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Dako Donou, 1er roi du Danxomè : La Cour de Houawé persiste‚ « il y a une velléité de nier une histoire de plus de 300 ans »

Depuis janvier 2020, les manifestations entrant dans le cadre de la commémoration des quatre cents ans de l’accession au trône du roi Dako Donou ont commencé au palais royal de Houawé Djotin. Le comité d’organisation ne peut rester indifférent à la polémique qui enfle au sujet du tableau exposé au palais de la Marina dans le cadre de l’exposition « Art du Bénin d’hier et d’aujourd’hui : de la Restitution à la Révélation » et qui attribue à Dako Donou un statut de « chef précurseur » à ce roi. Dans cet entretien, un membre dudit comité persiste et signe sous anonymat que Dako Donou est et demeure le tout premier roi du Danxomè.

Propos recueillis par Sêmèvo Bonaventure AGBON

 

Un tableau présentant la succession dans le royaume du Danxomè place Dako Donou dans la catégorie des « chefs précurseurs ». La cour royale de Houawé Djotin a élevé une protestation. Selon vous, y a-t-il scandale ?

Je vous remercie pour votre question et surtout pour votre intérêt à éclairer la lanterne de vos lecteurs et au-delà celle de tout le peuple béninois sur cette question. Je ne peux pas dire s’il y a scandale ou pas. D’ailleurs le communiqué royal n’a nulle part indiqué ce nom.

Mais toute prudence observée et toute proportion gardée, je puis vous assurer qu’il y a méprise, il y une velléité de nier une histoire de plus de 300 ans sans discontinuer. Une tendance à remettre en cause tous les faits historiques connus, prouvés, documentés et même enseignés à ce jour. Il y a un risque de négation, d’effacement de la mémoire collective si rien n’est fait. Cantonner le roi Dako Donou, premier roi de Houawé-Djotin, localité des Guédévis, des Agassouvis, géniteur de Hounsou Hounsou dont on connait le lien avec Zomadonou, dans un statut de Chef précurseur, sans aucun attribut ni emblème me semble gravissime pour moi qui ai passé ces dernières années à parcourir, musées, ouvrages, lieux de cultes et localités des hauts faits historiques qui ont marqué l’histoire du Danxomè. Hier encore, j’étais dans le lieu sacro-saint à Houègbo Agon où reposent les premiers ancêtres de tous les souverains qui ont migré d’Adja Tado et ont réglé leur différend à Houègbo avant que certains ne prennent la direction du Sud pour refonder le trône d’Allada et créer celui de Porto-Novo et d’autres en l’occurrence Dako Donou ne remonte pour créer finalement Houawé-Djotin première organisation royale qui engendra Danxomè sous le Roi Akaba, après le règne de Houegbadja. Cela dit, l’histoire d’une localité surtout guerrière et royale est une histoire plurielle. J’ai entendu l’existence d’autres versions et interprétations. Il reste que les sachant ainsi que les universitaires tous bords réunis fassent établir la vérité historique.

Quel devrait donc être le statut de Dako Donou sur ce tableau ?

Si le tableau est intitulé « Rois et Reine du Danhomé », la place qui revient historiquement, chronologiquement et légitimement à Dako Donou est celle de premier Roi des Fon, des Guédévi. Par extension, on dira de Danxomè. Il est vrai qu’il a installé son palais à Houawé Djotin. Il est vrai qu’il a banni son fils à cause de son inconduite. Il est vrai qu’il a repris son fils suite à la bravoure dont il s’est rendu auteur en lui apportant la preuve de la mort de son pire ennemi. Il est vrai qu’il l’a établi comme son représentant aux confins des Guédévi (Guédévi Kponou), exactement comme il établi ses autres fils Akouna, Avognon et Gnansounou à Tindji, Adossoe et Dossou Chizoe à Koklofinta, Kpodjëhoun à Allada, Kingnadode à Glo-Dénou, Soukadja à Akassato, Minkonnonto à Missinssinto et Gbedonouzo à Houègbo. Cette organisation territoriale préfigure à ne pas douter l’organisation en canton qu’avait assurée l’administration coloniale dans les années 1900 soit trois siècles plus tard. Qu’après son règne, Akaba qui succéda à Houegbadja tua Dan et construisit sa maison dans « son ventre » pour que naisse Danxomè, peut conférer au premier d’entre eux tous le titre de 1er roi de Danxomè

En quoi concrètement « ce tableau nourrit-il des allégations divisionnistes ? » comme l’indique le communiqué du conseil royal ?

Vous n’imaginez pas toutes les passions, incompréhensions et indignations que pourraient provoquer cette indication au sein des princes et princesses du Danxomè. Les vérités et certitudes déjà établies et connues depuis des siècles sont remises en cause. Le risque de division des enfants d’une même lignée, celle des Agassouvi est grand.

Le conseil royal a surtout appelé, à propos du tableau, à son « retrait pur et simple ou au mieux, à sa correction sans délai… » Avez-vous approchez les autorités compétentes ?

Sans trahir un secret de la Cour, je sais que diverses autorités ont été approchées par les personnes et institutions habilitées et ont porté leurs préoccupations à qui de droit.

Comment comprenez-vous qu’un tableau figurant dans une si haute exposition avec des échos au-delà des frontières nationales, puisse « tordre » le cou à l’histoire du pays ? Soupçonneriez-vous des manœuvres invisibles contre ce roi ?

Non je n’irai pas jusque là dans mon analyse. Je considère que ce tableau est une œuvre d’art comme beaucoup d’autres qui sont exposées en même temps que les 26 trésors royaux. J’imagine que son auteur a eu accès à des sources qui l’ont amené à réaliser cette œuvre. Mais je note qu’au moment où le discours officiel et la vision autour de la restitution des trésors royaux porte sur l’unité nation, le sursaut patriotique et la considération des œuvres comme un patrimoine national, cette œuvre vient diluer tous ces efforts. Surtout qu’elle a été révolutionnaire en intégrant des rois et reine comme Tassi Hangbe et Adandozan. Pourquoi donc réhabiliter les uns et effacer la mémoire d’autres ?

Dans ‘’L’histoire de mon pays le Bénin (conforme aux programmes officiels)’’ on lit qu’ « Avant sa mort, comme il n’a pas d’enfant capable de lui succéder, son neveu Aho appelé encore Houégbadja le remplace et crée le royaume d’Abomey ». De là, comment Dako Donou peut-il être le 1er roi d’un royaume plus tôt créé par son neveu ?

Comme je le disais plus haut, l’histoire d’un village n’est presque jamais unique. À plus forte raison celle d’un royaume qui a connu autant de guerres et de succès. Le Danxomè s’est étendu sur un très grand territoire. Ses histoires peuvent être plurielles. Avant la naissance de Aho, Dako Donou avait 9 enfants dont 7 hommes et deux femmes. Parmi les hommes il y a eu Wolohoun, Godotaou, Hounkponto, Atindoto, Gbodougbe, Atinganmin et Kpossou plus les deux femmes Nanoukoin, Nan Awê tous 9 issus de la même mère. Le successeur choisi par Dako Donou au trône de Houawé Djotin fut son petit-fils Abissou (du fait de sa trop grande ressemblance avec lui), lui-même fils de Hounkponto son troisième garçon.

Aho qui prit plus tard le nom de Houegbadja fut bel et bien fils de Dako Donou qu’il eut de sa troisième femme nommée Nan Akpatehou qu’il épousa chez les Awle à Atchonmin dans le quartier Saclo à Bohicon.

Le prince Aho devenu Houegbadja n’a pas créé Danxomè. L’histoire raconte que c’est Akaba. Par extension si le Danxomè s’entend comme le territoire qui part depuis les confins des Guédévi et va jusqu’à la côte, son commencement est à Houawé. On peut attribuer sa fondation au fondateur de premier palais. Mais si on veut réduire le Danxomè à Agbomè, (à l’intérieur des trous de fortification), on retiendra que son fondateur est Akaba et on le limitera à sa portion de l’intérieur des trous de fortification.

Merci.

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