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Débat sur la Jif 2019 à l’Uac : L’affirmation politique des femmes préoccupe

Dans le milieu scientifique de l’Université d’Abomey-Calavi (Uac), la Journée internationale de la femme 2019 n’a pas été l’objet de folklore. Elle a fait, au contraire, l’objet d’un débat fructueux entre des personnes averties sur la problématique de l’engagement des femmes en politique et dans les instances de décision.

Par Sêmèvo Bonaventure AGBON

Ce n’est pas une médisance : malgré leur poids démographique, les femmes sont presque absentes des instances de décision. Au Bénin, seulement 4 femmes ministres d’un gouvernement de 21 membres, soit un pourcentage de 19% ; 7 femmes députés contre 76 hommes, soit 8% de femmes ; et 3 femmes maires sur les 77, soit un pourcentage de 3,8%. Des statistiques inquiétantes fournies par Oliver Nette, ambassadeur et Chef de Délégation de l’Union européenne au Bénin dans son allocution et qui alertent sur « L’engagement des femmes en politique et dans les instances de décision ». L’Université d’Abomey-Calavi (Uac) avec le soutien de la coopération allemande (Giz) et de la Coopération Suisse, a donc bien fait de consacrer ce débat à cette thématique lors de la séance plénière de clôture du Colloque international pluridisciplinaire sur le leadership féminin et les Objectifs de développement durable (Odd) en Afrique francophone des 6, 7 et 8 mars. C’est le professeur Nassirou Arifari Bako, sociologue, député à l’Assemblée nationale et ancien ministre des Affaires étrangères du Bénin qui a eu l’honneur de présenter le sujet. Une présentation qui a fait ressortir entre autres, l’état des lieux de la situation des femmes en politique au Bénin, les dernières évolutions, les obstacles majeurs et les principaux messages. Le débat a été ensuite animé par quatre panélistes : Vicentia Boco, professeur à l’Uac et directrice générale de l’Institut national pour la promotion de la femme (Inpf), Lucie Sessinou, présidente du Réseau des femmes élues conseillères (Refec), Diane Aurore Kindji, chargée de formation au Programme Recafem-4 de la Coopération Suisse, membre fondatrice et chargée de communication de l’association “Femmes engagées pour des nominations et des élections paritaires (Fenep) et membre fondatrice du parti politique “Union progressiste”, et enfin le professeur Kpatchavi, Sociologue, et secrétaire permanent de la Commission béninoise de la Francophonie. Le professeur Ariane Djossou, experte en Genre et éducation et chef de département de philosophie de l’Uac a assuré la modération. Une séance de questions-réponses avec le public a mis fin au débat.

Intégralité de l’allocution de Oliver Nette, ambassadeur et Chef de la Délégation de l’Union européenne au Bénin

Son Excellence Madame la Ministre de l’Enseignement Supérieur et de la Recherche scientifique,

Honorable Député à l’Assemblée Nationale,

Monsieur le Recteur,

Madame la Présidente des femmes de l’Université d’Abomey-Calavi

Mesdames et Messieurs les membres du corps académique des Universités d’Abomey-Calavi et de Parakou ainsi que des universités étrangères invités au Colloque,

Mesdames, Messieurs les participants,

C’est un grand honneur pour moi que de participer à cette plénière aujourd’hui, Journée Internationale de la Femme 2019.

Au fil des ans, cette journée internationale gagne en importance et cette année, la Délégation de l’Union européenne a souhaité organiser un événement pour marquer son engagement et montrer sa présence sur cette thématique si importante.

Permettez-moi, pour commencer, de citer quelques chiffres : l’équipe gouvernementale en place au Bénin compte parmi ses 21 membres 4 femmes Ministres, soit un pourcentage de 19%. Sur l’ensemble des députés qui composent l’Assemblée nationale, il y a 76 hommes et 7 femmes, soit un pourcentage de 8% de femmes. Et au niveau local, la situation est encore moins reluisante : sur les 77 maires, seules 3 sont des femmes, soit un pourcentage de 3,8%.

Or, comme partout, la moitié de la population béninoise est composée de femmes.

Le 10 décembre dernier, cela faisait 70 ans que l’AG des NU a reconnu dans l’article 1 de la Déclaration universelle des droits de l’homme que l’homme et la femme sont égaux en droits, mais les femmes sont encore et toujours l’objet de nombreuses injustices et discriminations de par le monde.

Comment nos sociétés peuvent-elles prétendre parachever la Démocratie sans participation et représentation adéquate en politique de la moitié de sa population ?

En Europe, en Amérique latine, dans les pays du monde arabe, en Afrique, nous nous trouvons face à ce même défi, qui mine nos démocraties et notre développement : garantir une participation et une représentation égale des femmes et des hommes.

L’Europe n’a aucune leçon à donner en la matière : la représentativité féminine au sein des Parlements nationaux des États membres de l’Union européenne, est très inégale suivant les pays. Si en Suède les femmes représentent 55% des députés, en Hongrie elles ne sont que 8.8% à cohabiter avec leurs homologues masculins.

Mesdames et Messieurs, chers participants,

L’Union européenne essaie de poser des actes concrets qui puissent progressivement faire changer les choses. C’est notamment le cas dans nos projets et programmes de développement dans lesquels nous essayons de favoriser l’égalité des genres autant que possible, ce qui sera nécessairement plus évidents dans certains secteurs que dans d’autres. C’est également le cas à l’intérieur même de nos institutions où nous nous sommes imposés des quotas afin d’atteindre cette égalité tant recherchée. Des progrès sont déjà observables, notamment au niveau du middle management, mais le chemin est encore long avant d’atteindre la parfaite égalité à tous les échelons.

D’ailleurs, à ce sujet, il est évident que les questions de différenciation et d’égalité des genres sont souvent ancrées socialement et culturellement. C’est pour cela qu’il peut être parfois nécessaire de prendre un certain recul pour constater les différences et dépasser les blocages culturels quand ceux3 ci sont trop prégnants et empêchent les hommes et les femmes d’évoluer vers des rôles et responsabilités partagés dans nos sociétés.

En ce qui concerne nos préoccupations liées aux contextes politiques des pays avec lesquels nous travaillons, nous mettons en avant l’importance de soutenir les partis politiques en tant qu’acteurs clés des processus démocratiques et du développement durable. Pour l’Union européenne, promouvoir la démocratie passe ainsi désormais par le soutien au renforcement du leadership politique, notamment du leadership des femmes.

Il s’agit bien de cette question fondamentale qui a été abordée lors de certaines des sessions du Colloque organisé ces jours-ci par les Universités d’Abomey-Calavi et de Parakou et qui est au cœur de nos préoccupations : la participation accrue des femmes à la prise de décision en politique et leur influence grandissante, par le développement de leurs compétences et capacités afin de devenir des acteurs du changement.

Si le nombre de femmes parlementaires élues dans le monde entier est plus élevé que jamais il n’en reste pas moins que l’égalité reste un objectif lointain. Les femmes qui peuvent se présenter aux élections rencontrent de nombreux problèmes, vu que la société leur octroie souvent un rôle limité, et qu’elles font face à de nombreuses discriminations et stéréotypes.

Les partis politiques ont également un rôle déterminant à jouer dans ce processus car il leur revient de mobiliser et recruter davantage de femmes en leur sein, et d’assurer leur bon positionnement sur les listes électorales.

Une évolution est donc possible si des cadres juridiques appropriés sont mis en place et si la volonté politique est là pour garantir l’égalité des chances entre femmes et hommes en politique.

Le débat que nous avons tous l’honneur de pouvoir suivre dans quelques instants mettra en avant toutes ces questions et permettra de mieux cerner la situation réelle des femmes en politique et dans les instances de décision au Bénin. Il sera animé par 5 personnalités ayant chacune une vision et une expérience riche à faire partager sur le sujet.

La Délégation souhaiterait remercier tout particulièrement les panélistes qui sont à l’honneur aujourd’hui pour leur disponibilité et les féliciter pour leur engagement de longue date pour la cause des femmes en politique.

Finalement, je souhaiterais également remercier personnellement Monsieur le Recteur de l’Université d’Abomey-Calavi pour cette opportunité de collaboration que nous avons autour de ce débat.

Je vous remercie pour votre attention.

Université d’Abomey-Calavi le 8 mars 2019

 

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