Vous êtes ici
Accueil > Actualité > Dah Milonon Glèlè II, président de l’Adfat : « Le bilan du ‘’10 janvier’’ est très satisfaisant »

Dah Milonon Glèlè II, président de l’Adfat : « Le bilan du ‘’10 janvier’’ est très satisfaisant »

Au-delà des traditionnelles parades lors du « 10 janvier », cette journée revêt un sens bien plus profond. Dah Milonon Glèlè II, président de l’Association des dignitaires de Fâ et des tradithérapeutes (Adfat) en parle et fait le bilan des 27 ans de célébration. Il répond surtout aux détracteurs de cette fête.

Propos recueillis par Sêmèvo Bonaventure AGBON

 

Bénin Intelligent : Quel doit être le sens de la fête du « 10 janvier » ?

Dah Milonon Glèlè II : Le 10 janvier est une journée pour commémorer les mânes de nos ancêtres et pour honorer les divinités à qui sont toujours offerts des rituels. Depuis l’organisation du Symposium Ouidah 92 au temps du président Soglo, le 10 janvier est une journée nationale des religions traditionnelles, mais nous en sommes à la 27ème édition puisque la fête a officiellement commencé en 1995.

En 27 ans de célébration, quel bilan peut-on faire ?

Le bilan est très satisfaisant en ce sens que le 10 janvier est un encouragement que le président Soglo a donné aux dignitaires Vodun à travers cette fête. Au temps de la révolution, les adeptes vodun étaient assimilés à la sorcellerie. Beaucoup d’arbre ont été abattus. L’institution du 10 janvier vient protéger et rassurer les dignitaires vodun. C’est pourquoi tout le monde prie encore pour le président Soglo. Les mânes de nos ancêtres vont lui donner plus de longévité.
Chaque gouvernement a sa manière de promouvoir cette fête. Au temps du président Yayi, de l’argent était donné aux dignitaires. Ce qui a malheureusement contribué à la prolifération des Hounnon autoproclamés qui ne visent qu’à avoir leur part de ces appuis financiers. L’actuel chef de l’État a contribué à la restitution des patrimoines de l’ancien royaume d’Abomey. C’est aussi un encouragement à cette fête. Nous avons reçu plusieurs européens, d’autres se sont aussi annoncés dans le cadre de cette célébration. Tout ce monde qui vient pour le tourisme religieux, c’est une richesse pour le pays.
Toutefois, pour aller au bout dans la promotion et la révélation de nos richesses ancestrales, d’autres journées doivent être accordées ; par exemple une journée du Fâ, une autre pour la médecine traditionnelle, pour donner plus de valeur aux savoirs endogènes.

D’autres disent que la date du 10 janvier ne convient pas véritablement.

Une journée fériée, vous savez combien de francs le gouvernement perd. Même si je suis musulman ou chrétien je n’irai pas au travail. Ça c’est déjà une preuve qu’on s’est rappelé des mânes de nos ancêtres.
Le 10 janvier sur le plan spirituel est une journée du vodun Sakpata. Ce que je vais vous rappeler, les œuvres d’art du royaume d’Abomey que les soldats français ont emportées sont revenues au bercail un 10 novembre qui est encore un jour de Sakpata. Je vous parle sur le plan spirituel. Or toutes les divinités sont installées sur quoi ? sur la terre. Donc cette journée est bien appropriée.

Initiez-vous les touristes européens au Vodun ? Si oui, est-ce normal ?

Ceux-là détiennent à plus de 90% nos œuvres d’art voire rituelles. Jadis, ils ont contraint les dignitaires à leur dévoiler certains secrets. Soit tu dis la vérité (on essaie de le vérifier) ou on te tue. Beaucoup de documents comportant les réalités de nos ancêtres sont imprimés à Paris. Ils connaissent donc beaucoup de nos réalités. On ne parlerait plus d’initiation, moi je n’en fais pas d’ailleurs. Mais on peut leur parler de nos réalités. Les œuvres qui sont ramenées, pouvons-nous encore les utiliser comme avant, ou même comme les Blancs ? Quand on achète un appareil, il y a la notice à côté. Est-ce qu’ils ont remis les notices ? Ils ont les notices de nos œuvres qu’ils n’ont pas restituées.
C’est après les résistances que nos rois s’étaient réveillés. Si les églises et mosquées avaient été autorisées au Danxomè, la pensée derrière c’était que nos enfants aillent chez ceux qui les ont apportées pour ramener leurs réalités, leurs secrets. Nos rois n’avaient pas envoyé leurs enfants là-bas pour qu’ils laissent la tradition. Ils les ont envoyés percer le christianisme ou l’islam si c’est eux qui font réellement la puissance des colonisateurs, puisqu’ils ont pu prendre le royaume.
Nous ne sommes pas là pour initier les européens mais vous devez savoir qu’ils ont beaucoup de connaissances sur nos réalités.

Après Noël et le nouvel an, il est de constat que les “Hounsintô” n’ont plus les moyens pour célébrer le 10 janvier avec faste.

Avons-nous besoin d’assez de moyens pour célébrer le 10 janvier ? C’est une journée qui sur le plan spirituel, a son sens. Quand quelque chose, sur le plan spirituel, a un sens, on garde cela chaque jour. On peut penser déplacer le 10 janvier en février ou sur un autre mois. Mais le 10 janvier est une journée du Vodun Sakpata ; il faut vénérer les mânes de nos ancêtres au début d’une nouvelle année pour que la prospérité soit à notre portée. Mais si nous commençons par faire autre chose d’abord avant l’avènement de cette fête pouvons-nous encore soumettre nos doléances et prières à ces entités ? C’est en janvier qu’il faut préparer, faire ses projets de la nouvelle année. Après, on les soumet à ces divinités pour qu’elles nous accompagnent. Ainsi, si tes vœux du 10 janvier 2021 sont réalisés et que le 10 janvier 2022 tu vas témoigner tes reconnaissances aux divinités, vas-tu me dire qu’à cause de Noël ou du nouvel an, tu ne pourras plus tenir tes promesses ?
Pour nous, fêter le 10 janvier ce n’est pas envahir les bars et restaurants pour se gaver de boissons. Le 10 janvier c’est une journée de prière, d’invocation des ancêtres.

Certains objectent que le 10 janvier n’est rattaché à aucune date glorieuse du Vodun.

Ils ont limité leur savoir. Ils devraient faire d’autres recherches. Si nous sommes vodouisants nous devons faire recours au Fâ. Le Vodun ne peut rien faire sans le Fâ et la médecine traditionnelle. Ceux qui disent que le « 10 janvier » n’est rattaché à rien, ont-ils assisté au Symposium de Ouidah 92 ? et qu’est-ce que les dignitaires de ces temps tels que les Daagbo Hounon et Sossa Guèdèhounguè, en avaient dit ? C’est une date choisie sur consultation du Fâ. Ce n’est pas le gouvernement qui l’a choisie. On ne peut pas se lever aujourd’hui pour nous donner une contradiction.

Merci.

Laisser un commentaire

Top