Vous êtes ici
Accueil > Actualité > Quand les veillées de contes éveillaient encore les âmes !

Quand les veillées de contes éveillaient encore les âmes !

[CONTRIBUTION] Le conte a‚ en Afrique‚ valeur d’école. S’il est vrai que le continent africain n’avait pas vraiment connu l’écriture, il est aussi vrai que cela ne l’a nullement empêché d’avoir un passé, je voudrais dire une histoire.

Comme le disait le maître Thierno Bokar‚ précepteur de Amadou Hampâté Bâ‚ «l’écriture est une chose, le savoir en est une autre. L’écriture est la photographie du savoir‚ mais elle n’est pas le savoir lui-même. Le savoir est une lumière qui est en l’homme. Il est l’héritage de tout ce que les ancêtres ont pu connaître et qu’ils nous ont transmis en germe‚ tout comme le baobab est contenu en puissance dans sa graine».

Le fait de n’avoir pas d’écriture n’a jamais privé les Africains de transmettre leurs savoirs à la génération montante.

 

LIRE AUSSI: Quand la nuit était… interdits !

 

Le conte, nous le savons, appartient à la littérature orale. Cette littérature dite orale est le bel usage du langage non écrit ou de la parole pour montrer ou exprimer un ensemble de faits de culture ou de préoccupations esthétiques. Le conte est un récit imaginaire qui développe, dans un but didactique ou ludique, des thèmes variés montés autour des personnages de toutes sortes. Il peut s’agir des personnages animaux et/ou humains. Le conte instruit à travers des personnages humains‚ tout comme des personnages animaux.

La Fontaine disait : «Tout parle, en mon ouvrage‚ et même les poissons». Il va plus loin, en affirmant : «Je me sers d’animaux pour instruire les hommes». Et ses nombreuses fables le confirment si bien. À travers la fable “La cigale et la fourmi”‚ il a fustigé la paresse, la mendicité….. On ne sort jamais de la cuisine du conte sans être régalé et rassasié de leçons de morale. Bernard Dadié, à travers son conte Le pagne noir‚ nous enseigne qu’on ne maltraite pas l’orphelin sans s’attirer le courroux des dieux et celui de sa mère. Quant à Raoufou Mama, il distille, toujours par le truchement de ses contes, des jets de morale . Le conte “l’enfant dont on n’avait pas voulu” de son recueil‚ Pourquoi le bouc sent mauvais et autres contes du Bénin, par exemple nous relate l’histoire d’un enfant nommé Hangnan-Hangnan-Gban qui est né très vilain. Son père‚ le Roi‚ ne voulant pas supporter cette infamie, l’a fait abandonner dans la jungle par ses gardes. Pourtant‚ c’est cet enfant qui finira par sauver son royaume de la main de l’ennemi. Ce conte nous rappelle un vieux chant fon dont le refrain dit : « Il n’est pas de dépotoir où l’on puisse jeter les enfants indésirables. Quels que soient les enfants qu’il vous est donné d’avoir, vous devez les garder». Un enfant, quelle que soit sa laideur, doit être toujours apprécié en tant qu’être humain. Avec Jean Pliya, dans La fille têtue, on comprend également que la transgression des lois traditionnelles ne reste pas impunie.

Le conte est une sphère d’éthique et de morale. C’est pourquoi, à travers les contes, les personnages vertueux sont toujours récompensés et les mauvais sanctionnés.

Après un labeur‚ les enfants se regroupent le soir autour des personnes âgées, vieillards, griots sous l’arbre à palabre pour écouter des récits, des histoires de chasse des temps immémoriaux. Cela les prépare pour la vie, l’avenir. Il n’y a d’ailleurs pas de futur sans culture.

Le conte est donc une mise en garde contre les travers humains. C’est un code de bonne conduite. Il est la première école des Africains et occupe une place de choix dans la littérature africaine. Il participe à l’épanouissement et au développement de l’intelligence de l’enfant. C’est d’ailleurs un genre mixte dans lequel chants, proverbes, danses entrent en jeu. Tous ces autres genres constituent des archives pour le passé. Le conte renseigne sur l’histoire du monde, des hommes et des relations entre les communautés.

Après un labeur‚ les enfants se regroupent le soir autour des personnes âgées, vieillards, griots sous l’arbre à palabre pour écouter des récits, des histoires de chasse des temps immémoriaux. Cela les prépare pour la vie, l’avenir. Il n’y a d’ailleurs pas de futur sans culture. Nos parents sont si organisés que les contes ne se font que dans la soirée. La journée est consacrée aux travaux champêtres. Cela décourage la paresse chez les jeunes. Les leçons tirées à l’issue des contes à eux racontés les forment, les transforment. Le conte, comme le dit Amadou Hampâté Bâ‚ est un message d’hier adressé à aujourd’hui. J’ajoute que c’est une connaissance transmise de bouche à l’oreille et de génération en génération.

Mais aujourd’hui, cette connaissance s’étiole. Les jeunes ont pris d’assaut les villes et les vieillards ne trouvent plus à qui transmettre les savoirs dont ils sont détenteurs. Alors que quand il y a rupture de transmission, ces vieillards meurent avec toutes leurs connaissances qui s’en vont avec eux enfouies dans la nuit. Le conte rapproche les enfants des réalités socio-culturelles de leur milieu. Et l’enfant, qui intègre les réalités de chez lui, fera des merveilles à l’école. Le conte rapproche l’enfant de son environnement. Il assimile facilement l’histoire de son pays à travers ce genre. Il développe aussi des facilités d’expression. Le conte a une fonction exutoire; il nous permet donc de nous débarrasser de nos soucis , de nos difficultés de l’heure. Il a une fonction éducationnelle; il enseigne et instruit. Il a également une fonction ludique, c’est à dire qu’il distrait, divertit.

L’Afrique est à une patte-d’oie. Il lui faut donc assurer son métissage culturel. L’invasion des mass médias (l’internet, la radio, la télévision…) en est pour quelque chose. Aussi, les centres d’initiation ont disparu. En outre, l’éloignement des enfants de leurs familles porte préjudice à la sauvegarde de ces récits hagiographiques. Les vieillards ne trouvent plus à qui confier les secrets du passé. Le temps‚ la défaillance de la mémoire et parfois le manque d’impartialité jouent de mauvais tours aux conteurs.

Plus loin, le brassage culturel a entraîné de profondes mutations dans le comportement des Africains. Le grand nombre brille déjà dans l’extraversion. Cette situation crée chez l’Africain le problème d’altérité, du dualisme culturel . Nous devons retourner aux valeurs anciennes, aux principes anciens qui feront de l’Afrique un continent grand . Nous reconnaissons que tout n’est pas fleuri dans notre tradition. L’école étrangère nous a presque détruits. Ne donnons plus raison à Seydou Badian qui s’écriait : «Les Européens ont tout brisé en nous ; oui, toutes les valeurs qui auraient pu faire de nous des continuateurs de nos pères… L’école nous a orientés vers le monde européen…»

Pérennisons ce qui est potable, conservable chez nous et qui peut nous révéler à l’échelle mondiale. Et là‚ les gardiens du temple (chefs traditionnels, griots, promoteurs culturels, les gouvernants‚ etc.) ont un rôle à jouer. Le passé servira de tremplin pour l’avenir. Si l’Afrique a quelque chose de plus cher, précieux à vendre , c’est sa culture.

 

LIRE AUSSI: Traditions : Les gardiens de la fidélité conjugale chez la femme

 

Enfin, les contes regorgent d’assez de trésors. Riches de par leur diversité , ils constituent un véritable moule de littérature africaine au clair de la lune. Ils nous font voyager dans un monde imaginaire et nous permettent de nous évader.

 

Conte -Chidiaque Guezo
Par Chidiaque Guezo‚ enseignant de Lettres et journaliste culturel.

 

Laisser un commentaire

Top