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Histoire du Danxomè : “Dako Donou : Un roi, deux trônes” déconstruit des contrevérités

Dako Donou un roi deux trônes

Le professeur titulaire de socio-anthropologie religieuse Dodji Amouzouvi et le zootechnicien-agronome Blaise Dako Wégbè apportent leur contribution à la connaissance du règne du roi Dako Donou. A cet effet, ils ont lancé le samedi 23 avril à l’Université d’Abomey-Calavi (Uac), l’essai intitulé ” Dako Donou : Un roi, deux trônes. L’histoire authentique du 1er roi des Fons & Guedevis” paru cette année aux Éditions du Larred.

Par Sêmèvo Bonaventure AGBON

 

La thèse défendue dans cet ouvrage de 175 pages est celle de « Dako Donou, 1er roi des Fons & Guedevis » et troisième roi d’Allada. En ce sens, le contexte de publication n’est pas anodin. D’abord, l’essai vient en librairie au moment où une vive polémique a éclaté suite à un tableau affiché à la présidence de la République dans le cadre de l’exposition « Art du Bénin d’hier et d’aujourd’hui » et qui lui accorde le statut de « chef précurseur » du royaume de Danxomè. Ensuite, l’ouvrage se présente comme une empreinte scientifique et intellectuelle du quatre centenaire de l’accession au trône de Dako Donou.

 

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L’ambition des auteurs est de « fournir au lecteur et à l’opinion publique des renseignements et des informations nécessaires sur la vie et le règne de ce souverain unique et hors pair, qui est le seul connu à ce jour, à régner aussi bien sur le trône de Houawé (1620-1645) que sur celui d’Allada (1625-1650) » (p.17). Pour y arriver, ils ont parcouru « la route de Dako Donou », celle qui « amène sur les lieux et les circonstances de ses hauts faits historiques et héroïques ». Cet itinéraire d’une cinquantaine de localités, remonte « au commencement » avec les ancêtres Aligbonon-Agassou et Adjahoutô. Il embrasse plusieurs territoires encore intacts aujourd’hui, d’autres ont subi des déformations de prononciation. Il va d’Adja-Tado à Agbomè en passant par Allada, Dédomè, Houègbo, Zogbodomè, Tindji, Houawé, Bohicon et Savalou. Tout le Bénin du nord au sud et de l’est à l’ouest a été parcouru.

Les sources orales sont des plus exploitées dans cette biographie historique. Plus de deux cents personnes identifiées ont été écoutées, dont 51 informateurs clés. Sans oublier de « nombreux manuscrits » collectés lors des séjours sur le terrain. L’essai est par ailleurs illustré de clichés des lieux visités et des vodun (déités) témoins d’histoire et preuve d’authenticité des faits relatés.

La démarche utilisée est de « présenter dans leur forme brute des faits qu’il serait beaucoup plus facile d’opposer ou de comparer à d’autres faits afin de dégager la version la plus logique, la plus cohérente et la plus tenable ». L’objectif est de déconstruire « un certain nombre de contre-vérités intentionnellement distillées dans l’opinion depuis peu de temps par certains acteurs ou militants de l’histoire, qui tentent désespérément de s’imposer comme les seuls détenteurs de la vérité historique » (p.17).

Dans le vif du sujet

Les « bonnes choses » commencent réellement à partir de la page 21 avec le mythe fondateur des Agassouvi. Agassou est-il né de l’union de Aligbonon, fille de Ahossouho, roi de Tado avec une panthère ou plutôt à la suite d’une union entre une panthère femelle nommée Aligbonon et le roi de Tado appelé Ténou Guéssou ? Là les auteurs rapportent deux versions tout en penchant du côté de la première. Leur certitude : Landê issu de cette union, tua le prince Adja, vrai prétendant au trône de Tado et s’enfuit avec ses parents.

 

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La pérégrination va les conduire à Tôgô-Goussa, futur Allada. Lorsque Adjahoutô a disparu (il n’est pas mort et enterré) les princes vont y passer trois siècles (p.32) avant un conflit lié à la succession. Là apparaît pour la première fois le nom de Dako. Il est, lit-on, « né à Allada du père Dogbagli et de mère Nanyé-Sava. Ils l’ont prénommé Adancomè et son père le surnomma Dah-kpè (mon petit père) du fait de sa trop grande ressemblance avec son ancêtre Adjahoutô ».

Il a failli mourir dans un complot de ses frères contre lui à cause de ce qu’il disait se voir en roi dans ses songes. Sauvé par des pécheurs de Djigbéwémè, il y a trouvé refuge et y a créé son premier camp de bataille (page 34). Il retourne à Allada mener des conflits en vue de prendre le trône d’Adjahoutô. Il réussit à emporter à chaque fois plusieurs attributs sacrés.

Sur conseils de sa mère et muni de son pouvoir mystique, Dako « se dirigea plus au nord vers le pays des Guédévis…Parti avec ses parents Dogbagli et Nayé-Sava, et sa suite, il finit par fonder le royaume de Houawé-Djotin, berceau de la dynastie du Danxomè. Avant d’aller s’installer à Guédévi, Dako et ses parents ont fait plusieurs escales sur leurs parcours » (p.42). Adancomè prendra le nom de Dakpo pour exprimer l’idée selon laquele « Tel que le silex subsiste à l’émission du feu, je subsisterai ». D’où le nom Dako par suite de déformation des colons. (p.33).

Les escales observées, les batailles menées, la conquête de Guédévi, la naissance du Danxomè…les auteurs disent tout. Ils édifient également le lecteur sur la vie culturelle et cultuelle sous Dako, relatent comment il est devenu Dako Donou, donnent une liste des divinités qu’il a installées, l’organisation politico-administrative sous son règne et les familles issues de Dako et descendances. Au total, Dako Donou n’est pas un chef mais un roi, en démontrant que les trois conditions essentielles pour qu’on parle de royaume sont réunies : un territoire, une défense organisée et des institutions organisées chargées de faire fonctionner le royaume (p.151).

 

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“Dako Donou : Un roi, deux trônes” ne raconte pas seulement l’histoire. Il est riche en toponymie et anthroponymie. Il livre de précieuses informations sur le culte et le patrimoine vodun. « Il faut souligner que Aligbonon-Agassou et Adjahoutô sont les initiateurs de la religion vodun, dont le royaume en est l’épicentre au Bénin », écrivent notamment les auteurs à la page 31. Ils apprennent aussi qu’« À l’origine, la kpanlingan était donc pour le Toxiô Bossikpon. La première fois qu’on eut à l’exécuter à un être humain vivant, ce fut au souverain Dako. Il ne fut donc pas institué par Houégbadja » (p.91).

L’ouvrage selon les confidences des auteurs, est le fruit des recherches entreprises spécifiquement depuis 2018. D’autres éditions sont promises en vue d’éclairer d’autres pans de la même histoire encore flous.

 

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