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[CHRONIQUE] Le Ratel !

Derrière son aspect ludique, le football fait partie des produits phares des économies modernes. Pour vendre ce produit, l’on fait appel à son histoire, à sa gloire, à sa notoriété, à son patriotisme, à sa fierté et à son positionnement voulu dans le concert des nations tant il est vrai que tout match de football dans les compétions internationales fait intervenir l’hymne national et mobilise toute la fierté d’un peuple derrière les couleurs nationales.

Comment ce produit hautement stratégique peut-il être baptisé sans le concours des historiens, des sociologues, des lobbyistes, des communicateurs, des stratèges du marketing. Baptiser une équipe nationale, c’est lui trouver le nom qui incarne sa grandeur et ses ambitions. Comment se fait-il que les noms de notre équipe nationale se choisit parmi les rongeurs. Hier, c’était les écureuils parce que ce petit animal‚ dit-on, est habile, alerte et rusé.

Aujourd’hui l’on s’apprêterait à nous servir du ratel [rumeur démentie par la Fbf‚ ndlr]. Animal teigneux, fougueux mais, cela suffit-il ? Cet animal est plutôt fort dans la défensive mais demeure vulnérable tout comme le porc épique que s’attribue comme symbole un corps de notre armée : “qui s’y frotte‚ s’y pique”.

Et pourtant, dans nos cours d’eau sommeillent des crocodiles et des hippopotames. Dans les airs, des oiseaux rapaces tandis que nos savanes et forêts abritent des pachydermes et de grands félins. Enfin, qu’est-ce que les écureuils hier et les ratels aujourd’hui ont à avoir en termes de symbolisme avec notre histoire.

Les français ne prennent pas le coq comme symbole de l’équipe nationale par hasard. Le coq est attaché à la Gaule, les Pharaons reflètent la gloire passée de l’Égypte, les éléphants la richesse de la faune et de loin, la première richesse économique de la colonie avant le café et le cacao, les léopards du Zaïre ( à l’époque) parce que le léopard est l’animal tutélaire des rois bantou et l’incarnation de la grandeur et de la noblesse du pays. À quoi se rattache le ratel chez nous ? Qui choisit les noms et comment les choisit-il ?

J’ai fait cette analyse pour marquer ma profonde déception face à un autre nom qui ne dit rien à notre histoire et qui est loin de fouetter notre orgueil. Ces noms de rongeurs plutôt assimilables à la petite intelligence, à la roublardise, à la ruse et à la capacité de se sortir d’affaire quoiqu’il en soit ne mettent pas en avant l’audace, l’ambition et la fierté nationale.

L’écureuil n’attaque pas, le ratel se défend mais a priori, il n’attaque pas lui aussi. Or, les competitions footbalistiques sont aussi des guerres. Il faut attaquer, prendre des initiatives, mener des offensives et porter le danger dans le camp adverse. L’actualité géopolitique nous parle d’ailleurs bien à propos. Celui qui est sur la défensive est presque perdant s’il est sur ses lignes et forcément perdant si le danger est porté dans ses 16m2.

Enfin, par notre nouvelle appellation, nous sommes déjà perdant dans les guerres de la communication parce qu’il va falloir encore expliquer ce nom sans être sûr de convaincre. Quand je devais par patriotisme convaincre mes amis ivoiriens que les écureuils allaient faire des éléphants une bouchée, moi même je n’y croyais pratiquement pas. Le ratel c’est à ne point en douter, un autre sujet de railleries et de sarcasmes lors des compétitions à venir ! Il faut encore chercher car le ratel comme l’écureuil nous installe dans les buissons et non sur les sommets !

Très fraternellement !

Bruno Ahouanmagnagahou‚ écrivain‚ panafricaniste.

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