’opposition est le chef du parti de l’opposition ayant réuni le plus grand nombre de suffrages aux dernières élections législatives.

En cas d’absence de représentation de l’opposition à l’Assemblée nationale, est désigné chef de file de l’opposition le chef du parti politique de l’opposition ayant obtenu le plus grand nombre d’élus communaux.

En cas d’égalité du nombre des élus communaux, le chef de file de l’opposition est le chef du parti de l’opposition ayant obtenu le plus grand nombre de suffrages exprimés lors des dernières élections communales. »

Il appert qu’ « En cas d’absence de représentation de l’opposition à l’Assemblée nationale », Paul Hounkpè, Sen du seul parti l’opposition disposant d’élus communaux et municipaux pour le compte de la 4e mandature de la décentralisation, est d’office le chef de file de l’opposition. Conformément à ce texte, plus de doute donc qu’il soit nommé par décret pris en Conseil des ministres sur proposition du Conseil électoral de la Commission électorale nationale autonome (Cena).

 

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