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[CHRONIQUE] Chassée comme zéro

Un grand jour s’est levé ! La France s’en va du Mali après 10 ans de présence finalement plus catastrophique et regrettable. Elle s’en va ; non pas de gaieté de cœur mais parce que ne supportant pas l’exercice de la souveraineté inaliénable. Elle s’en va parce qu’une junte plus populaire qu’un gouvernement issue d’élection, a voulu mettre de la lumière dans la situation confuse du terrorisme au Sahel, où sauveur et ennemi ont (presque) le même visage de nuisance.

En réalité, la France ne devrait pas que quitter le Mali après une décennie de présence médiocre. Elle devrait surtout dédommager le peuple pour toutes les vies tuées et tous les torts causés. Dix ans de présence aux effets contraires aux espoirs de départ ! Comment l’expliquer ? Comment comprendre le retour en force des groupuscules aux activités funestes malgré le fort déploiement de soldats français armés jusqu’aux dents ? Si dix ans après, le terrorisme est encore plus que jamais en vogue dans le Sahel avec tous les moyens logistiques dont dispose l’armée française et leurs alliés‚ c’est vraiment regrettable. On aura compris que le terrorisme profite à des mains invisibles‚ mains qui ne sont plus tellement invisibles que ça; puisque les terroristes utilisent des armes de fabrication française.

Notre joie n’est pas grande parce que la Russie pourrait bientôt supplanter la France. Aucune puissance n’a jamais aidé un faible à devenir lui aussi puissant au point de se passer d’elle un jour. Notre joie vient de ce qu’un peuple a décidé de renaître contre vents et vents‚ de se défaire des fers du néocolonialisme subtil. C’est justement pour redevenir aussi prestigieux que l’ex empire dont il porte le nom et le courage‚ que le Mali et les nouvelles générations de patriotes ont décidé d’en finir avec la France terroriste. Au-delà du Mali‚ il faut voir l’aspiration de tout le continent à la paix. L’Afrique est foncièrement exténuée d’être le théâtre d’affrontements d’une guerre qu’elle n’a jamais voulue. Une guerre qui lui est imposée de force par celle-là qui est en train d’être chassée du Mali sans oublier ses alliés pour qui la vie‚ les droits de l’Homme et la Justice ne tiennent pas devant le pétrole‚ l’or‚ l’uranium..

Un pays sérieux devrait librement reconnaître son échec dans la mission après 10 ans sur le terrain et appeler à l’aide. Ce serait ainsi faire preuve de grandeur et d’honneur. Hélas ! La volonté manifeste de la France de forcer à rester et surtout de s’adapter à chaque fois malgré ses contreperformances qu’illustre la dégradation de la situation sécuritaire donne assez la preuve qu’elle tire un profit gargantuesque de ce flou. Jamais un ancien pays colonisateur n’a été et continue d’être aussi vicieux et criminel que le coq gaulois.

Le recours à la Russie‚ même s’il ne règle pas plus tard le problème sécuritaire‚ relève au moins du droit du peuple malien à s’autodéterminer‚ à user de sa liberté de nouer des partenariats avec qui il veut. Contrairement à la France paternaliste et condescendante qui veut toujours être l’interlocuteur exclusif, le passage obligé de l’Afrique sur la scène internationale. Et surtout, exercer notre indépendance à notre place.

Partout sur le berceau de l’humanité il faut sonner le glas de ces relations déséquilibrées et injurieusement baptisées France-Afrique ou Afrique-France, schéma asymétrique dans lequel tout un continent est otage d’un petit pays. Toute politique basée sur des manœuvres dilatoires et malhonnêtes se conclue toujours ainsi par la honte et le déshonneur. Il faut en finir avec ces partenariats où l’un n’a que des intérêts et ne voit les autres en bien que lorsqu’ils aliènent à son profit leurs liberté et richesses et de les taxer de vils excités nationalistes lorsque‚ déboussolés‚ ils aspirent à vivre enfin debout.

Au reste, que ce retrait annoncé soit un rapatriement de la force Barkhane en France et non leur délocalisation dans un autre pays africain en vue de poursuivre la déstabilisation par procuration de l’Afrique. Vive ce départ libérateur !

Sêmèvo Bonaventure AGBON

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