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[CHRONIQUE] Raisonnement léger

Les vives discussions suscitées par le rapport “Sauvé” sont la preuve que la question des abus sexuels dans l’Église nous concerne également en Afrique. Près de 300 mille victimes de pédophilie dans l’Église Catholique en France de 1950 à 2020. Les auteurs à ne pas chercher loin. Ce sont ces mêmes prêtres qui baptisent et pardonnent “au nom du Père, du Fils et du Saint-Esprit” ‚ ceux-là auprès de qui les victimes sont censés trouver refuge. Et c’est ainsi : de plus en plus‚ plein de choses gênantes se passent dans l’Église universelle‚ africaine et béninoise aussi‚ avec le consentement contraint et muet des fidèles soumis comme des brebis au nom de la foi.

Depuis le lancement dudit rapport‚ deux camps s’attaquent à propos au Bénin. Le premier est constitué des révoltés‚ qui jugent sévèrement l’Église Catholique en générale chez qui éclatent de plus en plus des scandales déshonorants : pédocriminalité sans oublier la découverte‚ au Canada‚ des restes de 215 enfants près d’un ancien pensionnat géré par l’Eglise et financés par l’État ; un génocide visant à « éradiquer la culture autochtone ». Au Bénin un visage connu personnifie tous ceux-là qui condamnent ainsi l’Église apostolique romaine : Guy Ossito Midiohouan. Respectable professeur de littérature et de civilisations africaines à la retraite‚ l’homme n’a pas hésité à conclure que «(…) le célibat des prêtres est une vraie catastrophe pour l’Humanité ». Il voit d’ailleurs dans les réactions indignées “l’expression d’une hypocrisie systémique, fondement des crimes ignominieux révélés aujourd’hui au grand jour”. Et de réclamer «la même enquête sur la pédocriminalité dans l’église chez nous, au Bénin, pour enfin crever cet abcès purulent. L’épiscopat béninois a le devoir impérieux de commanditer cette enquête pour donner la preuve de sa crédibilité, s’il pense qu’il lui en reste encore un petit bout », a-t-il écrit dans le Forum WhatsApp de l’Association Chrétien pour changer le monde (Cpcm).
Avec cette critique il s’est mis au dos les “fous” de l’Église ; c’est le second camp constitué des Béninois grands “avocats de l’Église Catholique”. Ils lui objectent que les pédocriminels sont minoritaires‚ à peine 3% de l’épiscopat français. D’ailleurs‚ soutiennent-ils avec emphase‚ que la pédocriminalité existe partout dans la société‚ qu’il faut éviter de faire zoom sur l’Église Catholique. « Ce n’est pas seulement l’apanage du clergé. Même les personnes mariées sont auteures d’actes pédophiles. »‚ réagi un internaute sur notre site.

Si on fouille bien‚ on trouverait au Bénin des victimes des près de trois mille prêtres français épinglés.

Nous voyons-là une “défense de survie” face à un sujet bouleversant et profondément honteux. Pourquoi avons-nous‚ en effet‚ le droit d’être plus durs en matière de pédocriminalité avec l’Église Catholique ? Parce qu’elle est quand même l’Église-mère, celle qui devrait être le modèle, mais qui laisse en son sein des prêtres et autres hauts responsables abuser des fidèles, de par le monde. Sans protéger nos “Mon Père” africains parmi lesquels il ne manque certainement pas des bourreaux‚ l’Afrique sert de poubelle où les pédocriminels européens sont affectés en guise de punition ; une mutation qui sert à les couvrir. Et ces loups dissimulés en soutane‚ quand ils descendent en Afrique‚ trouvent un champ davantage fertile à la commission de leurs crimes. Abuser des “pauvres” nègres ne peut être un péché. Si on fouille bien‚ on trouverait au Bénin des victimes des près de trois mille prêtres français épinglés. En attendant les enquêtes‚ nous tenons une grosse victime sous la main : le professeur-grammairien Albert Gandonou. « À 13 ans, j’ai subi la pédophilie d’un prêtre catholique, un de mes éducateurs au petit séminaire de Wando, à Porto-Novo. Il m’a dit que ce n’était pas un crime ni un péché du moment qu’il est prêtre !»‚ se souvient comme si c’était hier seulement l’homme âgé aujourd’hui de 70 ans.

Mais nous devons être sévères en la matière avec l’Église catholique puisqu’elle est quand même une Église, l’Église-mère, la souche de toutes les autres Églises qu’on croit pratiquer dans sa vraie version en se détachant d’elle.

Chrétiens bornés‚ ce n’est pas le moment de jouer les “fous” de l’Église. Tant le sujet sur la table est délicat. Pour une fois‚ soyons tous des fous de l’amère réalité‚ ne pas attendre d’avoir le piment sur les yeux avant de croire à sa dangerosité. Si vous vous conduisez en brebis personne n’hésitera à être lion pour vous dévorer. Même l’Église‚ allez-y toujours avec votre foi dans le cœur et l’esprit critique aux aguets derrière le front. Parce que vous ignorez quand l’homme en soutane substituera sa chair aux insondables desseins de Dieu lui-même.
Certes la pédophilie est un vice vécu ailleurs. Mais nous devons être sévères en la matière avec l’Église catholique puisqu’elle est quand même une Église, l’Église-mère, la souche de toutes les autres Églises qu’on croit pratiquer dans sa vraie version en se détachant d’elle. La pédophilie est un sujet délicat que nous devons éviter de banaliser par la recherche d’échappatoire facile ou des raisonnements légers. Qu’elle ait lieu dans d’autres cadres (famille, école, ou autres), ça s’entend, et c’est absolument répréhensible ! Mais que cela soit récurrent dans la maison du « Seigneur », le lieu de refuge des faibles et des personnes vulnérables, c’est totalement inadmissible et ça doit-être la tolérance zéro vis-à-vis de ceux qui s’y adonnent.
Dieu‚ apaise toutes les victimes d’hommes d’Église !

Sènankpon DOSSOU
Jeud. 7 octobre 2021

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