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Décryptage des candidatures à la présidentielle : Opposition brisée, mouvance soudée, le genre en souffrance

Depuis minuit du jeudi 4 février 2021, l’opération d’enregistrement des dossiers de candidature à la présidentielle de 2021 a connu son épilogue. Le peuple est enfin situé sur les aspirants à la fonction présidentielle. Au total, 20 dossiers de candidatures ont été enregistrés par l’institution en charge de l’organisation des élections. Tous les dossiers reçus et désormais soumis à l’examen minutieux de la Cena n’e présentent pas la même anatomie et appellent à plusieurs observations.

Il y a d’abord, ceux qui constituent une rébellion flagrante de leurs porteurs contre le nouveau cadre juridique. Peuvent être classés dans cette catégorie, les dossiers de candidature contraires au modèle duo-candidats+16 parrains (au moins), tel que l’exige le nouveau cadre juridique régi par les dispositions de la loi n°2019-40 du 07 novembre modifiant la loi n°90-32 du 11 décembre portant Constitution de la République du Benin et celles de la loi n° 2019-43 du 15 novembre 2019 portant code électoral en République du Bénin. « Ainsi, outre les pièces habituellement requises dans les déclarations de candidatures, une des exigences de ces nouvelles lois évoquées a trait à l’institution pour toute candidature, d’un duo de Président et de Vice-Président ainsi que l’obligation faite à chaque duo de candidats d’être parrainé par un nombre de députés et/ou de maires correspondant à au moins 10% de l’ensemble des députés et des maires soit au moins 16 élus par duo de candidats », avait pourtant rappelé par le président de la Cena, Emmanuel Tiando à la veille du démarrage de l’opération. Au nombre de 6 pour ceux sans colistiers, les candidats se retrouvant dans cette catégorie, même s’ils ne sont pas d’accord avec les dernières avancées législatives, sont contraints de s’y conformer quitte à les démolir après avoir conquis le pouvoir. C’est donc amuser la galerie voire faire perdre du temps à la Cena que de déposer des dossiers en l’état sachant qu’on sera recalé ou du moins rappelés pour complément par l’institution. Un aspirant à La Marina doit pouvoir donner l’exemple du respect des textes en vigueur.

L’autre constat prégnant est relatif au genre. Deux femmes seulement figurent dans la foule clairsemée des candidats. Une seule est tête d’affiche, Reckya Madougou. Même si l’institution du duo présidentiel est une innovation introduite par la Révision constitutionnelle de novembre 2019, il reste à faire : après des décennies d’indépendance la faible représentativité politique des femmes demeure une plaie béante malgré leur poids démographique. Ce qui révèle à nouveau la mauvaise foi et le manque de volonté des partis politiques dans le bon positionnement des femmes.

Enfin, ce qui a surtout amusé et attristé à la fois durant les dernières heures de l’opération, c’est la grande fissure qui a déchiré l’opposition béninoise. Réunie à coup de tapage et d’arrogance au sein d’un Front, l’opposition avait donné l’impression d’une solidarité inébranlable face au Pouvoir de la Rupture qu’elle entend renverser. Hélas ! Ils se sont constitués en vain en un front. Un seul dossier de candidature à la présidentielle les a secoués, les a mordus, les a dispersés. Le parti Les Démocrates est allé jusqu’à se retirer du Front pour présenter en solitaire son propre duo. S’en était alors suivi l’imbroglio. Le Front a dû alors opérer une kyrielle de réajustement ou de changement de noms pour parvenir enfin à une liste. Des membres influents de l’opposition radicale sont carrément allés se constituer en duo présidentiables loin de toute formation politique.

Cette scène montre que l’opposition au Bénin demeure au fil des ans ce qu’elle est : un conglomérat, un creuset d’opportunistes nostalgiques de leurs intérêts perdus. Pire, chacun poursuit son agenda, ses intérêts. Aucune vision commune solide. La conversion, la repentance sont encore très loin. Sinon, ils auraient été capables de transcender leurs égos, leurs dissensions pour se ranger derrière un duo qui ferait le poids face à la Mouvance unie et solide derrière ses choix : Talon pour un second mandant aux côtés de Talata.

Par Sêmèvo B. AGBON

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