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Coronavirus : Cuisant effondrement des « salutations modernes »

Traitées de rétrogrades ou ‘’villageoises’’ la plupart des valeurs et habitudes de l’Afrique ancienne sont purement et simplement abandonnées au profit des habitudes importées jugées « civilisées ». Dans ce registre, figurent de nouvelles manières de se saluer mais qui sont classées à risque par ces temps de coronavirus.

Par Sêmèvo B. AGBON

« On ne se serre plus les mains, mais on se coude », oppose un jeune à son ami qui lui tendait les mains. Le coronavirus trouble plus que jamais les rapports sociaux. Au regard des modes de contaminations, une rigoureuse limitation des contacts (non protégés) est conseillée. Les accolades, les bises et bisous, les baisemains ou encore se cogner le front ne sont donc plus encouragés.

Ce bouleversement social induit par le coronavirus traduit, selon le professeur Raymond Assogba, socio-anthropologue et boologue l’échec de la globalisation. Au nom d’elle, critique-t-il, « les grandes puissances sous le couvert de l’Onu se sont substituées aux gouvernements des pays africains pour imposer les modes d’existence occidentaux avec la promotion du cadre juridique de vie dans ces pays ». Du fait de l’influence de l’école, de la colonisation et de la télévision, « beaucoup de jeunes trouvent humiliant d’adopter les manières anciennes de salutation », déplore-t-il.

En Afrique, la salutation consistait en un ensemble codifié de gestes accompagnés de formules qui varient en fonction du temps, de la situation et de la personne à laquelle elle s’adresse. Ainsi, une femme qui salue un ‘’Dah’’ s’agenouillera devant lui et prononcera les formules d’usage. « Avant la mondialisation, la règle de salutation était émotionnelle d’abord, par l’humilité de baisser les yeux devant l’autorité politique et familiale ; et physique ensuite : « mon ju ba » ou tendre verticalement le corps physique sur le sol, le corps reposant sur les deux mains et la pointe des pieds, ou s’incliner en genoux-flexion ; différente positions du corps humain étaient utilisées selon la norme culturelle de la civilisation de l’igname ou Cedeao, pour marquer la joie et le respect au cours d’une rencontre », détaille Raymond Assogba, lors d’une conférence de presse sur « Les boo-technologies à l’épreuve des pandémies de la globalisation » , jeudi 2 avril à l’Université d’Abomey-Calavi.

« La salutation, dans l’Afrique ancienne est « un signe très fort ; c’est le symbole de la relation et la cohésion sociale. En effet, elle traduit le respect que l’on a pour une personne âgée ou un aîné. Se saluer signifie qu’on a de l’amour les uns pour les autres. Elle traduit l’entraide qu’on a envers l’autre, la fraternité, la reconnaissance en tant qu’homme, comme soi. De plus se saluer, c’est se souhaiter le bonheur individuellement et collectivement. Par exemple, lorsqu’on fait la bagarre avec autrui, on ne le salue pas. Mais lorsqu’on recommence à se saluer, cela signifie qu’il y a eu réconciliation, que la bagarre est terminée. C’est un signe de la joie, de la vie et de la solidarité que de se saluer », renchérit Ignace Sangaré dans son mémoire consacré à la thématique au niveau des Dioula de Darsalamy au Burkina Faso.

De plus de privilégier les sentiments, la salutation à l’africaine permet d’observer un écart raisonnable entre les sujets, fait observer Raymond Assogba. Un tel mode de salutation est donc important dans ce contexte de la pandémie du coronavirus.  « Nous pensons que ce temps de pandémie est une existence historique pour nous, de renouer avec les règles ‘’ankhcestrales’’. Il faut contracculturer l’échec de la mondialisation et renouer avec les valeurs de nos sociétés », conclu-t-il.

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