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Délivrance des actes sécurisés : L’Anip face à de graves accusations

Le torchon brûle entre l’Agence nationale d’identification des personnes (Anip), l’Ong Bénin diaspora assistance et la Fédération internationale des Béninois de la diaspora (FIBeD). Les deux organisations accusent l’Anip de supposées défaillances et fraude dans l’établissement des documents d’état civil, ce qui permettrait à un réseau de trafiquants d’envoyer des Béninoises dans des pays à risque du Moyen Orient « pour en faire fortune ». Une grave accusation que rejette l’Agence malgré certaines preuves.

Par Raymond FALADE

Dans un poste publié sur sa page Facebook le 26 juillet dernier, la Fédération internationale des Béninois de la diaspora (FIBeD) a dénoncé des défaillances au sein de l’administration de l’Agence nationale d’identification des personnes (Anip). Il s’agit d’un « dysfonctionnement sécuritaire au sein de l’Anip et de la Dei (Direction de l’émigration et de l’immigration) ».
En effet, « bon nombre de femmes béninoises voyagent dans les pays du Moyen Orient avec des actes de naissance falsifiés. Des dizaines de mineures livrées aux arabes à coût de million suite à la falsification de leurs actes de naissance et du truquage de leurs passeports. Par exemple au Koweït, il faut être âgé de 21 à 60 ans avant d’appliquer pour l’obtention d’un visa pour les travaux de ménage. Fort est de constater que bon nombre de citoyen des pays voisins comme le Nigeria, la Côte d’ivoire et le Togo, se servent des documents identitaires (acte de naissance et passeport) du Bénin pour se rendre au Koweït puisque le gouvernement des pays de ces derniers ont interdit que leurs citoyens voyagent vers ces pays arabiques pour les travaux de ménage », a dénoncé la FIBeD.

 

 

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A titre d’exemple « le cas de la petite Hortense âgée de 18 ans dont les trafiquants en collaboration avec les agents de l’Anip ont augmenté son âge à hauteur de 22 ans. Cette jeune fille Hortense convoyée au Koweït par dame Germaine A., tabassée par sa patronne au quotidien a eu la vie sauve grâce à l’intervention des responsables de la FIBeD ». Pour la Fédération internationale des Béninois de la diaspora (FIBeD), « les convoyeurs trafiquants des femmes vers le Koweït, Oman, Liban et Arabie Saoudite profitent de la défaillance de l’administration de l’Agence nationale d’identification des personnes (Anip) pour en faire fortune ».

La Fédération internationale des Béninois de la diaspora (FIBeD) n’est pas la seule à avoir dénoncé cette « défaillance » dans l’établissement des documents d’état civil à l’Agence nationale d’identification des personnes. Dans un communiqué signé à Paris le vendredi 8 septembre, l’Ong diaspora Bénin assistance a invité les responsables de l’Anip à sortir « de leurs dénis » et à « revoir leur copie et corriger les failles et leurs carences, afin de rendre au peuple béninois la fierté de sa nationalité ».

L’Ong Bénin diaspora assistance accuse l’Anip d’avoir sécurisé de faux documents de tricherie d’âge et relève aussi « des étrangers enregistrés et sécurisés sans vérification au préalable … au fichier national ».

Réaction

Face à ces différentes accusations, l’Agence nationale pour l’identification des personnes (Anip) a donné de la voix à travers ce qu’elle appelle « affabulations de l’Ong Bénin diaspora assistance ». La structure reconnait que « les fraudes de document d’identification constituent des infractions courantes, punies par les législations dans plusieurs pays…. Par conséquent, elles sont signalées auprès des juridictions compétentes afin que les auteurs, co-auteurs et complices répondent de leurs forfaits »

 

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L’Anip trouve par ailleurs « surprenant qu’une Ong, qui dit aider ou assister des compatriotes béninois de la diaspora se méprenne sur le sujet ». Selon les responsables de l’Agence, « la réforme liée à l’identification des personnes, bien qu’elle peut avoir ses insuffisances, a résolu nombre problème, et reçu l’approbation des Béninois aussi bien à l’intérieur du territoire national qu’auprès de la diaspora ». Ils soutiennent que « l’avènement de l’Agence nationale d’identification des personnes (Anip) a facilité la vie aux Béninois, et l’authenticité des pièces délivrées, ne souffre d’aucun doute ». A l’en croire, « les documents délivrés par l’Anip limitent les possibilités de fraude contrairement d’une part en raison de la numérisation des données mais aussi de leur caractère biométrique ».

Cette réaction, loin de convaincre l’Ong Bénin diaspora assistance, est apparue comme de l’huile sur le feu. Dans une publication intitulée « Bénin : l’Anip-Gate, le scandale de trop pour notre état civil », le président de l’Ong a dénoncé « les menaces téléphoniques, les intimidations et les insultes d’un supposé responsable de l’Anip ».

Modus operandi

L’Ong a décrit dans sa réplique le modus operandi des « membres de ce réseau ». Elle a fait observer que « dans la plupart des pays de destination de nos sœurs africaines et béninoises en particulier, c’est le rôle de domestique qui leur est dévolu, du moins pour ce qui leur est dit avant le voyage. Or, avant de quitter leur pays et de tout abandonner pour aller à cette aventure risquée, les membres du réseau de trafic d’êtres humains leur font établir tous les documents de voyage (acte de naissance sécurisé, certificat d’identification personnel, carte biométrique, passeport, carnet de vaccination, etc.) Les requérants ou requérantes des pays du Golfe sont cependant exigeants en ce qui concerne la tranche d’âge des domestiques : 21 à 35 ans au plus. Pour satisfaire donc à cette demande, les membres de ce mafieux réseau vont dans les villages et lointaines contrées chercher les jeunes filles et dames qu’ils tentent de convaincre et de rallier à leur projet. D’autres sensibilisent et recrutent sur TikTok en faisant miroiter une vie paradisiaque aux victimes. Une fois acquises à leur cause, ces jeunes filles et dames sont prises en compte par le réseau pour les premières formalités administratives. C’est là qu’interviennent les membres complices de ce réseau de trafic d’êtres humains étendu à l’Anip. Ils enrôlent les jeunes filles et dames selon deux cas et surtout, en fonction de l’âge qu’ils veulent leurs attribuer ».

Ainsi « Quand la personne enrôlée est d’un âge inférieur à la tranche d’âge exigée par les requérants de domestiques au Koweït, Liban ou dans les autres pays du Golfe, il est procédé à la création de sa souche de naissance que l’Anip sécurise avec un âge fictif, bien au-delà de l’âge normal de l’intéressée. Quand l’intéressée est d’un âge supérieur à la tranche d’âge demandée, il est procédé à la création d’un nouvel acte de naissance sécurisé en son nom avec une date de naissance réduite, de sorte à satisfaire les exigences des requérants de domestiques dans les pays du Golfe ».

Pis, « Grâce aux faux documents délivrés par les membres de ce réseau dans l’Anip, beaucoup de personnes de la citoyenneté béninoise et étrangères se sont fait délivrer des certificats de nationalité, des cartes d’identité biométriques, des passeports, et des casiers judiciaires sur la base du faux » regrette l’Ong Bénin diaspora assistance qui parle d’une honte de l’état civil béninois.
L’Ong appel donc les responsables de l’Anip à changer de fusil d’épaule. De son côté, l’Anip reste sur sa position et rassure que les actes délivrés par la structure se font conformément aux dispositions en vigueur au Bénin même si elle reconnait qu’il y a des insuffisances qu’elle s’emploie à corriger au quotidien.

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