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Commune de Sakété : Quand le ”Oro” défie les interdictions

L’interdiction de la fête culturelle de Oro pour raison de Covid-19 n’a pas pour autant confiné cette divinité dans ses couvents dans la commune de Sakété. La confusion induite par les voix discordantes du maire et du préfet, ont finalement profité aux adeptes et dignitaires intransigeants sur la tenue des festivités. Mis devant le fait accompli, ces derniers révisent leurs positions et essaient désormais d’appeler au respect des mesures sanitaires.

Par Raymond FALADE

A Sakété les populations sont si habituées et les dignitaires sont foncièrement attachés au culte Oro qu’il est impensable de voir une célébration annuelle reportée pour quelque motif que ce soit. En interdisant la fête cette année, le maire dont la décision n’a pas eu son effet s’est rendu compte de cette réalité. Finalement, c’est la posture d’encadrement adoptée par le préfet qui s’est avérée la meilleure formule. Le contraire était peu probable en ce sens que dans la conscience collective de cette région, reporter les festivités expose à des malédictions.

Suite à la fermeture diurne dans certaines communes du département, le préfet du plateau Valère Setonnougbo a réagi à propos de la célébration de l’édition 2020 de la fête du culte Oro. ‹‹Nous n’avons pas interdit le culte Oro dans le département du plateau sauf dans l’arrondissement de Pobè centre que ça été interdit›› a clarifié le préfet.

Selon le préfet du département du plateau, il a demandé juste que la célébration soit faite dans la plus grande sobriété dans les autres communes compte tenu de la situation sanitaire marquée par la pandémie de Covid-19. À l’en croire, la décision a été prise de commun accord avec les dignitaires de la divinité oro dudit département. L’objectif, poursuit-il, est de permettre aux enfants qui sont restés à la maison pour des raisons liées à la pandémie du coronavirus, de continuer les activités académiques normalement pendant la période de cette fête culturelle. Aussi ajoute-t-il que c’est dans la journée qu’il y a des manifestations gigantesques, ce qui est en déphasage avec les dispositions prises par le gouvernement pour limiter la propagation du Covid-19. Abordant le cas de Sakété, le préfet a indiqué que ce sont les dignitaires eux-mêmes qui ont demandé au maire de prendre un arrêté pour suspendre la célébration cette année. Car rapporte-t-il, cela les protègerait au cas où ‹‹les délinquants vont se mêler››. Selon Valère Setonnougbo, les dignitaires oro auraient dit que ce ne sont pas eux qui ont fermé. C’est le cas de Ikpinlè où le jour il y a eu fermeture diurne, les dignitaires de oro se sont réunis avec les commissaires, les chefs de village et les parents d’élèves pour gongonner et demander à la population de vaquer normalement à leurs occupations. Malheureusement, les populations étant déjà habituées à la période où quand oro sort, elles restent chez elles. Pour le préfet, ‹‹même s’il y a fermeture du jour, l’essentiel est qu’il n’y ait pas une manifestation festive devant drainer du monde ››. ‹‹C’est ça la vrai réalité en interdisant la fermeture diurne›› a-t-il insisté. Il a toutefois regretté que les enfants soient contraints à la maison pendant cette période de fête de oro malgré le temps déjà perdu pour raison du coronavirus.

Le préfet et les maires trahis par certains dignitaires ?

Pour plusieurs observateurs, le préfet et les maires ont été trahis par certains dignitaires. ‹‹C’est le cas de la commune de Sakété où ils ont poussé le maire à prendre un arrêté pour suspendre la fête et dans le même temps, ils ont commis des jeunes pour aller lancer les activités au niveau des forêts sacrées›› a confié un fils de la localité. En effet, quelques jours après le lancement des festivités, les mêmes dignitaires qui ont demandé la suspension de la fête ayant constaté que malgré la décision du maire, la fête se déroule sans anicroche, ont réintroduit une nouvelle lettre, demandant au maire de Sakété de les autoriser la reprise des festivités. Sur cette nouvelle demande, le maire Nestor Idohou a du convoquer un conseil extraordinaire le vendredi 28 août pour décider de la conduite à tenir. À l’issue de cette réunion et conformément à la décision du conseil communal, le maire a dit ne ‹‹pas pouvoir donner une suite favorable à cette requête››.
Toutefois, il a invité les dignitaires à ‹‹respecter les prescriptions liées à la pandémie du coronavirus et à une bonne rentrée scolaire›› pour la célébration déjà en cours tout en leur rassurant de sa disponibilité à les accompagner pour les prochaines fêtes du culte Oro.
La fête du culte oro a démarré depuis le dimanche 23 août dernier et se poursuit jusqu’au au 9 septembre où aura lieu la dernière fermeture diurne dénommée ‹‹Èta dogoun››. Au cours des 17 jours de célébration de la divinité Oro, trois à quatre jours sont déclarés jours fermés selon les localités. Pendant ces jours, les femmes et le hommes non initiés restent enfermés à la maison même dans la journée. Au dehors, les initiés font des sacrifices pour conjurer les mauvais sorts et les mauvais esprits des localités concernées pour que la paix règne.

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