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Colloque scientifique « 10 janvier : et Après ? » : Repositionner le Vodun au centre du développement

Du mercredi 19 au vendredi 21 janvier prochain, l’Université d’Abomey-Calavi abritera le colloque scientifique international ‘’10 janvier : et après ?’’ sur le thème « Le Vodùn dans un monde en mutation : De la prétention cartésienne à la rationalité mantique ». Dr Coovi Raymond Assogba, le président du comité d’organisation en a dévoilé la vision et les grandes articulations à la presse lors d’une conférence de presse à l’Uac, lundi 17 janvier.

Par Sêmèvo Bonaventure AGBON

Trois jours de rencontre, plus d’une trentaine de communications au programme. Quatre universités ouest-africaines seront présentes à travers leurs enseignants, à savoir l’Université Abdou Moumouni de Niamey (Niger), Université Joseph Ki Zerbo (Burkina-Faso), Université de Lomé (Togo) et l’Université d’Abomey-Calavi (Bénin). La communication inaugurale est intitulée « Le Bénin, pays Vodùn ». Elle sera donnée par l’historien des religions, le Prof. Jérôme Alladayè auteur de l’ouvrage ‘’Le Catholicisme au pays du Vodun’’, paru à Cotonou aux Editions du Flamboyant, en 2003.

Toutes les communications se feront en plénière. Elles sont réparties en axes dont les principaux sont intitulés « Les danses et rythmes dans les pensées mantiques » ; « La syntaxe politique de la gouvernance dans les territoires du Vodun » ; « Les églises, les mosquées, les spiritualités et les vécus dans la pensée mantique » ; « Les logiques politiques mantiques face à l’évolution » ; « Des processus démocratiques en Afrique : statut et rôle des chefs traditionnels » ; « La femme dans les pensées mantiques en Afrique » ; « L’éducation dans les pensées mantiques » ; et « Le développement prospectif en contexte Vodun ».

Parrainé par l’École doctorale pluridisciplinaire-Espace, Culture et Développement- de l’Uac, le colloque est organisé par le Laboratoire de Boologie et de l’Intégral du Développement (LaBooID) en association avec d’autres structures et surtout les « animateurs du Vodun » que sont les Hounnongan, Bokonon, Tanyinon et Vodunnon. Il vise à repositionner le Vodun au centre du développement comme au temps précolonial. « Or, le Vodùn a fait de nos ancêtres des guerriers de la réflexion, de la planification et de la créativité. Pendant 98 ans en 1992, les forces sociales du vodùn ont été écartées de la gestion de l’espace de vie du peuple du vodùn, sous le prétexte que l’avenir pour nous est d’imiter les puissances… », a déploré Dr Raymond Assogba. Conséquence, à chaque fois toutes les mutations se sont soldées par l’échec, le désenchantement. « À chaque mutation, les puissances militaires, les puissances économiques, aujourd’hui, les puissances financières ont imposé une forme de gestion dite cartésienne : ce qui répond aux besoins des autres et non des nôtres. Ce que nos dirigeants ont toujours imité !», a-t-il noté.

Mais, il y a, au Bénin, une évolution, une prise de conscience, a relevé le conférencier. Ce qu’il a illustré par l’institution de la journée du « 10 Janvier », la reconnaissance des chefferies traditionnelles dans la Constitution révisée du 7 novembre 2019 avec la reconnaissance de la médecine traditionnelle, « Une problématique épistémologique se greffe à toutes ces actions politiques de promotion du Vodùn, non pas comme religion, mais comme une pensée de conviction, d’organisation et de créativité ! », a-t-il déduit. Les échanges lors de ce colloque vont restaurer « la rationalité du vodùn », en créant « un pont, une route entre les scientifiques (assistant, maître assistant, maître de Conférences et professeur titulaire, élèves et les étudiants) et les penseurs de vodùn (Hùnnɔ, Bokɔnɔ, et Tannyinnɔ et aussi les vodùnsi) ». Ce qui permettra de réhabiliter le Vodun comme une pensée de développement qu’une « religion traditionnelle. « A l’issue du colloque, on va arriver à la nécessité de corriger l’énoncé « religion traditionnelle », « chef traditionnel » pour remettre à l’endroit la légitimité épistémologique de fonder dans les langues nationales une juste expression de vodùn, et de son ordre social, politique et économique, etc. »

Valeurs endogènes

L’École doctorale pluridisciplinaire-Espace, Culture et Développement (Edp/Ecd) y croit aussi. Son directeur, Pr Placide Cledjo a découvert les vertus développementalistes du Vodun à l’issue de plusieurs travaux scientifiques. Il a, entre autres, évoqué les domaines de la climatologie et de l’éducation. « Le but de l’École doctorale sur le plan scientifique c’est d’encourager tout ce qui est endogène. Nos valeurs endogènes, nous devons les faire ressortir. Nous avons beaucoup de valeurs endogènes qu’il faut vraiment fouiller et voir ce qui s’y cache. La colonisation a déformé certaines choses ; nous, scientifiques africains sommes les seuls à pouvoir faire ressortir ces valeurs. C’est pour cela que l’Edp parraine cet événement. J’ai écrit des articles sur les vertus éducatives des couvents vodun par exemple. Dans les couvents il y a des recettes qui nous aident beaucoup. L’exemple que j’avais donné au niveau de l’article, c’est les aide-mémoires. Ça fait près de 20 ans qu’on apprend l’anglais et qu’on n’a jamais maitrisée. Mais lorsque vous entrez au couvent, vous faites trois mois, une langue que vous n’avez pas connue vous la maitrisez et la parlez sans problème. Ça veut dire que quelque chose se passe. Il faut fouiller pour voir ce que nous avons comme valeur endogène que nous allons exploiter pour le développement de la nation », a-t-il soutenu lors de la conférence. « Est-ce que c’est seulement le 10 janvier qu’on va se réunir et parler de la fête du Vodun ? Après qu’est-ce qui va se passer ? C’est surtout sur le plan scientifique que nous voulons vraiment fouiller », a-t-il enfin recadré. Au vice-président du comité d’organisation, professeur Ferdinand Kpohoué‚ de déplorer que « notre sens de réflexion a été détourné ». Ses voyages lui ont permis de constater qu’ailleurs, le Vodun suscite beaucoup d’intérêt pendant qu’ici, nous travaillons à le vilipender ; alors que « le développement de notre pays peut partir simplement de là ».

Les résultats du colloque serviront d’axe de recherche.

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