Vous êtes ici
Accueil > Actualité > Colère contre une exposition Egungun en France : Que partager, que cacher dans l’univers Vodun ?

Colère contre une exposition Egungun en France : Que partager, que cacher dans l’univers Vodun ?

Les Béninois se sont indignés, dimanche 16 mai contre l’exposition tenues du culte sacré Egungun. Face aux critiques, l’argument de valorisation de la culture béninoise évoquée par le musée français incriminé n’a pu éteindre le feu.

Par Sêmèvo Bonaventure AGBON

Une série de photographies présentant des femmes et hommes manipulant avec joie, les habits et accessoires sacrés d’Egungun, culte dédié aux défunts. Les images passent mal auprès des béninois qui y ont vu de la profanation et du pillage du patrimoine africain. Le contact féminin avec ces accoutrements des ”klwitɔ” est ce qui les fâche davantage. « Sur les photos on voit aussi bien des hommes et des femmes blancs travailler sur ces pagnes sacrés. En premier lieu je m’insurge contre cet état de chose. En effet, le culte Egungun est un culte sacré et ne saurait être l’objet d’une exposition en tout cas pas dans cette forme. Egungun n’est pas un masque, non et non. Quand bien même le culte regorge d’un aspect culturel (danse et autres attractions), Egungun n’est pas un masque. Faut que les gens arrêtent avec ça. C’est la représentation de nos défunts. C’est du sacré. Ensuite les pagnes des Egungun ne sont pas accessibles au commun des mortels et c’est aberrant de voir non seulement des profanes mais aussi des femmes toucher, tripoter allègrement ces pagnes. Nous ne pouvons accepter que sous le prétexte de la valorisation de notre culture qu’on désacralise notre culte », nous a craché un initié en colère.

Le musée s’est hâté de publier un communiqué pour « partager quelques éléments du contexte afin d’éclaircir plusieurs fausses affirmations ». Le texte précise que « Le musée vodou est porté par une association à but non lucratif, de ce fait elle ne fait aucun bénéfice. Le musée se donne pour mission de valoriser, conserver et protéger un patrimoine de l’humanité ». Il poursuit que « Toute l’équipe du musée fait de son mieux, au quotidien, pour mettre en avant ce patrimoine en le respectant. Il n’est pas question ici d’appropriation (…) Nous essayons humblement de partager ce riche patrimoine auprès de nos publics et de casser les clichés qui existent autour du vodou, clichés construits historiquement par les campagnes colonisatrices et évangélisatrices, nous en sommes tout à fait conscients », a-t-il tenter de rassurer.

Origine des objets

Les tenues sacrées d’Egungun ainsi détenues au musée français ne peuvent que provenir de l’Afrique de l’Ouest (Bénin-Nigeria). Comment se sont-elles retrouvées en France à l’heure où le gouvernement Talon travaille à la restitution du patrimoine culturel pillé par les colons ? « On dit qu’il ne faut pas regarder l’endroit où on est tombé mais là où on a trébuché. Ces pagnes n’ont pas atterri en France par magie. Il a bien fallu que des affamés, des malheureux parmi les nôtres, pour quelques subsides aient vendu ces pagnes ou en aient cousu pour ce musée. Quand des personnes qui ne sont concernées ni de près ni de loin par le culte, quand des initiés pour quelques francs désacralisent le culte on ne peut qu’avoir ce résultat. Et je suis sûr que parmi les membres de ce musée il se trouvera un africain si possible un Béninois », a condamné un gestionnaire du patrimoine. De son côté, le musée français explique que « Les objets présents au musée proviennent d’une collection privée, appartenant à Marc et Marie Luce Arbogast, et dont les pièces ont été acquises ou données : aucune d’entre elles n’a été pillée ou volée ». Et de confirmer que « plusieurs initiés sont dans notre équipe » et que « Ces objets autrefois sacrés sont devenus, du fait de leur contexte muséal, désacralisés ».

Vigilance ?

De plus en plus, les Blancs se ruent dans les couvents au Bénin. Ils s’initient au Vodun et à tout. Le doctorant en sociologie Fidèle Ballo Guèdè s’insurge contre ce laisser-aller. Il redoute que cette ouverture soit à nouveau fatale à l’Afrique comme par le passé. « Lorsque les européens mesquins comme à leurs habitudes ont volé des formules dans les temples égyptiens, ils en ont fait quoi ? Rien que des armes de destructions massives », a-t-il rappelé. Il invite alors à la vigilance. « Ni anti ni pro-Blancs. Méfions-nous simplement de ce qu’on vend ou laisse à la portée des autres. Il est possible que certaines choses ne nous reviennent plus jamais. A-t-on des musées dédiés à Bouddha, Confucius et que sais-je encore en Europe ? Soyons parfois conservateurs à l’extrême quand il s’agit de quelques pans de nos cultures. Vendre les attributs du Vodun est tout aussi dangereux que vendre directement le Vodun lui-même ou permettre à des tierces d’en être les promoteurs en notre nom. C’est comme laisser les autres être des dépositaires de notre fortune ou d’une partie de notre héritage. A quoi nous servira finalement le sacré du Vodoun ? D’ornement ! A quoi ça nous a servi d’être les auteurs authentiques des pièces vendues, pillées ou arrachées ? », interroge-t-il

 

Laisser un commentaire

Top